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Full text of "Mémoires sur la dernière guerre de l'Amérique Septentrionale : entre la France et l'Angleterre ; suivis d'observations, dont plusieurs sont relatives au théatre actuel de la guerre, & de nouveaux détails sur les murs & les usages des sauvages, avec des cartes topographiques"

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Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2009 


Iittp://www.arcliive.org/details/mmoiressurlade02pouc 


MÉMOIRES 

SUR 

LA  DERNIERE   GUERRE 

D  £ 

L'AMÉRiaUE  SEPTENTRIONALE. 

TOME    S  E  C  O  N  D^ 


MÉMOIRES 

SUR  /'ik-- 

LA  DERNIERE  GUERRE^ 

jD  E 

L'AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE, 

ENTRE 
La  France  et   l'Angleterre. 

Suivis  d'Obfervations ,  dont  plufieurs  font 
relatives  au  théâtre adluel  de  la  guerre,  & 
de  nouveaux  détails  fur  les  mœurs  &  les 
ufages  des  Sauvages ,  avec  des  cartes  to- 
pographiques. 

Par  M.  PoucHOT  ,  Chevalier  de  f  Ordre  Royal  Z^ 
Militaire  de  St.  Louis  ,  aiicien  Captaine  au  Ré- 
^imeJît  de  Bènrn  ,  Commandait t  des  forts  de  l>iia^ 
gara    '^  de  Lévis  ,   en  Canada, 

TOME     SECOND. 


Y  V  E  R  D  O  N. 


AI.  D  C  C.  L  X  X  X  L 


i.£c//A-/-ic-  J  Harl-cé/vOe  c/ny-Carioru: 
i.Potk-  oc  Sc'ci^ur.r.  ,    ,,     s 


& 


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PLAN 

DÉFEND  J 


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-le^^"^  •     mùùùn^:?*^  'ÙM04      ^^'^^ 


^lEMOIP^ES 

S  U  R    L  A 

ŒRNIERE  GUERRE 

DE 

L'AMÉRIQUE  SEPTENTRIONALE, 

Entre  la  France  ^  l'Angleterre. 


K^ 


Ous  avons  vu  dans  le  volu-^5555! 
e  précédent  le  fort  des  marchan-  I7f5> 
[es  deftinées  pour  le  roi  à  Fron-     . 
nac.  On  chercha  chez  les  mar- 
!  ands  &  les  particuliers  de  quoi 
jmplacer  ces  effets.    Le  peu  qui 
oit   échappé  aux  Anglois    dans 
Tome  IL  A 


%       Mem.ftirladern.  Guerre 

^^^^ie  trajet  de  France  en  Canada  ,  fe 
^l')9'  vendit  d'abord  aux  commerçants 
&  aux  particuliers  qui  avoient  des 
poftes  dans  les  pays  d'en  haut  à 
fournir ,  ils  les  agiotèrent  en- 
tr'eux  avec  des  bénéfices  confidéra- 
bles.  Enfin  ,  les  derniers  à  qui  ils 
étoient  parvenus ,  les  livroient  à 
l'intendant  au  dernier  prix  cou- 
rant. On  imagine  bien  que  la  fo- 
ciété  &  les  amis  étoient  prévenus 
des  achats  qu'il  y  auroit  à  faire,  & 
enlevoient  les  effets ,  afiji  de  pren- 
dre leur  mefure  pour  être  les  der- 
niers vendeurs  au  roi.  Si  on  ajoute 
à  cela  les  manœuvres  qui  fe  fai- 
foicnt  dans  les  poftes ,  on  jugera  à 
quel  prix  exhorbitant  chaque  cho- 
fe  étoit  portée,  &  combien  il  fe 
faifoit  de  petites  fortunes  parmi  ces 
brocanteurs.  Malgré  tous  ces  in- 
convénients ,  on  trouva  encore  le 
moyen  d'alTez  bien  approvifionner 
les  poftes  y  eu  égard  à  la  difette  de 
toutes  chofes. 


(k  r Amérique  Septentr.        3 

Revenons  aux  opérations  mili-  "ïîï^— 
:es.  Dans  tous  les  petits  partis  ^7T9- 
guerre  que  l'on  faifoit ,  on  pre^ 
it  toujours  quelques  prifonniers 
glois ,  qui  annonçoient  les  plus 
:nds  préparatifs  contre  le  Cana- 
Les  commandants  des  polies  au- 
ir  du  lac  Ontario  &  de  la  Belle- 
/iere,  avertirent  M.  de  Vaudreuil 
mécontentement  des  cinq  na- 
ns ,  ce  qui  le  détermina  à  ren- 
/er  M.  Pouchot  commander  à 
igara.  M.  Pouchot  s'y  prêtoit 
c  peine  ,  parce  qu'il  prévoyoit 
^ui  devoit  réiulter  de  l'infuffi- 
ce  des  reffources  du  pays.  M. 
Montcalm  étoitaffez  de  Ton  avis, 
rendant  ,  il  ne  put  pas  refufer 
officiera  M.  de  Vaudreuil.  On 
oit  donner  à  M.  Pouchot  300 
nmes  de  troupes  françoifes; 
l^s  prévoyant  qu'elles  feroient 
lès ,  on  ne  lui  donna  que  trois 
iuets  formant  149  hommes.  En 
A  z 


4       3Iém.  fur  la  dern.  Guerre 

■  "'"""™  'prenant  congé  de  lui ,  M.  Pouchoj 
^75 S^"-  lui  dit:  il  y  a  apparence  que  nouj 
ne  nous  reverrons  qu'en  Angleter 
re.  Il  partit  de  Mont-Réal  le  2^ 
Mars  avec  157  Canadiens ,  aux  or 
dres  de  M.  de  Repentegni ,  officie 
de  la  colonie.   Etant  à  quatre  lieue 
fur  le  lac  St.  François  ,  il  apperçu 
les  glaces  du  lac   qui  fe  féparoien 
&  fornioient  un  chenal  dans  le  mii 
lieu.  11  écrivit  fur  le  champ  à  M.  d  1 
Vaudreuil  cet  événement,  ce  qii 
défignoit  que  celles  de  la  rivier 
dévoient  fondre  inceffamment,  i. 
que  la  navigation    fèroit    bientc 
'         libre.   11  eut  toutes  les  peines  d  i 
monde  de  gagner  l'extrémité   fij 
périeure  du   lac.   Les  glaces  mai) 
quant  fous  les  pieds ,  plus  de  3 
Canadiens  s'enfoncèrent.  Heurei 
fenient ,  en  fe  retenant  aux  glacci 
ils  reniontoient  deffus.   Il  ne  péri 
perfonne,par  une  efpece  de  miracl( 
Le  2  Avril ,  fe  trouvant  au  defll 


de  l'Amérique  Septentr.       % 

long  Saut,  il  trouva  des  bateaux ^ii-^^^— 
pofte  de  la  Préfentation  qui  17  5^- 
)ient  venus  à  fa  rencontre.  Il  s'y 
ibarqua.  Le  4,il  arriva  à  la  Pointe 
Baril ,  trois  lieues  au  deflus  de 
Préfentation.  11  iiit  tout  de  fuite 
'ance  où  l'on  conitruiioit  deux 
:ques ,  chacune  de  dix  pièces  de 
ion  de  12.  Elles  dévoient  être 
îtes  à  lancer  à  l'eau.  11  en  trou-^ 
une  avec  fon  bordage  ,  &  Tau- 
en  bois  tors.  Il  fit  doubler  fur 
:hamp  le  nombre  des  ouvriers 
ir  y  travailler  jour  &  nuit.  11 
:cupa  encore  à  retrancher  ce 
le  ,  qu'un  parti  auroit  pu  très- 
ilement  brûler  ainfî  que  nosbâ- 
ents. 

^e  9,  on  lança  à  l'eau  une  bar- 
\  qui  fut  nommée  VIroquoife, 
lo,  pafla  un  courier  du  détroit, 
mnonqa  que  les  Sauvages  des 
d'en  haut  dévoient  defcendre 
lont-Héal  Le  1 1  ,  tous  les  ba- 
A3 


6    Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

î^^^^teaux  portant  les  convois  de  vivre 
'759'  (Sclesagréts,  arrivèrent  de  Mont 
Real  avec  les  détachemens  François 
Le  1 2 ,  le  deuxième  bâtiment 
nommé  VOutaouaife ,  fut   lancé 
Teau.  On  peut  juger  par  là  queil 
diligence  on   avoit  fait  pour  leu 
conftruélion.  Elles  furent  grayéc 
tout  de  fuite.  Par  deux  François  l 
deux  Sauvages  d'un  parti  de    A 
Villcjoin,  qui  étoit  auprès  du  h 
des  Onoyottes  ,  M.  Pouchot  a] 
prit  qu'il  n'y    avoit    peribnne 
Chouegen ,   Se    que    les    Anglo 
étoient  déjà  en  force  au  portage 
où  ils  faifoient  tous  leurs  prépar 
tifs.  Les  Onoyottes  lui  avoient  d 
que   Johnfon    invitoit  toutes   L 
cinq  nations  à  venir  tenir  confe 
chez  les  Onontagues ,  où  eft  lei 
feu  allumé  (a). 

Le  :î5,  MM.  Pouchot,  Villarsi 


(a)  Cela  déiîgne  le  chef-lieu. 


de  P Amérique  Septentr.       7 

vcrvies ,   capitaines    de  trois    pi-^^^î5! 
.]uets  ,  partirent  furies  Corvettes,  ^IS^* 
i&    leur  détachement  avec  M.  de 
Bonna  -  foux  ,  officier  d'artillerie. 
Le    30,  ils  arrivèrent  a  Niagara. 

Le  2  &  3  Mai,  M.  Pouchot  in- 
•errogea  des  prifonniers  fiiits  fur  la 
Belle  -  Rivière  ,  qui  lui  donnèrent 
des  éclairciffements  affez  exads  fur 
lia  pofition  des  Anglois  dans  cette 
partie.  11  fut  qu'ils  avoient  4  à 
S 00  hommes  au  fort  Pittsbourg^ 
i  Loyal-  Anon  1 50,  &  que  toutes 
les  troupes  réglées  en  étoient  rap- 
Dellées.  Ces  prifonniers  firent  affez 
bien  la  defcription  de  ces  forts. 

Le  ^,  M.  de  Vaffau  ,  comman- 
dant à  N'iagara,  relevé  par  M.  Fou- 
chot ,  repartit  fur  les  Corvettes.  Le 
9^  M.  Pouchot  commença  à  faire 
travailler  à  réparer  le  fort,  auquel 
on  n'avoit  rien  fait  depuis  fon  dé- 
part. Il  trouva  les  remparts  très- 
affaiffés ,    les  gazonnements    tous 

A  4 


8     Mê?n.  fur  la  dern.  Guerre 

^ ^éboulés ,  &  que  l'efcarpe  &  la  con- 

î75^-  tre  -  efcarpe  des  folles  s'étoient  ; 
beaucoup  comblés.  Il  fit  auffi  tra- 
vailler à  des  pièces  pour  fervir  de 
bîendage  en  cas  de  fiege.  Le  1 1, 
un  parti  venant  du  fort  Bul  appor- 
ta 6  chevelures.  Joncaire,  qui  étoit 
aux  cinq  nations,  fit  avertir  M. 
Pouchot,  que  les  Anglois  mar- 
choient  &  que  les  Sauvages  s'é> 
toient  totalement  déclarés  pour 
eux.  On  fut  que  dans  ce  mois  il 
étoit  arrivé  à  Québec  14  vaiiTeaux 
françoispour  le  niunitionnaire ,  & 
4  frégates. 

Le  1 4. ,  Pakens  Miflîfake  &  40 
guerriers  vinrent  former  un  parti. 
Le  17,  un  Sauteur  du  Saguinan  an- 
nonça que  le  commandant  M.  Bel- 
leftre  y  étoit  &  n'attendoit ,  pour 
venir  du  détroit  ,  que  M.  Pouchofc 
le  fît  avertir.  Le  fecours  auroit  été 
tardif,  étant  à  plus  de  100  lieues. 
LangladCj  officier  de  la     colonie 


de  t Amérique  Septcntr,       9 

lomicilié  dans    ces    p:îys  ,  devoit^!?^^^ 
lefcendre  à  Mont-Réalavec  looo  ^7S9^ 
iauvages.  Dans  ce  nombre  fetrou- 
oient  les  Folles  Avoines  qui,  com- 
le   nous  l'avons  dit ,  avoient  tué 
eux  François.  Us  amenèrent  avec 
ux  les  deux  plus  coupables  de  cet 
GTaOînat ,   &  les  livrèrent  à  M.  de 
^audreuil  dans  une  afTcmblée  où 
s  couvrirent  ces  morts.  M.  de  Vau- 
reuii  les  leur  remit  pour  en  faire 
iftice.  listes  paiTerentpar les  ar- 
les  ;  événement  unique  de  la  part 
)s  Sauvages ,  depuis  que  les  Ëu- 
)péens  habitent  l'Amérique.   En- 
il ,  toutes  les  nations  du  haut  du 
[lanada    comptoient   fe  partager :, 
3ur  defcendre  par  la  grande  rivie- 
'  &  par  la  prefqu'isîe. 
Le  17,  arriva  une  grande  dépu- 
tion  des  bonnontoins  compofée 
î  tous  chefs.  Ils  portoient  des  pa- 
rles des  Loups  de  Théaogen ,  qui 
oient  nos  amis  en  r  7  s  7^  &  dirent 
A  s 


lo      MênLjurladern,  Guerre 

^qu'ils  s^étoieat  mis  en  cheniin  pour 
^71  S/' venir  voir  leur  père  Sategcîrlotiac7i 
(  a  )  ;  mais  qu'un  chef  Sonnontoia 
leur  avoit  barré  le  chemin  par  un 
collier  (cérémonie  pour  les  détour- 
ner d'aller  chez  les  François). 

M.  Pouchot  reprocha  à  ces  chefs 
leur  peu  d'empreffement  k  fervir 
les  François  3  après  les  foins  qu'il 
avoit  eu  d'eux,  ce  qui  étoit  bien 
différent  du  traitement  que  leur 
faifoit  Johnfon.  Il  leur  reprocha 
d'avoir  envoyé  des  colliers  aux 
Hurons  &  aux  Outaouais  pour  les 
réparer  du  François,  „  Ces  col- 
35  liers  difoient  :  mes  frères  (  /;  ) 
55  &  mes  confins  (c),  nous  nous 
^  voyons  morts.  Les  Anglois   & 


(a)  Ce  mot  fignifie  le  milieu  dei 
honnes  cffaircs ,  nom  donné  à  M.  Poiir 
chot  par  les  cinq  nations. 

(b)  Les  Hurons. 

(c)  Les  Outaouais» 


de  tAmêrîqite  Septentr,       i  r 

53  les  François  enfanglantent  nos^^^^^ 
„  nattes.  Ils  font  fi  gros  que  nous  1755- 
„  fommes  écrafés.  Regardez-nous 
,5  comme  morts.  Mais  la  fumée 
59  de  nos  os  fe  répand  fur  vous  & 
55  fur  toutes  les  nations  de  l'Amé- 
„  rique ,  &  vous  mourrez  à  votre 
j3  tour.  Nous  vous  invitons  à 
55  vous  tenir  par  la  main  y  pourdé- 
55  fendre  vos  nattes  &  votre  vie  ;. 
53  mais  ne  comptez  pas  fur  nous , 
55  nous  fommes  morts  „  (  a  ). 

Le  185  arriva  cinq  Miilifakes 
de  Carillon  ,  qui  apportèrent  une 
chevelure ,  dirent  avoir  vu  beau- 
coup de  monde  au  fort  George ,  Se 
beaucoup  de  bateaux.  L  n  prifon- 
nier  fait  le  21  Avril,  dit  que  les 
Anglois  étoient  très  -  foibles  dans 
leurs  pofles  de  l'Ohio,  ayant  beau- 


(a)  Ils  eiitendoient  par- là  qu'ils 
étoient  gènes  par  les  poftes  &  les  ar- 
mées des  Angîois  &  des  Franqois» 

A   6 


i^       Méîn.fur  la  dern.  Guerre 

ïï^^îî^coup  perdu  par  les  maladies  à 
i?)^-  caufe  des  mauvais  vivres.  ALoyal- 
Anon  il  ne  reftoit  que  loo  hom- 
mes en  état  de  faire  le  fervice.  Le 
20  arriva  un  courier  des  Illinois , 
portant  de  France  des  dépêches 
pour  nos  généraux  &  l'intendant. 
Dans  ce  mois ,  M.  de  Langis 
brûla  500  berges  &  la  barque  des 
Anglois  fur  le  lac  George  ,  &  prit 
ou  tua  40  hommes  qui  les  gar- 
doient. 

Un  fut  averti  de  France  qu'une 
flotte  angloife  étoit  partie  dans  les 
premiers  jours  de  Février,  pour 
affiéger  Québec  avec  10  milles 
hommes  de  débarquement  aux  or- 
dres du  général  Woif.  Vingt'Cinq 
mille  étoient  deilinés  à  pénétrer 
dans  le  Canada  par  le  lac  George, 
fous  le  général  Amheril.  il  devoit 
faire  un  détachement  pour  le  lac 
Ontario. 

Qii  détacha  trois  mille  hommes^ 


de  tAmêï'iqîie  Scptcntr,      i  3 

rançois ,  foldats  de  la  colonie  &^^^ 
iiiliciens,  aux  ordres  de  M.  de  ^7  5^» 
lourlamaque  pour  couvrir  Caril- 
on.  Le  refte  de  nos  forces  avec 
rlM.  de  Vaudreuil ,  de  Montcalm 
c  de  Lévis ,  defcendirent  à  Que- 
•ec  pour  s'oppofer  à  la  flotte  an- 
îloife.  Les  poftes  des  lacs  &  de  la 
ielle  -  Rivière  ,  n'eurent  d'autre  fe- 
ours  que  ceux  dont  nous  avons 
>arlé  ci  -  deiïus. 

Nous  commencerons  la  relation 
Ile  cette  campagne  par  l'événement 
lie  Carillon.  Dans  les  premiers 
:Ours  de  Juillet,  le  général  Am- 
i'ierft  partit  avec  un  corps  de  12  à 
[4  mille  hommes  du  fort  George» 
&  débarqua  au  camp  de  Contre- 
jCceur.  11  s'approcha  du  camp  re- 
lÈranché  de  Carillon  que  l'on  aban- 
jdonna.  IVÎ.  de  Bourlamaque  fe  re- 
plia à  St.  tréderic»  laiiîant  une 
garnifon  dans  le  fort  Carillon,  pour 
couvrir  fa  retraite.    Les   ennemis 


1 4       Mér)L  fur  la  dern.  Guerre 

ï5î^^?!?*iiiirent  quelques  pièces  de  canon 
^7  59-  iur  la  hauteur  des  retranchements, 
d'où  ils  battirent  le  fort  qui  fut 
bientôt  évacué,  après  qu'on  l'eut 
fait  fauter  en  partie.  11  y  eut  feule- 
ment quelques  hommes  pris  dans 
cette  retraite.  M.  de  Bourlamaque 
fit  encore  fauter  le  fort  St.  Fréde- 
rie ,  &  fe  retira  à  Pisle  aux  Noix  ,' 
dans  la  rivière  St.  Jean ,  où  il  fe 
retrancha  tout  de  fuite. 

Le  général  Amherft  s'établit  à 
St.  Frédéric,  où  il  commença  un 
fort  &  un  camp  retranché.  Cette 
frontière  demeura  aifez  tranquille 
cette  campagne  après  cet  événe- 
ment ,  à  quelques  chevelures  près 
que  l'on  fit  fur  les  Anglois.  ku 
îiiois  d'Odobre,  les  Anglois  ten- 
tèrent de  venir  du  côté  de  la  ri- 
vière St.  Jean.  Un  corps  de  ^  à  G 
mille  hommes  s'embarqua  &  s'a- 
vança jufques  au  deilbus  des  isles 
aux  Qiiatre  Vents  ;,  où  ils  furent  af- 


de  t  Amérique  Scptcnîr.        i  f 

iilis  d'un  coup  de  vent  fi  violent' 
ueies  ennemis  perdirent  quelques  ^7î9« 
ateaux  ,   ce  qui  les  dégoûta.  Ils 
en  retournèrent  (a), 
M.  Pûuchot  en  partant  de  Mont- 
Léal,  avoit  ordre  défaire  replier 
^s  poftes  de  la   Eeile-hiviere  ,  au 
as  qu'il  eut  une  connoiiTance  cer- 
aine  qu'il  fût  attaqué.  In 'ayant  au- 
:une    nouvelle    que   les    ennemis 
uffent    defcendu     la    rivière    de 
'houegen,  il    crut  pouvoir  fans 
Sanger  envoyer  les  troupes  &  les 
pfiiciers  avec  leurs  vivres  &  mar- 
chand] Tes   dcftinées    pour    le  fort 
de  la  prefqu'isle  ouMachault,  où 


(a)  Les  François  avoicntété  for- 
cés d'abandonner  le  lac ,  après  avoir 
eu  deux  bâciniens  de  guerre  naufra- 
gés.  Le  général  Amhertl  travailla  en- 
core à  ouvrir  une  route  de  commu- 
nication entre  le  fort  Carillon  ou  Ti- 
conderago  &  les  provinces  de  la  Non» 
velie   Hampshire  &  de  MafTachufet, 


î  ^     31êm.  fur  la  dem.  Guerre 

^^^conioiandoit  M.  de  Lignery.  Il  fit 
ï?  ^'S'-  accélérer  le  départ  du  convoi  pour 
ce  portage  ,  ayant  projeté,  fur  la 
connoiffance  qu'il  avoit  prife  de 
l'état  des  ennemis  ,  de  faire  ruiner 
leurs  forts  de  Loyal  -  Anon  &  de 
Pittsbourg.  Après  cette  expédition,, 
cette  partie  n'auroit  plus  eu  rien  à 
craindre.  Toutes  les  troupes  &  les 
fecours  qui  y  étoient  deftinés ,  fe 
feroient  repliés  à  Niagara  pour  fou- 
tenir  ce  poRe.  L'efprit  de  tous  les 
Sauvages  étoit  alors  en  fermenta- 
tion, pour  ou  contre  les  François. 
Ceux  de  la  Belle-Riviere  invitèrent 
ceux  du  détroit  à  fe  lier  avec  eux  à 
Sandoské.  Ceux-ci  ne  voulurent 
pas  les  écouter  fans  le  confente- 
iiient  de  M.  de  Vaudreuiî. 

Des  Hurons  &  des  Iroquoisqul 
avoient  été  au  fort  Pittsbourg ,  ci- 
devant  du  Quefne,  rapportèrent 
qu'ils  avoient  rencontré  quatre  Sau» 
Yages,  des  Tétes-iiates,  nation  eiv 


de  r  Amérique  Septenfr.       17 

lemie  des  nôtres,qui  leur  dirent  de""^""^ 
défier  des Anglois,  qui  ne  cher-  ^759 
:hoient  qu'à  les  brouiller  pour  les 
létruire  les  uns  après  les  autres , 
lès  qu'ils  auroient  éloigné  les 
î'Tançois,  que  piufieurs  d'entreux 
•toient  partis  pour  faire  des  partis 
ur  les  Anglois ,  avec  lefquels  ils 
urent  depuis  en  guerre  (  a  ).  Flu- 
ieurs  nations  avoient  été  en  con- 
zi\  au  fort  Pittsbourg.  Le  coni- 
iiandant  (  c'étoit  encore  f  orbes  ) 
^ur  avoit  parlé  avec  arrogance. 
,  Quand  je  fuis  venu  fur  cette  ter- 
,  re,  leur  dit- il,  j'ai  cru  que 
,  quelqu'un    me    la    difputeroit. 


(û)  M.  Pouchot  veut  fans  doute 
arler  ici  du  foulevement  général  des 
anvages  de  l'Ohio  &  des  pays  d'en 
av.t,  arrivé  en  175^  &  Ï764J  ce  qui 
iiiiit  faire  évacuer  aux  Anglois  tout 
.n-érisur  de  l'Amérique  Septentno- 


1 8       Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

^-^^^^^^^  Ceux  cependant  qui  y  étoient  ;' 

^759*^5  ont  fui  comme  des  grenouilles , 

55  à  qui  on  jette  un  bâton.   Pour 

53  vous    autres    Sauvages ,    vous 

33  vous  Paiffez    toujours   tromper 

„  par  les  François ,  pour  un  petit 

53  bout  de  tabac  long  comme  le 

53  doigt.  Vous  prenez  la  hache, 

53  &  quand  vous  perdez  un  hom- 

53  me  5  vous  le  pleurez  des  années 

53  entières,  ils  n'en  eft  pas  de  mê- 

33  me  de   nous.  Nous  apprenons 

yy  la  perte  d'une  armée  ,  d'une  ba- 

33  taille  avec  autant  de  gayeté  que 

53  fon  gain.  K'ous  voulons   bien 

5j  avoir  pour  vous  la  même  amitié 

53  que  nous  avons  eue  pour  vos  an- 

53  cêtres  la  première  fois  que  nous 

53  fommes   venus  fur  vos    terres; 

53  mais  fi  vous  vous  mêlez  encore 

53  avec  le   François ,    vous    ferez 

53  morts  &    nous  frapperons  par 

53  tout  33.  Les  Sauvages  lui  répon- 
dirent :  33  le  François ,  mon  fre- 


de  P Amérique  Septentr.       1 9 

re  (  a  )  ,  eft  cent  fois  plus  brave^^^^ 
que  toi.  Ton  orgueil  ne  mérite  ^7)5< 
y^  point  de  réponfe  ,3.  Ils  le  quit- 
tèrent auffi-  tôt. 

Des  Iroquois  dirent  à  des  Eli- 
rons 5  que  dans  les  paroles  qu'ils 
leur  avoienc  adreffées  (/O  ,  il  y 
avoit  des  choies  qui  étoient  ii  bien 
enveloppées,  qu'il  n'y  avoit  que  des 
efprits  iubtils  qui  les  entendiflent , 
&  qu'elles  ne  dévoient paffer  qu'aux 
chefs,  ils  ajoutèrent  qu'ils  avoient 
réfolu  de  rendre  leur  terre  tran- 
quille ,  &  qu'ils  vouloient  d'abord 
chalTcrie  François  qui  étoit  le  plus 
brave ,  enfuite  les  Anglois.  Les  Hu- 
rons  leur  répondirent  :  „  prenez 
„  garde  à  ce  que  vous  faites ,  nos 
55  frères  les  Iroquois;  qui  eft-ce  qui 

(cf)  Ils  défignert  toujours  par  ce 
nom  les  Anglois,  coPxinie  par  celui 
de  père ,  les  François. 

{b)  Nous  avons  fait  mention  plus 
haut  de  ces  colliers. 


20     M  cm,  fur  h  dern.  Guerre 

^^^^55  peut  tenir  le  François  ?&  quand 
^75^-  35  vous  feriez  aflez  fort  pour  le 
55  chafler  ,  lorfque  les  nations  du 
55  nord  viendront ,  &  qu'elles  vous 
55  diront  ,  allons  j  levez -vous  , 
55  nous  voici  arrivés  avec  la  hache 
55  que  vous  nous  avez  envoyée 
35  pour  tuer  les  ennemis  de  notre 
55  père,  qu'aurez  vous  à  leur  ré- 
55  pondre?  prenez  garde  ,  nos  fre- 
35  res,  à  ne  pas  faire  quelque  fotti- 
35  fe  ,5.  M.  Fouchot  reprocha  ce 
confeil  à  l'iroquois  qui  avoit  por- 
té la  parole  à  bandoské  devant  un 
grand  chef  Huron.  L'iroquois  nia 
d'avoir  eu  feulement  penfée  à  une 
femblable  explication.  Le  chef  Hu- 
ron  lui  répondit  :  ,,  il  n'eft  pas 
35  étonnant  qu'on  eut  tenu  ces  pro- 
35  pos  à  Sandoské,  qui  étoit  un 
35  feu  allumé  fans  aucun  aveu  de 
35  la  nation  ,  &  il  n'y  avoit  que  les 
3j  étourdis  &  les  mal  -  faiteurs  qui 
33   reftaffent  où .  l'on  faifoit    tou- 


de  t Amérique  Scptentr,       «f 

5  jours  de  mauvaifes  affaires  ;  mais "^ 

,  que  fa  nation  avoit  bien  promis  ^7^5- 
,  de  ne  rien  écouter  de  ce  qui 
,  viendroit  de  cet  endroit ,  com- 
5  me  on  pouvoit  en  juger  par  les 
,  colliers  qui  avoient  été  remis  k 
5  M.  Belleifre  ,  &  qu'ils  n'avoienc 
,  pas  voulu  répondre  „. 

Le  2  8  Mai ,  il  vint  à  Niagara  4 
:hefs  Tonniac  &  3  3  Goyogoins  en 
:onfeil.  M.  Pouchot  leur  reprocha 
l'avoir  envoyé  des  colliers  pour  dé- 
ourner  les  nations  de  notre  ami- 
ié.  ils  lui  répondirent  par  un  col- 
ler :  55  11  eft  vrai ,  mon  père ,  que 
)  nous  n'avons  pas  de  l'efprit. 
5  Nous  te  fommes  obligés  de  nous 
,  le  rappeller.  Nous  connoilTons 
5  bien  tout  le  mal  que  nous  fai- 
>  fons;  mais  auffi  perfonne  n'eft 
5  plus  embarraffé  que  nous.  Le 
,5  François  nous  attire  d'un  côté , 
,5  FAnglois  de  l'autre.  Tous  les 
,,  deux  vous  nous  donnez  des  rai- 


2  z      31ém,  fur  la  dern.  Guerre 

S^îSËï?^^  fons  fpécieufes.   L'Anglois  nous 
^759.,,  dit  de  nous  défier  duFrançois, 
5,   qui  a  de  l'efprit  &  qui  tâche  de 

55  nous  tromper  finement.  Chaque 

5,,  nation  nous  accable  de  préfents. 

35  Pour  nous ,  ce  que  nous  favons, 

35  c'eft  que  le  maître  de  la  vie  nous 

35  a  donné  l'isle  de  l'Amérique  à 

33  nous  autres  Sauvages  qui  l'habi- 

5,  tons.   Nous  ne  comprenons  rien 

33  aux  prétentions  des  Anglois  Se 

3,  des  François.    Nous    ignorons 

33  quel    eft  le    motif  fecret  qu'ils 

33  ont  de  fe  faire  la  guerre.  Notre 

„  véritable  intention  eft  de  refter 

33  neutres.  Vous  êtes  tous  les  deux 

33  fi  gros,  que  nous  nous  voyons 

5>  écraiës  malgré  nous.  L'Anglois 

35  nous    vole-  toujours    quelques 

^  guerriers  attirés  par  Teau-de- vie 

.5  &    des   préfents   confidérables. 

33  Nous  leur  avons  cependant  ex- 

35  preiTémenc  défendu  d'aller  avec 

jj  lui ,  &  nous  les  grondons  bien  ^ 


de  VAmcyiqus  Septenfr.       23 

lorfque  nous  le  favons.  Vous  au-*^^^^ 
très  François, vous  nous  en  volez  1 7  ^  ^« 
auffi  ;  mais  nous  en  fommes  bien 
aifes.  Tu  peux  en  juger  par  nos 
parens  qui  vont  tous  à  ia  guerre 
pour  toi  ,5.  L'on  ne  peut  expri- 
er  plus  naïvement  cesfentiments. 
près  avoir  prié  par  des  branches 
;  leur  faire  raccommoder  leurs 
jtils ,  ils  dirent  : ,,  mon  père  nous 
favons  que  TAnglois  t'a  volé  Ca- 
taracoui;  mais  ce  n'eft  pas  no- 
tre faute  ;  nous  t'avions  averti. 
Si  nous  apprenons  que  l'Angiois 
trame  quelque  cliofe  contre  toi, 
nous  t'avertirons  fur  le  champ , 
pour  que  tu  ne  ibis  pas  furpris. 
Nous  te  prions  d'attacher  le 
bout  de  tes  mamelles  avec  une 
feuille  de  bled  d'Inde ,  pour  que 
ton  lait  ne  coule  pas,  &  que 
nous  te  puiffions  parler  tranquil- 
lement des  bonnes  aifaires  „. 
Ce  Tonniac  étolt  réellement  at- 


24     3Iem.  fur  la  dern.  Guerre 

!5ïi!H'i!!!Ë taché  aux  François.  C'étoit  ut: 
^7S9-  homme  de  grand  fens  &  fort  con 
fidéré  de  fa  nation  ;  mais  le  ma 
général  avoit  gagné  ;  ils  étoieni 
pervertis.  Craignant  que  quelqud 
Iroquois  partifan  des  Anglois  m\ 
fît  quelque  fottife  dans  le  fort ,  i] 
empêcha  fes  compatriotes  de  boi- 
re. C'eil  la  feule  fois  que  des  Sau- 
vages Payent  refufé  ;  &  cela  nouj 
endonnoitla  défiance. 

Le  I  Juin,  les  détachemens  & 
les  munitions  pour  la  Belle- Rivière 
partirent,aux  ordres  de  M.  de  Mon- 
tigny.  M.  Pouchot  lui  remit  une 
lettre  pour  M.  de  Lignery,  dont 
nous  donnerons  ici  un  extrait.  El- 
le développera  quelques  événe- 
ments qui  ont  fuivî. 

„  Voilà  ,  M. ,  M.  de  Montigny 
53  qui  vous  joint.  La  difficulté  du 
„  portage  Ta  retardé  jufqu'à  pré- 
3,  fent.  il  l'a  furmontée.  Il  porte 
^5  avec  lui  une  quantité  fuffifante 

«  de 


de  t Amérique  Sepfenfr.       i? 

de  farine  pour  vous  faire  atten-^^^^^ 
dre  le  fecours  des  Illinois,  je  l'ai  ^75  9« 
fait  mettre  en  facs  ,  afin  que  la 
difficulté  du  tranfport  dans  les 
portages  n'en  arrête  le  charroi. 
Je  ïi'ai  voulu  laifler  paOTer  ces 
provifions  qu'avec  M.  de  Mon- 
tigny ,  pour  que  chaque  officier 
qui  fera  diftribué  fur  chaque  ba- 
teau, puiiïe  veiller  à  leur  sûreté  , 
Se  qu'elles  vous  arrivent  bennes 
&  bien  conditionnées,  comme 
je  vous  les  envoyé. 
^  J'ai  fait  auffi  partir  un  alTorti- 
ment  de  quarante  ballots  de  mar- 
chandifes  les  mieux  condition- 
nées,  &  àiK  caiffes  de  fufils. 
J'ai  joint  trois  cents  pelles ,  pio- 
ches &  haches.  Ce  font  des 
meubles  indifpenfables  dans  les 
opérations  de  guerre,  &  dont 
je  fuppofe  que  vous  devez  être 
peu  fourni,  étant  venu  du  fort 
Tome  IL  g 


26    Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

^^^^^=^^55  du  Quefne    à    pied    (a). 

^7)i^«  „  Vous  trouverez  peu  de  cou- 
j,  vertes.  Il  n'y  en  a  que  deux  pat 
„  ballot ,  parce  que  la  traite  qui 
„  a  été  très  -  conlidérable  avec  les 
35  nations  qui  vont  en  guerre  de 
35  chez  vous,  vient  de  me  lei 
55  emporter.  Le  refte  de  Paflbrti 
5,  ment  eft  affez  bien.  J'ai  fai 
55  choifirles  ballots  les  moins  ava 
55  ries ,  le  furplus  fe  trouvant  prel 
5,  que  tout  pourri. 

3,  Je  me  flatte,  M.  que  vôu 
5,  voudrez  bien  entretenir  une  cor 
3,  refpondance  fréquente  avec  moi 
55  Vous  verrez  que  je  ferai  mo! 
„  poffible  pour  vous  procurer  tou 
les  fecours  qui  dépendront  d 
moi ,  foit  pour  le  bien  du  fei 


)> 


(a)  M.  Pouchot  ajouta  deux  pic 
ces  de  canon  de  4  de  campagne,  qu 
l'on  pouvoit  mener  par  la  Beile-Rivi< 
re  jufques  au  fort  Pittsbourg.  On  avo 
des  chevaux  de  trait  dans  cette  parti( 


de  V Amérique  Septentr.       27 

vice ,  foit  pour    vous  obliger  i^^^^^ 
mais  je  fuis  extrêmement  pau-  ^7  5^' 
vre  quant  à  préfent,,. 
M.  Fouchot  mandoit  encore  à 
LdeLignery,  qu'il  avoit  appris 
ir  le  Courier  des  Illinois  qu'il  en 
rivoit  300  hommes  aux  ordres  de 
iM.  Aubry  &  du    chevalier  Vil- 
prs ,  avec  233  cents  milliers  de 
;ine  qu'on  avoit  laifles  au  porta- 
,:  des  Miamis ,  &  que  l'on  deman- 
l'it  à  M.  de  Port-Neuf,  comman- 
jnt  à  la  prefqu'isie,  chargé    du 
[irtage  de  les  envoyer  prendre  in- 
[famment  avec  fes  bateaux.  11  en 
noit  enfuite  aux  opérations  de  la 
mpagne  ,  fuivant  le  projet  qu'il 
L  avoit  conçu  d'après   l'état  des 
iglois  à  la  Belle-hiviere. 
„  Le  retour,  M.,  de  vos  par- 
tis de  guerre  aura  du  vous  in- 
former de  la  fituation  adoelle 
des  ennemis  depuis  Raifton  juf- 
ques  au  fort  Pittsbourg.  Suivant 
B  z 


318       Mem.  fur  la  dern.  Guerre 

"^^^^^„  le  rapport  de  votre  dernier  pri 
^'^^^•jD  fonnier,  je  les  vois  plus  maie 
55  ordre  que  nous  dans  cette  pai 
5,  tie  j  &  avec  peu  d'efpérance  d 
55  recevoir  des  îecours  conlidéra 
^  blés. 

,5  Je  vous  prie  de  prendre  c 
„  que  j'ai  l'honneur  de  vous  man 
5,  der  ici  comme  les  penfées  d'u 
55  bon  ami.  Si  quelquefois  on  n 
3,  penfe  pas  à  tout,  on  peut  d 
55  moins  avoir  une  idée  neuve. 

55  Suivant  les  rapports  ci-deffu 
^  il  paroît ,  M.  ,  que  vous  poi 
^  vez  être  à  niême  de  faire  une  op' 
55  ration  offenfive.  J'ai  prié  M.  c 
55  Montignyde  vous  faire  paffei 
55  dès  fon  arrivée  à  la  prefqu'isle 
55  un  officier  &  quelques  France 
55  des  plus  ingambes ,  pour  qi 
j5  vous  puifliez  à  leur  arrivée  e 
5j  voyer  faire  une  découverte  f 
3,  les  routes  &  fur  les  poftes 
,5  Loyal  -  Anon  &  de  Pittsbour| 


de  f  Amérique  Scptentr,        29 

îfin  d'agir  en    conféquence  de"""""^ 
leurs  rapport?.  ^7S^' 

,5  Dans  fes  initruâions ,  il  con- 
vient de  lui  ordonner  d'exami- 
ner les  roiitcs ,  les  endroits  pro- 
Dres  à  camper,  les  défilés  pro- 
pres à  des  embulcades  contre  les 
:onvois ,  dobferver  les  coulées 
des  niontrignes  &  les  rivières 
qu'ils  font  obligés  de  palier  ;  ce- 
la évitera  bien  de  faufîes  démar- 
:hes  h  nos  détachements. 
„  Cet  officier  devra  aufli  bien 
examiner  l'étendue  de  leurs 
brts  5  l'efpece  d'ouvrage  dont 
Is  font  défendus ,  les  parties  qui 
meuvent  n'être  pas  finies ,  les 
lauteurs  qui  les  commandent  & 
3Ù  il  feroit  poffible  de  le  pla- 
:er ,  foit  pour  fufillier  dans  ce 
fort ,  foit  pour  le  bloquer.  Si 
vous  êtes  dans  le  cas ,  Monfieur, 
i'y  marcher  avec  tout  votre 
iionde  ,    comme    je    l'efpére, 

B  a 


30       Mém.furladern.  Guerre 

' »  il  conviendra  d'y  porter    ave( 

^1)^'  ^3  VOUS  les  outils  que  je  vous  ea 

55  voye  5   afin   de  pouvoir  dès  k 

„  première  nuit  ouvrir  une  traa 

53  chée  foit    en  abattis  d'arbres 

3j>  foit  par  un  foffe  dont  les  terre 

53  feront    jetées  du  côté  du  fort 

53  Cette   tranchée,  comme    vou 

33  favez  5  doit  être  placée  dans  l'en 

53   droit  le  pius  près  du  fort,  d'oi 

53  il  fera  plus  aifé  à  incommode 

55  l'ennemi  dans  la  place,  &  qu 

55  paroitra  lui    couper  davantagi 

33  toute  communication.  j 

55  Si  l'ennemi  efl  mal  en  ordre 

55  il  fera  étonné  &  vraifemblable: 

55  ment  ne  demandera  pas  mieu:! 

53  que  de   capituler  dès   qu'on  II, 

55  fera    fomraer  ;    fur-tout  on  lufi 

33  fera    alors    remarquer    que  s'iji 

55  laiffe  commencer  l'attaque ,    oiw 

55  ne  fera  plus  maître  de  le  fauvC" 

5.5  des  mains  des  Sauvages  qui  fek 

53  ront  animés  5   comme  il  l'a  ex  b 


de  l'Amérique  Scptenîr.       51 

périmenté  après  la  capitulation'*"'"— 
du  fort  George.  Le  grand  nom-  ^7)9- 
bre  de  Sauvages  qu'ils  apperce- 
vront  avec  vous ,  donnera  fans 
doute  du  poids  à  cette  fomma- 
tion.  Si  vous  étiez  affez  heureux 
de  leur  enlever  Loyal  -  Anon , 
vous  devez  être  fur  que  tous  les 
poltes  depuis  Raiflonjufquesàîa 
Belie-Riviere  tomberont  d'eux- 
mêmes  ,  fe  trouvant  abandon- 
nés à  leurs  propres  forces,  6c 
ne  pouvant  recevoir  aucun  le- 
cours  de  vivres. 
„  Je  crois,  Monfieur,  vu  l'é- 
tat des  chofes ,  que  c'eft  l'opé- 
ration la  plus  convenable  dans 
la  conjondure  Si  j'avois  riion- 
neur  de  commander  dans  cette 
partie ,  je  m'y  attacherois  fùre- 
ment  pour  faire  quelque  chofe 
d'utile  &  d'éclat.  Si  ces  poftes 
font  tels  que  nous  devons  le 
préfumer  ,  ils  tomberont  fans 
B  4 


3  2       Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

y^  doute,  &  fi  quelque  corps  de 
^75^*  „  troupes  vient  dans  cette  par- 
3^  tie  5  Ton  fera  à  même  de  l'allei 
j3  combattre  dans  tel  endroit  de 
^  la  route  qu'il  plaira  choifir  ;  s'i  j 
35  étoit  trop  confidérable  pour  Pat 
^  taquer,  en  le  laifTant  pafler  or 
35  fe  mettroit  à  portée  de  ruine: 
^  tous  ces  convois  :  ce  qui  le  ré 
^^  dniroit  bientôt  à  la  dernière  mi 
„  fere.  Voila  en  gros,  M.  ,  le 
,5  réflexions  que  j'ai  faites  fur  le 
^  opérations  de  votre  campagne 
^^  qu'il  faut  tâcher  de  faire  la  plu 
53  légère  &  la  plus  prompte  qu'i 
5j  fe  pourra ,  ioit  pour  éviter  1 
53  défedion  des  Sauvages,  foit  pa 
„  rapport  aux  vivres  ou  pour  ve 
35  nir  à  tems  au  fecours  de  cett 
35  partie  -  ci ,  fi  elle  eft  férieufe 
35  ment  menacée.  Le  peu  de  mou 
35  vement  qu'y  font  les  ennemis 
3,  paroît  me  devoir  donner  a 
3j>  moins  deux  mois  de  repos.  Ce: 


de  l'Amérique  Septentr,       3  3 

donc  là  le  tems  que  vous  pou-^^^^^ 
vez  avoir  pour  faire  ce  que  vous  ^1S^' 
jugerez  de  plus  convenable  ,5. 
Un  Iroquois  venant  d'Orange 
ivertit  Joncaire  (a),  qui  étoit  chez 
es  cinq  nations ,  qu'il  fe  formoit 
3eux  partis  d'iroquois  qui  dévoient 
rapper  à  la  Fréfentation  &  à  Nia- 
gara pour  venger  la  mort  de  deux 
^gniers  tués  par  nos  partis  fau- 
rages.  M.  l' ouchot ,  qui  étoit  très- 
3erfuadé  que  les  Jroquois  étoient 
lécidés  contre  nous,  avoit  voulu 
'engager  à  s'en  revenir  ainfi  que 
on  gendre  &  les  Canadiens  qu'ils 
ivoient  avec  eux;  mais  l'envie 
ju'ils  avoient  de  commercer  des 

(  a  )  Ce  capitaine  de  la  colonie  étoit 
m  Canadien  demi-fauvage  domici- 
ié  dans  cette  nation,  &  il  y  avoit 
)eaucoup  de  crédit.  Son  frère  Cha- 
)ert  &  lui  y  avoient  plus  de  60  pa- 
ents  5  ou  enfants  qu'eux  ou  leurs 
)eres  y  avoient  faits. 


34     Mm.  fur  la  dern.  Guerre 

■""""""pacotilles  que  le  gendre  ,  la  Mit 
ï  7  )  9'  tiere,  officier  de  Languedoc  ,  avoit 
portées,  les  empêcha  de  revenir.  La 
Miltiere  &  les  François  furent  en- 
levés par  ces  partis  fauvages ,  & 
Joncaire  obligé  defe  fauver  à  Nia- 
gara. 

Des  chefs  Goyogoins  avertirent 
M.  Pouchot  que  Johnfon  avoit  dé- 
terminé leur  nation  par  de  fort 
grands  colliers  àlefuivre,  &  fait 
inviter  nos  nations  à  imiter  les  Iro- 
quois  5  &  que  nous  ne  laiHaffions 
pas  écarter  nos  foldats ,  afin  qu'ils 
î3e  fufient  pas  pris  par  les  partis 
qu'ils  dévoient  envoyer.  Ils  dé- 
voient en  faire  un  confidérable 
pour  piller  le  fort  du  portage.  M: 
Pouchot  envoya  loo  hommes  pour 
le  couvrir  &  fouiller  les  bois.  Ce- 
pendant quelques  familles  de  Son- 
lîontoins  aflurerent  cet  officiet 
qu'ils  vouloient  refter  à  Niagara, 
parce  qu'ils  étdient  de  cette  terre* 


de  l'Amérique  Septentr,       3  f 

H  n'tn  fut  pas  fâché ,    les  regar-*^^^^ 
iant  comme  une    efpece  de  fau-  i75S?' 
/e-garde  contre  les   partis  fauva- 
^es     ennemis     qui     craindroient 
ju'on  n'ulàt    de  repréfailies    fur 


eurs  gens. 


Le  i7,  il  arriva  des  Onontagues 

ivec  des  chevelures  faites  par  un 

}arti    des  cinq  nations    du    côté 

le  Lôyal-Anon,  fur  un  convoi 

îe   l'ô'charriots  chargés  de  vivres 

,)Our  les  ennemis,  &  efcortés  par 

coo  hommes    dont  il   y  en  a  eu 

J7  de   tués  &  5  prifonniers;   le 

efte    fut  difperfé  dans   les  bois. 

^escharriots  furent  brûlés ,  &  84 

:hevaux  pris.   Ce  parti  étoit  aux 

)rdres    de  M.  St.  Blin.  On  peut 

juger  par-laque  beaucoup  de  Sau- 

j'ages    Iroquois   confervoient    de 

l'inclination    pour  nous,    &  que 

(a  feule  crainte   des  Anglois  a  voit' 

jléterminé  cette  nation  à  fe  décîa- 

•  er  pour  eux.  Cependant  ces  Sau« 

B  ^ 


3  6"       Mêimfur  la  dern.  Guerre 

^^^ — vages   exécutèrent  la  volonté  gé 
^7Î5?.  nérale  de  la  nation,  avec  autan 
d'ordre  Se  plus  de  fecret  que  de 
nations  policées. 

En  Mai  &  en  Juin ,  la  traite  fu 
très-abondante  par  l'affluence  de 
Sauvages  de  toutes  les  parties  d 
l'Amérique ,  qui  venoient  pour  re 
voir  leur  père  Sategarionaen,  Cell 
de  Niagara  qui  ne  pafibit  guère 
année  commune,  150  paquets 
monta  dans  ces  deux  mois  à  fep 
à  huit  cents.  On  peut  juger  pai 
là  jufqu'où  elle  auroit  monté 
fi  le  pays  eut  été  tranquille  ;  ca 
ces  Sauvages  ne  s'y  rendoient  qu'a 
vec  crainte  ,  redoutant  toujour 
les  cinq  nations  &  l'arrivée  de 
Anglois. 

M.  Pouchot  dépêcha  un  courie 
pour  avertir  M.  de  Corbiéres  qu 
étoi-t  à  Frontenac,  M.  delà  Corj 
ne,quiétoit  à  la  Préfentation  ,  & 
M.  de  Vaudreuil ,  de  l'aventure  d< 


Je  l'Jmmqiie  Septentr.       57 

[a  Milticre,  pour  que  l'on  fut  en555^ 
^arde  contre  les  îroquois.  Cepen-  17  59^ 
dantlesSonnontoins  de  Sonnechio 
envoyèrent  des  colliers  à  M.  Poa- 
:hot,  parlefquels  ils  faifoient  des 
excules  de  la  prife  de  la  Miltiere 
chez  eux.  M.  Pouchot  tâcha  par 
le  moyen  de  M.  Chabert,  officier 
de  la  colonie  &  frère  de  Joncai- 
re,  fort  eftimé  des  Iroquois,  de 
faire  venir  les  chefs  Iroquois  en 
confeil  à  Niagara  ,  pour  rompre  ce- 
lui de  Joknfon.  11  eut  avis  dans  ce 
tems  que  les  Loups  &  les  Chaoua- 
nons ,  ayant  vu  arriver  le  déta- 
chement qui  alioit  joindre  M.  de 
Lignery ,  lui  avoient  demandé  tout 
de  fuite  des  François  pour  aller 
attaquer  le  fort  de  Pittsbourg.  11 
ne  détacha  que  M.  Marin  5  Roche- 
iblave,  3  Canadiens  &  i%o  Sau- 
vages, qui  furent  infulter  fes  forts 
qu'ils  trouvèrent  fort  mal  en  or- 
dre,  &  qu'ils   auroient  pris  s'ils 


3  s     Mcm.fnrladerH,  Gt terre 

^^^^avoient    été   plus    nombreux    en 

^7)9'  François. 

Le  27  arriva  une  troupe  de  Mif- 
fifakes  que  M  Pouchot  avoit  en- 
voyés pour  favoir  des  nouvelles 
des  Anglois  à  Chouegen.  Ces  Sau- 
vages étoient  partis  fur  la  barque 
VOutaomife ,  qui  fut  prife  d'un 
coup  de  vent  (a)  fi  violent  que 
fon  grand  niât  &  fon  beaupré  fu- 
rent  caiTés.  Elle  fut  obligée  de  rc- 

(a)  Une  chofe  remarquable ,  c'efl 
que  ces  Sauvages, qui n'avoient  jamais 
effuyé  de  tempêtes  dans  un  bâtiment, 
eurent  très-grand'peur,  jetèrent  tous 
leurs  ornements,  leurs  armes  &  du 
•tabac  dans  le  lac,  pour  appaifer  le 
.  Manitou  du  lac.  Il  fe  trouvoit  par 
hafard  dans  ce  bâtiment  un  Canadien 
paiTager  qui  étoit  un  vrai  nain  pour 
la  taille.  Ces  Sauvages  qui  n'avoient 
pas  vu  d'hommes  fi  petits  ,  ie  prirent 
pour  un  Manitou  ,  &i'on  eut  bien  de 
la  peine  à  ks  empêcher  de  le  tuer  & 
de  le  jeter  à  l'eau  comme  un  autre 
Jouas, 


de  fAhih'iqne  Septentr.        3^ 

âcher  à  la  Préfentation  pour  afTez'^^'î^^^ 
le  tenis ,  ce  qui  empêdia  fa  croi-  ^75^^ 
iére  fur  la  rivière  de  Chouegen , 
fe  en  partie  de  découvrir  là  mar- 
:he   des  Anglois.    Les  Miflîfakes 
urent  avec  M.  Bîainville,  cadet  de 
a  colonie.  Ils  ne  remontèrent  qu'à 
j  ou  4  lieues  dans  la  rivière  & 
le  trouvèrent  rien.    S'ils   enflent 
itéjufques  à  la  Chutes,  deux  lieues 
3lus  haut,  ils  auroient  vu  les  An- 
2^1ois  occupés  à  leur  portage.  La 
nouvelle  que  les  ennemis  n'étoient 
l)as  à  Chouegen   fit  efpérer  à  M. 
•^ouchot  qu'il  feroit  encore  quel- 
que tems  tranquille  5  en  imaginant 
ur-tout  que  les  Anglois,  avant  de 
7enir  à  ÎSiagara,  formeroient  un 
iépôt  à  Chouegen ,  &  feroient  obli- 
gés de  s'y  retrancher,   ce  qu'ils  ne 
firent  pas. 

Le  29,  un  Courier  de  la  pref- 
qu'isle  annonqoit  qu'il  devoit  ar- 
river leo  François  &    150  Sau- 


40     Além.  fur  la  dern.  Guerre 

s^^^îS'vages  du  détroit ,  6  à  700  Saii* 
1759.  vagesavecM.  Lintot,  &  100  Sau- 
vages avec  M.  Bayeul ,  enfuitele 
convoi  de  M.  Aubry  venant  des 
lilinois,  avec  6  à  700  des  partis 
du  Mifliffipi.  En  conféquence  on 
demandoit  beaucoup  de  vivres  pour 
les  recevoir.  Des  Sauvages  de  Mi- 
chiliniakinac  arrivés  le  même  foir, 
dirent  que  MM.  la  Verranderie  & 
Langlade  étoient  defcendus  par  la 
grande  rivière  avec  1200  Sauva- 
ges, Criftinaux,  Scioux  ,  Sakis , 
Folles-Bvoines,  Sauteurs  &  Re- 
nards.  Si  Ton  fait  attention  à  tous 
ces  détails 3  on  peut  juger  que  l'on 
devoit  fe  promettre  une  heureufe 
îéuffite.  On  verra  a  quoi  abouti- 
rent toutes  ces  annonces. 

Le  6  Juillet ,   VIroquoife  entra 

à  quatre  heures  après  midi   dans 

la  rivière.   M.  i'ouchot  apprit  par 

.  cette  corvette  qu'il  n'y  avoit  poiijt 

d'Anglois  à  Chouegen.  Si  elle  eùc 


lie  V Amérique  Septentr,       -41 

oifé  dans  fa  route ,  &  approché^'^^'^^ 
côte  du  S.  du  lac,  eliC  auroit  ^75^* 
rement  découvert  l'ennemi  qui 
ivigeoit  avec  fes  berges  terre  à 
rre.  Si  elle  les  eut  apperçus ,  elle 
oit  avec  fes  10  pièces  de  iz  en 
at  d'arrêter  cette  armée  dans  fa 
arche  ou  de  la  détruire.  Les  An- 
ois  auroient  été  bien  eriibarraC- 
s  de  s'en  tirer,  ibit  pour  aller 
1  avant  ou  s'en  retourner.  Ce  fut 
[î  malheur,  ces  bâtiments  n'ayant 
:é  armés  que  pour  cet  uiage.  Le 
Dup  de  vent  qu'efluya  l'autre  ,  y 
Dntribua  auffi.  Tandis  que  Tune 
ifoit  des  courfes ,  l'autre  devoit 
,^fter  en  croifiere. 

Le  même  jour,  à  fix  heures , 
;n  ibîdat,  chaffaut  aux  tourtes  dans 
î  defert,  apperçut  des  Sauvages 
ui  prirent  deux  de  fes  camarades. 
l  courut  fur  le  champ  avertir  M. 
^ouchot ,  qui  fit  fortir  tout  de  fui- 
e  une  dixaine  d'homm.es  à  la  dé- 


42     Mém.  fur  la  dern.  Gtierfe 

îï^'^^*' couverte ,  forUtenus  de  f  o  homme 
^759-  Ces  gens  marchoient  légéremei 
&  croioient  que  ce  n'étoit  qu'u 
parti  lauvage.  Pluiieurs  fe  trouv* 
rent  enveloppés  a  &  l'oneiïuia  ur 
moufqueterie  de  plus  de  20 
coups  de  fufils.  Cinq  furent  priîj 
&  deux  bleUés.  M.  Fouchot  avo 
recommandé  à  cepiquetdcnepoiii 
trop  s'engager ,  jugeant  que  la  pa 
tie  n'étoit  pas  égale.  11  le  fit  rei 
trer  après  avoir  fait  tirer  quelqui 
volées  de  canon  aux  ennemis.  I 
répondirent  par  des  falves  en  reg 
des  bords  du  découvert,  qui  firet 
juger  qu'il  y  avoit  des  troupes  ri 
glées  3  &  qu'ils  étoient  en  fore 
M.  Pouchot  mit  cette  nuit  des  gai, 
des  pour  occuper  ces  dehors. 

Il  eil  néceflaire  d'entrer  ici  dar 
quelques  détails  fur  l'état  de  cett 
place  au  moment  du  fiége.  M.  Poi 
chot  venoit  alors  de  finir  le  lehauffi 
ment  des  remparts.Les  batteries  de 


iie  t Amérique  Septentr.       43 

laftions  qui  étoient  à  barbette  n'é-^^^^Î^S!! 
oient  pas  encore  achevées.  Il  les  ^75^- 
oniia  avec  des  tonneaux  remplis  de 
erre.  Il  avoit  fait ,  dès  fon  arrivée , 
ravailler  à  des  .pièces  de  blindage 
n  chêne  de  14  pouces  d'équarriffa- 
;e ,  &  de  15  pieds  de  longueur,  il 
a  borda  le  derrière  de  la  grande 
liiailbn  du  côté  du  Lie ,  l'endroit  le 
iilus  à  couvert  pour  y  établir  un  hô- 
)itaî.  11  conilruifit  le  lon^  des  fa- 
es   du  magafin  à  poudre,   pour 
1  ouvrir  les  murs  &  fervir   de  ca- 
lculâtes ,  un    grand  hangard  ,  en 
lieces  aflemblées  a  leur    fonimité 
>ar  un  faite.   On  y  tenoit  les  ar- 
nes  &  les   armuriers.   On   obfer- 
'era  que  cet  ouvrage  eft  excellent 
)our  des  forts  de  campagne  ,  dans 
les  pays  boifes,  &;  qu'ils  pouvoient 
brt  bien  fervir  de  cafernes  &  de 
nagafins.  La  bombe,  ne  tombant 
|ue  fur  un  plan  oblique,  y  fait  peu 
le  mal ,  parce  que  cette  conflruc- 
ion  elt  très-folide. 


44     Mcm.  fur  la  dern.  Guerre 

— "î^^^^  La  ganiifon  étoit  eompofée  de 
^75  5?-  149  hommes,  détachés  des  régi- 
ments deia  Sarre,  de  Royal-Rouf- 
fillon,  de  Guienne  &  de  Bearn, 
aux  ordres  de  MM.  Poiiehot,  capi- 
taine de  Bearn  ,  commandant  la 
place,  de  Villars ,  capitaine  de  la 
Sarre ,  de  Ccrvles ,  capitaine  de 
Koyai-Koufiiilon ,  de  Morambert, 
licul:enant  de  Guienne,  Salvignac, 
lieutenant  de  Bearn,  la  Miltiere  , 
lieutenant  de  Languedoc;  de  i83 
hommes  des  compagnies  des  co- 
lonies, aux  ordres  de  M.  de  la  Ko- 
che ,  capitaine  de  la  colonie  ,  de 
Cornoyer  &  Larminac,  lieutenants, 
de  133  miliciens  &de  21  canon- 
niers,  aux  ordres  de  M.Bonnafoux, 
lieutenant  du  corps  Koyal.  Ce 
nombre  fut  augmenté  par  M.  Pou- 
chot  jufques  à  100,  tirés  des  trou- 
pes &  miliciens  choifis  parmi  les 
plus  adroits,  en  tout  48^  &  39 
employés,  dont  cinq  femmes  ou 


de  l'Amérique  Septentr,       4f 

lîfans.   Elles  fervoient  dlnfirmie- 
is,  aiiifi  que  deux  dames  Douvil-  '759- 
1 ,  &  à  coudre  des  gargouches ,  6c 
;  faire  des  facs  à  terre. 

Le  7,  il  déboucha  fept  berges 
(îs  écors  du  lac  pour  reconnoître 
'.  place.    On  les  laifTa   raffembler 

s'approcher.  Dès  qu'on  appét- 
it qu'elles  ne  vouloient  pas  venir 
lus  proche,  on  leur  tira  du  ca- 
on  qui  leur  fit  gagner  bien  vite 
p  large.  M.  Pouchot  fit  partir  fur 
:  champ  un  bateau  à  la  décou- 
srte.  Il  rapporta  avoir  apperçu 
^  à  2o  berges^,  qui  contiennent 
G  hommes  chacune,  à  l'entrée  du 
etit  marais.  M.  Pouchot  imagina 
'abord  que  c'étoit  un  avant-gar- 
e  de  l'armée  angloife.  11  dépê- 
ha  prefque  tout  de  fuite  une  fe- 
onde  découverte ,  aux  ordres  du 
ieutenant  de  la  barque.  Il  dit  avoir 
u  beaucoup  de  berges  &  un  camp 
lir  la  côte,  qu'il  paroifibit  beau- 


4  5     Mêm.  fur  h  dern.  Guerre 

'""""""  -coup  de  monde  &  de  feux  à  ter- 
^755^-  re.  Une  autre  découverte,  expédiée 
a  heures  après ,  annonça  avoir  vu 
environ  i6  berges  &  une  feule 
tente ,  mais  beaucoup  de  monde 
qui  promenoient  fur  la  côte.  Les 
berges  étoient  toutes  entrées  dans 
le  petit  marais,  &  l'armée  étoit 
campée  dans  l'intérieur  du  bois. 

M.  Pouchot  expédia  tout  de  fui- 
te un  Courier  à  M.  Chabert ,  corn- 
mandant  au  fort  du  portage ,  poui 
lui  ordonner  de  fe  replier  par  le 
Chenondac,  s'il  favoit  quelque: 
nouvelles  des  ennemis  auprès  d( 
fbn  fort,  crainte  qu'il  ne  fut  enlevé 
Ce  Courier  portoit  auffi  des  or 
dres  pour  faire  venir  tous  les  dé 
tachements  de  la  prefqu'isle  fran 
(^ois  &  fauvages  qui  s'y  trouve 
roient ,  &  des  ordres  pour  M.  d< 
Lignery  au  fort  Machault,  pou 
fe  replier  à  Niagara  avec  tout  o 
,q^u'il  auroit  de  François  &  Sauva 


de  t Amérique  Septenff.       47 

;s.  Il  leur  enjoignoit  de  former^'^^ 
le  petite  avant-garde  qui  obfer-  ^71^- 
:roit  fi  le  petit  fort  étoit  aban- 
)nné ,  &  dans  ce  cas  de  paflTer 
ir  le  Chenondac  pour  le  venir 
indre  à  Niagara ,  &  d'y  laiffer  feu- 
jment  un  détachement  pour  cou- 
lir  leurs  bateaux  &  leurs  effets. 

A  midi ,  il  fit  forcir  la  corvette 
Iroquoife  ,  avec  un  mois  de  vivres 
3ur  croii'er  fur  le  petit  marais, 
es  vents  étoient  S.&:  S.  O.  Elle  fuC 
monner  le  camp  des  ennemis, 
ans  la  journée  il  parut  quelques 
kouvreurs  près  d'un  taillis  de  2 

3  pieds  de  hauteur ,  quoique  M. 
ouchot  en  eût  fait  couper  une 
artie  dès  fon  arrivée.  Il  parut  auffi 
eaucoup  de  Sauvages  qui  cher- 
iioient  à  fufiUer.  Quelques  coups 
e   canon  les  firent  retirer. 

Le  foir  il  entra  un  Sauvage  Pou- 
îoutamis  &  un  Sauteur ,  venant 
u  fort  du  portage.    M.  Pouchot 


48     Mé'ûL  [urladern.  Guerre 

fc^=^=^leiir  propofa  d'aller  pendant  la  nuii 
*7)9'  à  la  découverte.  Il  leur  donna  pou 
compagnon  un  Huron  qui  étoi 
dans  le  fort.  Ils  furent  le  long  de 
écors  du  lac  jufques  au  gran 
bois  5  au  bout  du  découvert ,  &  r^ 
vinrent  par  le  milieu  du  décou 
vert  C^)  fans  avoir  rien  rencor 
tré.  Une  heure  avant  jour ,  le  Poi 
teoutamis,  qui  étoit fort  brave, 
retourna  feul.  Il  fortit  par  les  écoi 
du  lac  vers  le  coude  qu'il  form 
en  avant  de  la  place.  11  rencontr 
un  canot  où  il  y  avoit  trois  bon 
mes.  11  tira  fur  celui  du  mille 
qui  fut  blefle.  Les  deux  autres  li 
lâchèrent  leurs  deux  coups  de  fuf 
fans  le  toucher ,  &  s'enfuirent.  ] 
fit  le  tour  du  découvert  en  faifar 
beaucoup  de  bravades  aux  Sauva 
ges  ennemis. 


(  û)  On  appelle  ces  découverts ,  di 
ftnsy  en  Canada. 

JV 


de  tAmériqm  Septentr.       49 

M.  Pouchot  le  renvoya  le  8  ac~""      ■- 
)mpagné  de  deuxlTanyO^s  à  M,  ^IS^- 
habeit,    avec   une  lettre.    Etant 
quiets  de  la  lituation  ,  ils  lui  dé- 
Relièrent  an  d'entr'eux  aune  lieue, 
)ur  Tinformer   qu'ils  avoient  vu 
le  quarantaine  de  piftes  d'hom- 
es dans  le  bois.   Comme  ces  pif- 
5  venoient  du  haut  de  la  rivière, 
.Pouchot  craignant  que  quelques 
memis  ne  l'euffent  traverfée ,  ce 
li  Tauroit  inquiété  pour  ceux  qui 
voient  venir  de  ce  côté  ,  il  en- 
»ya  à  la  découverte  pour  fouiller 
3  bois  ;  mais*  on  ne  trouva  rien 
ns  l'efpace  d'une  lieue. 
On  fit  fignal  fur  le   midi  à  la 
rvette  d'envoyer  fa  chaloupe.  Le 
utenant  qui  vint,  dit  que  les  en- 
mis  avoient  fornié  un  camp  fur 
e  petite  éminence ,  en  de<^à  du 
lit    marais,  pour  couvrir  leurs 
reaux;  qu'ils  paroiffoient  être  de 
i  4  mille  hommes ,  &  qu'ils  tra- 
Tome  IL  C 


5  o     3Iem.  fur  ta  dern,  Giurre 

■vaillolent  beaucoup  au  bord  du  dé- 
î7^'9-  couvert  du  côcé  du  lac,  &yfai 
foient  des  abattis  où  400  homme: 
paroiffoient  être  occupés.  M.  Pou 
chot  foupçonna  que  ce  pouvoi 
être  l'endroit  où  ils  faifoient  leu 
dépôt  pour  la  tranchée.  L'artiile 
rie  de  la  corvette  les  incommod 
jufques  a  les  forcer  à  quitter  leu 
camp  pour  s'en  mettre  k  l'abri.  Il 
tirèrent  à  ce  bâtiment  du  cano 
de  12.  M.  Pouchot  ordonna  àl 
corvette  de  fe  mettre  vis-à-vis  Ter 
trée  du  petit  marais  pour  empi 
cher ,  foit  aux  convois  d'y  entrer 
foit  aux  bateaux  d'en  fortir  pot 
porter  leur  artillerie  au  dépôt,  élo 
gné  d'une  heue  &  un  quart  du  m; 
rais;  ce  qui  devoit  prolonger  leui 
travaux,  il  ordonna  au  capitair 
de  ce  bâtiment  que  s'il  étoit  aSail 
.de  quelque  coup  de  vent,  dereti 
trer  dans  la  rivière ,  &  de  fe  raj 
procher  de  la  batture  qui  eit  foi 


de  l'Amérique  Septentr,       f  i 

i  fort  Ces  précautions  obligeoienf^^^^— 
;s  ennemis  de  faire  toutes  kurs  ^759 
pérations  par  terre,  &  couvroient 
i  place  qui  auroit  pu  être  faciie- 
icnt  iiifukée  dans  la  partie  du  lac 
i  de  la  rivière. 

L'après-midi  5  il  parut  quelques 
întaines  de  Sauvages  dans  les  tail- 
5  du  découvert,  qui  vinrent  fufil- 
r  fur  le  fort.  On  les  chafla  avec 
î  l'artillerie    chargée  à  mitraille. 
y  en  eut  quelques  uns  de  tués. 
lU  foleil   couchant,  M.  Pouchot 
ivoya  prendre  de  l'autre  côté  de 
rivière  un  François  &  deux  Sau- 
ges. Le  premier  était  frère  du 
rde    magafin,  qu'on   avoit  en- 
>yé   pour    lever    des    Sauvages 
iiffifakes.    H  revint  accompagné 
im  feul.  Les  autres  s'en  étoient 
es  à  la  vue  du  petit  fort  brûié, 
iiaginant  qu'il  l'avoit    été    par 
Anglois.    L'autre  Sauvage  étoit 
Iroquois  envoyé  par  M.  Cha- 
C  i 


5 1     Al'm.  fur  h  dern.  Guerre 

LlLi-E^-bert  (a),qui  annonçoit  dans  une  let- 
*  ;  5^-  tre  Ton  arrivée  pour  le  lendeniain.il 
avoit  jeté  dans  la  rivière  du  Che- 
nondac  tous  les  effets  qu'il  avoit 
pu,  20  chevaux  qui  lui  apparte- 
noient  &  des  bœufs  qu'il  avoit  fail 
venir  pour  fon  compte  du  détroit 
11  brûla  le  fort  du  portage ,  ce  pof 
te  n'étant  point  tenable.  Son  fren 

*  (a)  M.  Chabert  avoit  l'entreprif 
du  portage  de  Niagara.  Le  roi  devoi 
lui  fournir  à  un  prix  convenu  des  mai 
chandifes  pour  payer  les  frais  dupor 
tage.  Cet  officier  étoit  donc  à  mèm 
de  gagner  beaucoup ,  ayant  au  prix  d 
fon  marché  les  marchandifes  quicod 
toienttous  les  jours  plus  cher  au  roi 
ce  qui  lui  a  faic  des  profits  très-con 
iidérables.  D'ailleurs  on  peut  aiTure 
qu'aucun  officier  n'avoit  plus  de  zel 
pour  le  bien  du  fervice,  &  qu'il  étoi 
l'homme  le  plus  accréditéje  plus  sffen 
tiei  de  l'Amérique  pour  ménager  le 
Sauvages,  &  bien  au  delîusdejohn 
fon  pour  laconEance  que  les  n^tioii| 
avoient  en  lui. 


de  t Amérique  Septentr.       n 

oncaire  étoit  arrivé  la  veille  ra-S^fiS 
lené  par  riroquois  qui  avoit  por-  ^7S9 
î  la  lettre.  M.  Pouchot  lui  fit  un 
réfent. 

Yers  les  dix  heure!» ,  il  parut  dans 
î  découvert  un  drapeau  blanc. 
I.  Pouchot  l'envoya  reconnoître 
v^cc  précaution.  On  lui  amena  un 
ipitainede  Royal-Américain  à  qui 
n  banda  les  yeux.  On  le  fit  paf- 
r  par  les  taillis  les  plus  fourrés 
;  les  plus  embarralTés  de  bran- 
lages.  Il  remit  dans  la  chambre 
z  ce  commandant ,  après  qu'on 
\i  eut  ôté  Ton  bandeau ,  une  let- 
e   du  brigadier  Prideaux ,   dans 

quelle  il  difoit  que  le  roi  d'An- 
;  eterre  lui  ayant  donné  le  gou- 
■ornement  du  fort  de  Niagara,  il 
lit  à  lui  remettre  cette  place;  fi- 
i3n  qu'il  l'y  obligeroit  par  les  for- 
rs  fupérieures  qu'il  avoit  avec  lui. 
^i.  Pouchot  répondit  qu'il  n'enten- 
oit    par  l'anglois ,    qu'il  n'avoit 

C  3 


54    Mém.fur  ladern.  Guerre 

'^"""'poînt  de  réponfe  à  faire.  11  avoit 
'75^'  cependant  bien  compris  la  lettre. 
L'officier  infiftafur  les  grandes  for- 
ces qu'il  avoit.  M.  Fouchot  répli- 
qua que  le  roi  lui  avoit  confié 
cette  place ,  qu'il  fe  trouvoit  en 
état  de  la  défendre ,  &  qu'il  efpé- 
roit  que  M.  Prideaux  irj  entreroit 
jamais ,  &  que  du  moins  aupara- 
vant il  vouloit  faire  connoiQan- 
ce  avec  eux,  que  fùrement  il  ga* 
gneroit  leur  eftime.  11  fit  déjeu- 
ner cet  officier  ,  &  le  renvoya  les 
yeux  bandés  jufqu'où  on  l'avoit 
pris. 

Après  midi ,  la  Force,  comman- 
dant de  la  corvette ,  envoya  dire 
à  M.  Pouchot  qu'il  ne  voyoit  plus 
de  berges  fur  la  grève ,  non  plus 
que  deMépôts,  &  peu  de  monde 
fur  les  écors.  Sur  cet  avis,  M.  Pou- 
chot envoya  un  fergent  dans  un 
bateau  qui  remonta  l'autre  coté 
de  la  rivière.  11  rapporta  avoir  vu 


j     ie  P Amérique  Sepîentr.       5? 

caucoup  de  monde  travailler  à  laS^SK 
^elle-Famille  (a).    Cela  fit  juger  I7T5*< 
[u'ils  avoientienvie  d'ouvrir  la  tran- 
lée  cette  nuit.  Sur  le  foir  il  pa- 
ît des  hommes  en  chemifes    fur 

bord  du  délert   à  la  droite  de 

place.,  qui  paroiflbient  vouloir 
uvrir  une  tranchée.  On  leur  ti- 
i  trois  ou  quatre  coups  de  ca- 
on ,  &  ils  fe  retirèrent  ;  ce  qui 
iiontra  que  ce  n'étoit  pas  l'endroit 
à  ils  avoient  envie  de  commen- 
lîr  leur  tranchée. 

La  grande  tranquillité  des  enne- 
is  dans  cette  journée,  donna  de 

défiance  fur  leur  opération.   Eu 
)nféquence,  M.  Pouchot  plaça  M. 


(a)  Cet  endroit  eft  à  un  petit  demi- 
jart  de  lieue  du  fort ,  fur  la  rive  droi- 
àu  Heuve ,  au  deifus  de  la  place.  Ce- 
it  l'endroit  le  plus  propre  h  faire 
;s  fafcines ,  n'y  ayant  pas  du  petit 
)is  parmi  les  grands  arbres  de  la 
rèt, 

c  4 


f  6    Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

...  '""^^"i  Villars,  capitaine  de  la  Sarre ,  dans 
^759.  la  demi -lune  avec  60  hommes; 
dans  la  place  d'armes,  retranché  du 
chemin  couvert  de  la  gauche,  M.  de 
Morambert,  lieutenant,  &  30  hom^ 
-     mes;  dans  celle  de  la  droite,  M.Cor- 
noyer,  lieutenant,  &  30  hommes. 
M.  de  Cervies ,  capitaine,  avec  j€ 
hommes ,  occupoit  l'angle  faillant 
du  chemin  couvert  du  bâillon  du 
lac   jufques  a    l'angle  faillant  du 
chemin  couvert  de  la  demi-lune  ; 
fur  la  grève  au  bas  des  écors  du 
ballion  du  lac  derrière  la  paliiTa- 
de,  M.  de  Larminac,  heutenant, 
&  40  hommes  ;  à  l'angle  faillant 
du  baftioîi  du  chemin  couvert  du 
baftion  des  cinq  nations ,  M.  de  la 
Roche,  capitaine,  avec  3^   hom-, 
mes  ;  fur  le  platon  au  deflbus  de  ce  ^ 
faillant,  derrière  la  pahifade   qui, 
entroit   dans  la  rivière ,  M.  Cha-  ' 
bert ,  avec  ^o  hommes  ;  fur  cha- 
que baftion  on  mit  25  hommes.! 


de  r Amérique  Septentr.       ^y 

es  différens  poftes  fourniiïbient" """"*"■ 

lutes  les   fentinelles    néceffaires.  ^755^ 

es  loo  canonniers  furent  diflri- 

jés  aux   batteries.    Il  ne  reftoit 

je  M.  Bonnafoux ,    officier  d'ar- 

lerie ,  &  M.  de  Salvignac ,  lieu- 

nant  deBéarn,  faifant  fondions 

!  major.    Telle  étoit  la  difpofi- 

)n  de  toutes  les  nuits  pendant 

fiege.  Dans  la  journée  on  tâcha 

foulager  les  foldats ,  afin  de  les 

re  dormir,  ou  on  les  occupoit 

X  différentes  corvées  qu'exigent 

;  opérations  d'un  iiege. 

Cette  nuit,  M.  Bouchot  fit  un 

itachement  de    30    découvreurs 

i  lontaircs ,  du  nombre  defquels 

:)ient   trois   à  quatre  Sauvages. 

[  fortirent  par  la  droite ,  par  le 

ntre  &  par  la  gauche.  Ils  tirèrent 

:  quelques  Sauvages  ennemis  qui 

toient  glifîes  jafques  à  un  cime- 

re  éloigné  de  5  o  toifes  du  gla- 

.  Un  Huron  du  détachement  de 

C  î 


5  8       Mêm.fur  la  dern.  Guerre 

^^""""'^la  droite  s'etant  écarté  ^  fut  blefli 
^1S9'  en  voulant  rejoindre  fon  détache 
nient,  par  un  de  nos  Sauvages. 
Le  I  o ,  il  fit  une  pluie  accom 
pagnée  de  brouillard  au  point  di 
jour,  ce  qui  empêcha  de  décou 
vrir  jufques  au  grand  jour  la  camj 
pagne.  Alors  on  apperçut  une  pa| 
raîlele  à  plus    de    300  toifes  qt! 
prenoit  depuis  environ   le  mille 
du  front  des  fortifications ,  en  s'a! 
longeant  fur  la  gauche,  du  côt 
du  lac.  Elle  commençoit  dans  u 
terrein  un  peu  bas  qui  étoit  O] 
dinairement  inondé  ;  mais  il  éto  ' 
àfec,à  caufe  de  la  grande  féchr' 
reffe  ,  ce  qui  facilita  Touverture  d' 
la   tranchée  que  les  Anglois  ai' 
roient  été  obligés  fans  cela  de  corn 
mencer  beaucoup   plus  loin. 

On  battit  les  deux  extrémités  d 
cette  paralîeîe  avec  quatre  pî« 
ces  de  canon,  quoiqu'il  plut  ailes! 
Les  ennemis  paroiffoieiit  travailk' 


de  P Amérique  Septentf\       f^ 

vec  ardeur.  La  nuit  on  tira  du'"'""^^ 
anon  fur  la  partie  gauche,  parce  ^7S9' 
[ue  l'on  jugea  qu'ils  avoient  en- 
ie  de  fe  prolonger  fur  ce  côté. 
L  midi,  arrivèrent  M.  Chabert  & 
oncaire  fon  frère ,  avec  70  perfon- 
I  es ,  beaucoup  de  femmes  &  de 
auvages  5  trois  Iroquois,  entr'au- 
•es  le  chef  Kaendaé»  Les  Sauva- 
es  furent  allez  tranquilles. 

Le  II  au  matin,  on  apperçut 

;2tte  parallèle  un  peu  allongée  fur 

:   gauche,  hile  fiiÊ  battue  vigou- 

îufement.    ils  ne  purent  la  pro^ 

>nger.  Dans  la  journée  ils  s'atta« 

lerentà  la  perfedionner ,  &  Poîî 

;  apperçut    qu'ils    travailioient    à 

':îs  batteries.  On  les  incommoda 

î  plus  qu'il  fut  poffible  avec  Far» 

ilerie. 

i  L'après-midi,  M.  Pouchot  vou- 
Int  faire  enlever  des  piquets  qui 
coient  entre  la  parallèle  &  le  gla- 
13    pour  former  des  embrafures  ^ 

:  C  ^ 


€o      MemJÇur  la  dern.  Guerre 

—"""^-détacha  quelques  hommes  ^  afin 
^7>  9-  de  Ibutenir  ceux  qui  dévoient  rap- 
porter ces  piquets.  Ils  pouffèrent 
d'eux-mêmes  jufques  à  la  hauteur  de 
la  tête  de  la  tranchée  des  ennemis. 
Ils  furent  fuivis  par  une  foixan- 
taine  d'hommes  qui  s'échappèrent 
du  chemin  couvert,  ils  fufillerent 
jufques  dans  le  boyau  de  la  tran- 
chée. Les  ennemis  qui  fe  confioient 
fur  notre  petit  nombre  ,  y  étoient 
aiFez  mal  fur  leurs  gardes.  Us  aban- 
donnèrent cette  iétQ,  Un  homme 
accourut  avertir  M.  Pouchot  qu'il 
n'y  avoit  perfonne.  Connoiffanl 
mieux  ces  gens-là ,  il  lui  ordon- 
na d'aller  dire  à  M.  de  la  Roche 
qui  fe  laiffoit  entraîner ,  de  le  re- 
tirer avec  fa  troupe.  Dans  cet  in- 
tervalle  tous  les  foldats  &  milicien? 
fautèrent  par  delTus  les  paliiïades 
du  chemin  couvert  ^  malgré  Ice 
officiers ,  pour  fuivre  les  autres. 
La  -garnifon   fut  fur  le  point  de 


de  l'Amérique  Septentr.       Ci 

lengager  contre  toute  l'année  an-*^^""*^ 
iîoiie,  parce  que  dans  le  moment  ^75  9- 
urs  SaoYages,qui  étoient  au  moins 
iOO  5  &;  toutes  leurs  troupes  vin- 
bnt  fe  mettre  en  bataille  a  la  tête 
13  fa  tranchée.  Parles  précautions 
es  officiers  3  on  fut  alTez  heureux 
our  ne  pas  trop  s'engager.  On 
Dntint  les  ennemis  par  un  feu  très- 
if  d'artillerie  qui  les  empêcha  de 
barger  nos  gens.  Les  Anglois 
e  laifTerent  pas  cependant  de  per- 
L'e  du  monde ,  ayant  été  obliges 
e  fe  tenir  à  découvert.  Cela  leur 
ccafionna  encore  de  relier  fous 
:s  armes  jufques  à  la  nuit. 

Cette  aventure  en  fit  naître  une 
Hez  finguliere.  Le  chef  Troquois 
^aendaé  demanda  la  permiffion  de 
ortir  pour  parler  aux  Sauvages  de 
i  nation.  M.  Pouchot  ne  crut  pas 
evoir  la  lui  refufer,  d'autant  mieux 
u'ii  efperoit  par  le  moyen  de  ce  fau- 
,age,  faire  au  moins  abandonner 


62       Mé'ûL  fiir  h  dern.  Guerre 

^^^^^^Parinée  k  quelques  SonnontoinSâj 
•^75  9.  Les  Iroquois  acceptèrent  le  pour- 
parler  à  rextrêmité  du  découvert; 
le  refultat  fut  que  les  cinq  nations 
enverroient  à  M.  Pouchot  deu» 
députés  pour  favoir  fa  façon  de 
penfer  fur  leur  compte.  Ils  lui  firent 
demander  un  fauf-conduit ,  fous  la 
parole  de  M.  Joncaire  qu'ils  re*- 
gardoieot  comme  un  de  leurs  chefs, 
On  le  fit  entrer  les  yeux  bandés 
jufques  dans  la  chambre  de  ce  com- 
mandant qui  reconnut  le  neveu 
du  Tonniac  qui  Tavoit  quitté  5  à  ^ 
jours  avant  l'arrivée  des  Anglois, 
Ces  députés  dirent  qu'ils  ne  far 
voient  pas  comment  ils  fe  trou- 
voient  engagés  dans  cette  guerre, 
qu'ils  en  étoient  honteux.  M.  Pou- 
chot  leur  demanda  quel  fujet  de 
guerre  il  leur  avoit  donné ,  qu'ils 
dévoient  fè  fouvenir  qu'ils  Pavoient 
nommé  fategariouaen  ile  milieu  des 
bo?mes  a^mres)  &  qu'il  ne  les  avoit 


ile  t Amérique  Septentr.       €3 

imais  trompés.  Il  leur  témoigna^^'^ 
i  furprife  de  voir  des  Iroquois  dans  ^  7"»  9 
armée  angîoife  ,  &:  plulieurs  fur- 
out  qui  lui  avoient  marqué  beau- 
oup  d'affection  ,  qu'ils  pouvoieiit 
ager ,  à  la  façon  dont  il  fe  battoit , 
u'il  n'épargnoit  pas  ces  enne- 
lis  5  &  que  le  cœur  lui  faignoit 
'imaginer  qu'il  pou  voit  frapper 
uelqu'autre  que  ces  blancs  ayec 
ui  il  étoit  en  guerre.  Il  les  in- 
itcit  à  ne  plus  fe  mêler  dans  leur 
uerelle  ,  &  leur  affura  qu'il  n'au- 
oit  plus  rien  fur  le  cœur.  11  finit 
ar  les  avertir  que  toutes  les  na- 
ions  d'en  haut  arrivoient  incefTani- 
lent  à  fon  fecours.  S'ils  fe  trou- 
oient  alors  dans  le  cas  de  verfer 
sur  fang,  il  leur  promit  d'interpofer 
on  autorité  pour  leur  faire  faire  la 
)aix.  Il  leur  remit  un  grand  collier 
)0ur  porter  cette  parole  à  leur  na- 
ion. 
Les  Miffifakss  qui  étoientpré- 


6^4     MérîLfuï  la  dern.  Guerre 

^^^^^fents,  voulurent  aiîffi  parler  à  leur 
^7^9-  tour,  lis  témoignèrent  aux  Iro- 
quois  le  plaifir  qu'ils  avoient  de 
les  entendre  parler  d'accommode- 
ment, que  leur  nation,  qui^étoit 
nombreufe  ,  en  feroit  flattée  ,  qu'ils 
les  invitoient  à  ne  plus  quitter  la 
main  de  leur  père ,  que  pour  eux 
leur  parti  étoit  pris ,  ils  vouloient 
mourir  avec  lui ,  laiiTant  à  leur  na- 
tion le  foin  de  venger  leur  mort. 
Le  Fouteotamis  leur  dit  :  „  mes 
53  oncles  (a),  le  maître  de  la  vie 
53  nous  a  tous  raffemblés  dans  cette 
3,  ifle  (l'Amérique).  Qui  eft-ce 
55  qui  a  plus  d'efprit  que  nos  an- 
5,  cêtres?  N'eft-ce  pas  eux  qui  ont 
3(j  les  premiers  tendu  la  main  au 
55  François  ?  Pourquoi  ne  ferions 
55  nous  pas  liés  avec  lui  ?  nous  ne 
35  connoilTons  pas  l'Anglois.  Nous 

(  û  )  Terme  qui  marq-ue  le  refped, 
le  degré  de  liaifba  qu'il  y  a  entre  ces 
deus  nations. 


1     de  t Amérique  Septentr.       5f 

;  fouîmes  charmés  que  vous  foyez^^^^^ 
,  dans  le  deffein  de  bien  vivre  ^7  59. 
,  avec  notre  père.  C'eft  le  moyen 
,  que  nous  ne  nous  quittions  pas 
,  la  m.ain  ni  les  uns  ni  les  autres  '*. 
Iss  harangues  durèrent  jufques  à 
l'uf  heures  dufoir,  qu'on  litref- 
frtir  les  députés  les  yeux  ban- 
js.  Ils  promirent  devenir  lelen- 
\  main  porter  une  réponfe. 

Cette  entrevue  avoit  fait  fufpen- 
|e  le  feu  de  part  &  d'autre.  L'en- 
mi  en  profita  à  l'entrée  de  la 
■,it  pour  ouvrir  un  boyau  d'en- 
l 'on  40  toifes  qu'il  n'auroit  peut- 
!'e  pas  fait  fans  cela.  Ce  fut  une 
:on  pour  M.  Pouchot. 
Xe  12,  on  découvrit  au  point 

jour  à  200  toifes ,  un  monceau 
I  terre  fort  élevé  qui  parut  pré- 
jirépour  former  une  batterie.  On 
i  battit  avec  1 1  pièces  de  canon 
\i  y  firent  grand  effet  Ils  n'ofe- 
iit  pouiTer  aucune  fape  en    de- 


66     Além,  fur  la  dern.  Guerre 

^^^^^^hors,  les  ayant  battus  vigoureu- 
^75^-  fement,  dès  qu'ils  vouloient  Ten^ 
tamer. 

Le  matin ,  Kaendaé  redemanda 
la  permiflîon  de  fortir  pour  aller 
tenir  conleil  avec  les  chefs  de  fa 
nation.  M.  Pouchot  ne  fit  pas  dif- 
jRculté  de  le  lui  permettre ,  Taver- 
tiffant  qu'il  n'entendoit  pas  arrêter 
aucune  de  fes  opérations,  parce 
que  les  blancs  profitoient  de  ces 
intervalles  pour  travailler.  Il  lui 
ajouta  que  fi  fes  compatriotes  fe 
déterminoient  à  lui  venir  parler, 
qu'ils  portalTent  un  petit  pavillon 
blanc  5  qu'alors ,  pourvu  qu'ils  fuf- 
fent  en  petit  nombre ,  on  ne  tire- 
loit  pas  fur  eux ,  &  on  les  feroit 
entrer. 

A  3  heures  après  midi ,  Kaen- 
daé eil:  rentré  avec  un  chef  Onon- 
tague ,  appelle  le  GoUier  pendu  j  & 
deux  Goyogoins.  ils  préfenterent 
à  M.  Fouchot    un  grand   collier 


,te  rJ?nérique  Septentr,       6j 

Itic  (  a  )  pour  répondre  au  fien.^"^*^ 
Ilui  dirent  :  „  nous  avons  écouté  ^75 9« 
a  parole;  elle  difoit  vrai  :  no- 
;re  parti  eft  pris  ;  nous  quittons 
.'armée  angloife,  &  pour  preuve 
nous  allons  camper  à  la  fielle- 
,"amille  ".  Ils  le  remercioient  de 
ir  avoir  donné  un  fi  bon  con- 
L  &  de  ce  qu'il  vouloit  bien  ne 
|nt  conferver  de  rancune  con- 
!ux.  ils  lui  promirent  d'être 
lénavant  tranquilles.  Le  con- 
I  de  Kaendaé  avec  les  Iroquois 
;>it  été  tenu  en  préfence  de 
uifon,  à  qui  ce  chef  parla  fiere- 
jnt,  lui  reprochant  d'avoir  env 
Iqué  fa  nation  dans  de  mauvai- 
I  affaires,  Johnfon  fourioit  &  rc- 
idoit  ce  reproche  comme  une 
iifanterie. 

Par  un  autre  collier  j  ils  deman- 
lient  que  Kaendaé ,   les  femmes 

[a)  Ceft  un  ùgwQ  de  paix. 


68     31ém.  fur  la  dern.  Guerre 

^'""*'^^^&  les  enfans  Iroquois  qui  étoient  i 
^759»  dans  le  fort  en  fortiffent  avec  Jon-'^ 
eaire ,  qu'ils  regardoient  comme  | 
un  des  leurs,  afin  que  quelque  ,| 
chaudière  (  a  )  ne  leur  caflat  pas  : 
la  tètQ,  fur-tout  à  Kaendaé  qui  étoit  i 
chargé  de  leurs  affaires  auprès  des  j 
Sauvages  des  autres  nations  dont  j 
il  parloit  toutes  les  langues.  [ 

M.  Pouchot  leur  répondit  que  , 
les  femmes  &  Kaendaé  étant  pré- 
fents  5  il  les  laiiToit  maîtres  de  rç. 
pondre  &,  de  prendre  le  parti  qu'ils 
voudroient.  Kaendaé  avoit  affuré 
M.  de  Chabert  qu'il  ne  vouloit  pas 
nous  quitter.  Il  ne  répondit  rien. 
M.  Pouchot  fit  la  cérémonie  en 
préfence  des  chefs  députés,  décou- 
vrir fon  corps  d'avance  en  cas  qu'il 
lui  méfarrivât.  Cette  cérémonie 
confifte  à  mettre  un  collier  &  un 
. — f 

(a)  C'eft  ainfî  qu'ils  appellent  les 
bombeSc 


mti 


de  P Amérique  Septentr.       69 

jîpement  devant 'foi,    comme^^^^ 

met  dans  fon  tombeau.  Cet-  ^7 S 9* 
mort  ne  peut  emporter  aucune 
igeance  ,  l'homme  étant  con- 
t.  Les  femmes  &  les  entans  prê- 
tèrent enfuite  des  branches  à  [VI. 
Lichot,pour  aiïlirer  qu'ils  vou- 
ant refter  avec  nous  ,  qui  étions 
rs  pères ,  &  qui  avions  toujours 
pitié  d'eux. 
Ces  députés   préfenterent  auffi 

branches  de  la  part  de  la  na- 
1  des  Loups,  ou  Moraiguns,  qui 
ient  dans  le  confeil  des  Iroquois, 
ir  engager  les  Outaouais  &  au- 
3  Sauvages  de  fe  retirer  au  fond 

Lac,  &  de  laiffer  battre  les 
ncs ,  puifqu'eux-mémes  s'en  al- 
^nt.  Ces  deux  paroles  parurent 
VI  Pouchot  inrpirées  par  les  An- 
>is  pour  dégoûter  ces  nations 
i    nous    étoient    afFed  ion  nées. 

Pouchot     répondit    qu'il    ne 
iinoiffoit  pas    ces   nations    qui 


70     3Iem.furh  dern.  Guerre 

^^'^^^envoyoient  ces  branches ,  &  qu' 
^7^9.  ies  leur  rendoît  II  dit  qu'à  l\ 
gard  des  Outaouais  &  des  ai 
très  nations  qui  nous  étoient  att; 
chées ,  elles  n'avoient  pas  befoin  d 
confeil ,  pour  favoir  comment  elh 
fe  dévoient  conduire  avec  lei 
père ,  qu'elles  étoient  chez  elles 
Niagara  ,  &  qu'il  trouvoit  fort  fir 
gulier  que  des  gens  avec  qui  ell( 
n'étoient  point  liées ,  voulufler 
les  engager  à  quitter  leur  maifoi 
Ces  Outaouais  répondirent  au 
députés  qu'ils  étoient  venus  poi 
mourir  avec  leur  père ,  &  témo 
gnerent  aux  Iroquois  qu'ils  étoier 
charmés  d'apprendre  qu'ils  qui! 
toient  les  Anglois.  M.  Fouchot  n 
voulut  point  rendre  la  parole  de 
Loups  qu'il  fentoit  ne  point  ve 
nir  d'eux. 

Les  mêmes  députés  propoferen 
de  revenir  le  foir.  M.  Fouchot  Ii 
leur  refufa,  les  afforant  que  pour 


de  t  Amérique  Sept  eut  r.       71 

i  qu'ils  fufTent  tranquilles ,  il  fe- 
it  content.  11  les  avertit  que  la  ^7)9^ 
lit  il  ne  connoiffbit  perfonne, 
l'il  tiroit  par  -  tout  ;  mais  que  fi 
jnsle  jour  ils  venoient  en  petit 
>mbre  fans  aucune  condition,  il 
;  recevroit.Ils  les  renvoya  avec  un 
in  chacun ,  parce  qu'il  favoit  que 
irmée  angloiie  ne  mangeoit  que 

la  farine  cuite  fous  la  cendre 
.  galettes. 

Pour  expliquer  tous  ces  pour- 
rlers,  il  faut  d'abord  obferver 
le  les  Angois  engageoient  la  nuit 
3  Sauvages  à  couvrir  leurs  tra- 
illeurs.  î^otre  feu  du  chemin  cou- 
irt  les  inquiétoit  beaucoup.  Ils 
roient  perdu  huit  à  neuf  de  leurs 
|:ns.  M.  Pouchot  qui  connoiflbit 
t  génie  de  ces  nations,  n'étoifc 
|iis  fâché  de  trouver  l'occaiîon  de 
!  débarrafler  de  900  hommes  s> 
)nt  il  craignoit  plus  les  infultes 
le  celles  des  Anglois ,  à  caufe  de 


y  %     Mm,  ftir  la  dern.  Guerre 

ïïL'iïËiEL^Ieur  nombre  &  de  la  connoiflan- 
Ï759-  ce  qu'iis  avoient  de  la  place.  £11 
retenant  dans  fon  fort  quelques-uns 
des  chefs ,  des  femmes  &  plufieurs 
guerriers  des  nations  étrangères, 
s'il  leur  étoit  méfarrivé ,  ces  mé- 
mes  Sauvages  en  auroient  répon- 
du à  leurs  nations  ou  à  celles  qu'ils 
auroient  oiîenfées.  ils  furent  donc 
charmés  de  trouver  cette  occafioa 
de  refter  neutres ,  en  attendant 
l'événement.  De  leur  côté  les  An- 
glois  n'ofoient  refufer  ces  entre- 
vues  aux  Sauvages.  Ils  tâchoient 
feulement  d'en  tirer  le  meilleur 
parti. 

Les  Sauvages  étant  partis ,  M. 
Pouchot  envoya  tout  de  fuite  liuit 
volontaire,  saux  ordres  de  M.  Cof- 
noyer,  qui  furent  jufques  auprès 
de  la  batterie.  Ils  entendirent  plan- 
ter des  piquets.  La  tranchée  d'ail- 
leurs étoit  affcz  tranquille.  A  leur 
retour  on  battit  très-vivement  avec 

de 


dâ  P Amérique  Septentn      7| 

l'artillerie  la  batterie,   Se  avec'"'^^^ 
la  moLiiqucterie  la  droite  &  la  ^l'i^ 
iche  par  où  ils  dévoient  débou- 
;r. 

M.  Pouchot  ordonna  à  la  cor- 
te  de  partir  pour  aller  recon- 
tre Chouegen ,  &  tâcher  de  fa- 
r  des  nouvelles  de  M.  de  la  Cor- 
!&  de  Mont-Réal.  Dans  la  jour- 
:  cette  corvette  canonnala  tran- 
e  des  ennemis  avec  aîTez  de 
:ès ,  8c  elle  fit  route  dans  la 
IL 

!.e  13,  MM.  Pouchot  &  Bon- 

|3ux  examinèrent  au  point  du 

n  les  travaux  des  ennemis.  Ils 

|v^oientfait  que  perfedionner  une 

:erie  à  bombes  de  fix  mortiers. 

:  tira    tout    le   jour  avec   peu 

fet.    Nous    ne  fîmes  pas  dans 

e  journée  beaucoup  de  feu  de 

I  batteries ,  les  travaux  des  en- 
lis  étant  trop  perfedionnés  pour 
pouvoir  ruiner. 
s^ome  IL  D 


74  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

— — ^^     Sur  le  foir,  on  apperçut  un  pa. 

^1S9'  Yillon  blanc  &  des  sauvages  de 
l'autre  côté  de  la  rivière.  Kaendat 
demanda  permiffion  de  les  allei 
trouver.  Elle  ne  lui  fut  pas  refufée 
C'étoit  quelques-uns  des  Sauvage: 
qui  étoient  venus  en  confeil.  11: 
demandoient  à  venir  dans  le  for 
pendant  la  nuit.  iVl.Fouchotne  vou 
lut  pas  y  confentir.  Le  feu  de  no 
batteries  &  celui  de  notre  moui 
queterie  furent  affez  vifs  ;  mais  noi 
pas  autant  que  les  nuits  précéden 
tes  5  parce  qu'il  n'étoit  plus  be 
foin  d'en  inipofer  aux  Sauvage 
qui  couvroient  les  travailleurs 
Ces  Sauvages  annoncèrent  à  Kaen 
daé  qu'ils  s'étoient  tous  retiré: 
à  la  Belle-Famille,  &  qu'ils  re( 
teroienC  neutres.  Ils  lui  diren 
auffi  que  l'on  débitoit  dans  1( 
camp  des  Anglois  que  ces  derf 
niers  avoient  battu  M.  de  la  Cornd 
à  Chouegen. 


de  r Amérique  Septentr.       7^ 

Le  14,  au  matin,  on  découvrit^'""'" 
Il  travail   de  40  à  50  toifes    en  ^7)9- 
olongement  de  la  tranchée ,  ti- 
;it    du  côté  des  écors    du  lac, 
jHt  l'extrémité  étoit  à  100  toifes 
1  chemin  couvert.  Ils  ont  travail- 
itout  de  fuite  à  une  batterie   à 
iiiibes  d'où  ils  ont  tiré   l'après- 
di.    Kaendaé  &  Chatacouen  de- 
;  nderent  la  permiffion  d'aller  par- 
:  à  leurs  gens.  M.  Pouchot  étoit 
:ertain    s'il   la   leur   refuferoit  ; 
:is  l'efpérance  de  favoirdes  nou- 
les  la  leur  fit  accorder.  Ils  fu- 
tt  au  camp  des  Iroquois  8c  des 
i^lois.  11  rapportèrent  avoir  vu 
riron  1800  hommes,  qu'un  de 
rs  camps  étoit  au  petit  marais, 
lin  autre  plus  proche-dcla  tran- 
[]£,  qu'ils  avoient   apperçu    lo 
I  tiers  &  deux  batteries  &   i  ç 
liDns ,  dont  trois  étoient  de  gros 
iore  ,  que  Johnfon  avoit  fait  de- 
uirer  les  Sauvages  en  leur  pro- 
D  z 


7^       Mém.ftir  ladern.  Guerre 

5?^55î^iriettant  le  pillage  de  la  place  où 
^759-  dévoient  donner  l'afTaat  dans  dei 
ou  trois  jours ,  enfin  ,  qu'ils  avoiel; 
peu  de  vivres  &  en  attendoient' 
convoi. 

Dès  ce  jour,  on  ne  vit  plus 
Sauvages  dans    la    tranchée.    I' 
Iroquois  demandèrent  à  paffer 
l'autre  coté  de  la  rivière,  craii 
des  bombes.    On  en  avoit  jeté  i  ; 
centaine  dans  la  journée.   M.  Pi 
chot  les  fit  pafler  la  rivière  a  ; 
leurs  femmes  ,  bien    content  c  : 
être  débarraffé.  Ils  avoient  été  pr  • 
dre  dans  le  Chenondac  les  ba  > 
&  les  vaches   de  M.  de  Chabi , 
difant  qu'il  valoit  mieux  qu'ih  i 
profitaQent  que  d'autres.  Ils  p 
terent    cette  viande  au  camp  5 
Anglois.   Les  ennemis  ont  tra\ - 
lé  à    perfeflionner    leurs  trava . 
Nous  avons  fait  un  feu  très-vit  f 
la  partie  où  Ton  jugeoit  qu'ils  v  i-i 
loient  déboucher  pour  fe  proI>! 
ger  du  côté  du  lac. 


ie  V Amérique  Septcntr,       77 
Au  jour  (le  15),  ils  paroiffoient' 


tîvailler  à  une  autre  batterie.  Ils  ^1S9* 
:it  jeté  toute  la  journée  beaucoup 
:;  bombes  avec  10  mortiers.  Nous 
['ons  eu  plufieurs  bleffés  des  éclats. 
!ir  le  foir  eft  arrivé  un  déferteur, 
:3ece  de  François ,  qui  étoit  avec 
s  IroquoisdeKunoagon.  11  rap- 
^rta  que   Tarmée   angloifè   étoit 
:nipofée  des  régiments  d'Halket, 
:   Royal-iVméricain  ,    de  Loudon, 
jiTorck  &  de  Gerfey  ,  &  de  900 
î  uvages  Iroquois  ou  Loups  ;  qu'ils 
■•moient  trois  camps,  un  au  pe- 
:  marais,  un  autre  auprès  du  lac, 
i    au  milieu  des    terres,    &    les 
ïiîvages  à  la  Belle-Famille.  11  dit 
e    les   Anglois  dévoient  mettre 
lendemain  leurs  canons  en  bât- 
ie, confiltant  en    15  pièces,   il 
uta  qu'ils    a  voient   peu  de   vi- 
:s  ,    que   les    Sauvages  fe  plai- 
oit  qu'on  les  faifoit  jeûner ,  qu'ils 
endoient  un  convoi  de  Choue- 
D  3 


n'S 


78     Mêm.fîir  h  dern,  Guefre 

ils  avoient  un  campcon- 
5:?^- fiJérabledontM.  de  la  Corne,  qui 
avoit  voulu  les  attaquer ,  avait  été 
réponde. 

Le  \6,\di  pluie  a  continue'  tout' 
le  jour.  11  a  paru  deux  berges  fort' 
au  large  dans  le  lac,  puifqu'à  pei- 
ne le  c?.non  de  12  pouvoit  les' 
atteindre.  Elles  vonloient  recoa-j! 
noître  la  place.  Les  ennemis  corn-!' 
jîiencerent  à  faire  un  feu  de  moût  i 
queterie  de  leurs  tranchées,  lls'i 
avoient  couronné  en  fauciflbns  leli 
haut  de  leurs  tranchées  pour  cou-' 
vrir  leurs  fuiîliers. 

Le  17  ,  à  caufe  du  brouillard  quif^ 
eft  afiez  rare  dans  ce  pays,  fur-i 
tout  l'été,  &  qui  ne  fe  levé  quef 
fort  tard  ,  on  n'apperçut  point  quef 
les  ennemis  eulTent  fait  d'ouvra.f 
ges  nouveaux.  Ils  demafquerenti 
leur  artillerie. par  un  coup  deca-E 
non  tiré  de  Pautre  côté  de  la  ri-" 
viere  de  la  pointe  de  Mont-RéaljP 


de  V Amérique  Septenfr.       7'9 

n  donna  dans  la  cheminée  du"  ''■'■' 
mimandant,  &  roula  a  côté  de  ^7U 
n  lit  fur  lequel  il  venoit  de  le 
pofcr.  Ils  avoient  fait  dans  cet 
idroit  une  batterie  de  deux  gros 
nous  <&  de  deux  aubuts.  Ils  dé- 
afquerent  en  méme-tems  deux 
itres  batteries ,  Tune  de  cinq  pie- 
:s ,  l'autre  de  deux  groffes  pièces 

deux  aubuts.  Elles  furent  tou- 
s  fervies  cette  journée  avec  beau- 
>up  de  vivacité.  On  leur  répoa- 
t  de  même-  La  batterie  de  Tau- 
3  côté  de  la  rivière  obli£(ea  de 
ire  des  épaulements  &  des  blin- 
ges  3  parce,  que  cette  partie  de 

place  n'étant  enveloppée  que 
r  un  retranchement,  comme  on 

décrit ,  les  coups  prenoient  à 
vers  les  bailions  &  autres  dé- 
nfes  du  fort.  La  nuit,  nous  con- 
luâmes  de  faire  un  feu  très- vif - 
;  moufqueterie  des  dehors ,  &  les 
memis  y  répondirent  très-vive- 
D  4 


80     Mêm.ftir  la  dern.  Guerre    | 

"^     ' ment  jufques  à  minuit,  après  qli( 

^7")  9»  ils  finirent,  lîs  jetèrent  par  intei 
valle  des  bombes  Se  des  aubut 
toute  la  nuit.  M.  de  Morambei 
fut  blefle  légèrement. 

Le  185  au  matin  5   on  n'appei 

çut  pas  que   l'ennemi  eut  poufï 

des  ouvrages    en   avant,    il  paru 

occupe  à  réparer  le  mal  que  leuj 

avoient  caufé  nos  batteries.  Sari 

loir  on  vit  une  grande  fumée  dan 

leur  tranchée.  Un  de  nos  boulel 

avoit  mis  le  feu  à  un  de  leurs  de, 

pots  de  poudre.    Ce  jour-là  le  gi 

néral  Prideaux  fut  tué  dans  la  tran 

chée.  Le  feu  fut  aflez  vif  de  par 

&  d'autre,   &  redoubla  furie  {bifj 

foit  celui  des  canons ,    foit  celu 

des  bombes  &  des  aubuts  ;  ce  qii 

nous  incommoda  beaucoup.  Il  ; 

eut  plufieurs  foldats  bleffes  &  quel 

ques-uns  de  tués.   La  nuit,  croyan 

que  l'ennemi  devoit  déboucher  pa: 

fa  gauche  pour  former  un  zigzad 


'   de  VAfnêrique  Septenfr.       8î 

i  avant,  ou  ouvrir  une  paralle-^^^^ 
,  on  fit  un  feu  très-vif.  Les  en-  ^7)S^« 
:mis  y  répondirent  vivement. 
Le  1^,  on  découvrit  que  Tenue- 
:  avoitfait  environ  30  toifes  d'ou- 
nges  en  avant ,  le  long  de  l'écors 
]  lac  ,  par  une  double  fape,  d'où 
huvrit  un  boyau  en  zigzag  preC- 
]e  égal  au  front  entre  ces  deux 
Kteries.  Ils  ne  firent  que  le  per- 
\  lionner  tout  le  jour ,  &  faire  uia 
nnd  feu  de  canon,  de  mortiers 
?  d'aubuts.  Nous  leur  répondîmes; 
;  s-vivement  de  notre  artillerie.. 
Après  midi,  la  corvette  parut. 
le  louvoyoit  fort  au  large.  An 
(eil  couché  ,  M.  Pouchot  envoya 
1  canot  d'écorce  avec  fepthom- 
1  s.  Il  courut  rifque  d'être  coulé 
);  par  des  volées  de  canon  des  en^ 
mis  dont  un  boulet  emporta  l'a- 
vion. Comme  on  fuppofoit  que; 
'memi  fe  porteroit  encore  e?i. 
mut-,  on  fit  un  feu  très  -  vif  du 
D  5. 


8  2     Mêm.  fur  h  dern.  Guerre 

ïîïï^^'  chemin  couvert  &  des    ouvrages 

.^7Î^-  correipondants. 

Le  2O5  au  point  du  jour,  nous' | 
avons    apperçu    que    les  ennemis 
avoient  formé  l'autre  branche  du 
zigzag,  qu'ils    fe  font  portés  de 
notre  droite  fur  la  gauche ,  au  bord 
des  écors  du  lac   tout   près   d'un  * 
ravin  qui  e(l  en  avant  à  Botoifes^'' 
de  4a  branche  gauche  du  chemin  ' 
couvert,   lis  ont  fait  un  feu  très.'^ 
vif  de  leur  moufqueterie   fur-toiil 
jufques  à  minuit.  La  nôtre  s'eft  ur  - 
peu  rallentie  vers  le  point  du  jour 
à  caufe  de  l'épuifement  des  troii.|' 
pes  Se  du  mauvais  état  de  nos  ar-''^ 
mes.   Ils  ont  perfectionné  tout  IdP 
jour  cette  tranchée  ,&  y  ontmii"' 
des  fufiUers  qui  ont  beaucoup  in'"' 
commode   ceux   qui   fervoient  VM 
batterie    du  baftion  du    lac ,    oi"'> 
il  y  a  eu  plufieurs  de  tués   &  àH 
blelfés.  IP 

Cette  nuitale  canot  envoyé  àl<'? 


j    ■  de  t Amérique  Sept entr:      85 

Iporvette  eft  venu  à  terre.  Le  bâ- 
iment  avoit  apporté  des  dépêches  ^IS^^ 
le  Mont-Réal  &  de  Québec.  On 
,'  ctoit  en  peine  de  nous  ;  mais 
Im  y  ignoroit  que  nous  étions  at- 
iégés.  Elles  donnoient  des  nouvel- 
es  des  opérations  des  Anglois  à 
2.uébec.  M.  Pouchot  renvoya  vers 
^s  dix  heures  du  matin  le  canot 
hargé  de  fes  dépêches  pour  MM. 
e  Vaudreuil  &   de  rviontcalm. 

Le  3 1 5  au  point  du  jour ,  nous 
rvons  vu  que  l'ennemi  avoit  fait 

retour  de  fon  zigzag  de  la  gau- 
he  fur  la  droite ,  tirant  vers  le 
lillant  de  la  demi-lune.  Ils  n'ont 
u  y  arriver  à  caufe  du  feu  cori- 
dérable  que  nous  avons  fait  tou- 
i  la  nuit ,  auquel  ils  ont  répon- 
u  très-vivement  jufques  vers  une 
eure  après  minuit.  Cet  ouvrage 
ouvoit  avoir  70  toifes  de  Ion- 
ueur.  11  parut  dans  cette  journée 
u'ils  vouloient  établir  à  Pextrênii- 
D  6 


84     Mem,  fur  la  dern.  Guerre 

; té  de  ce  boyau  une  batterie  di 

^7^9.  côté  du  faillant  de  la  demi-lune 
Le  feu  ne  fut  pas  auffi  vif  de  1 
part  des  ennemis  pendant  cett 
journée  que  ia  veille ,  parce  qu'il 
s'occupoient  à  perfeftionner  leut 
tranchées,  &  qu'ils  travailloient 
conftruire  leurs  batteries.  Lei 
moufqueterie  néanmoins  incom 
niodoit  beaucoup  nos  batteries. 

Vers  les  7  heures  du  foir ,  l'ei 
nemi  redoubla  fon  feu  de  ceti 
dernière  parallèle.  II  a  été  tri 
violent  jufques  après  minuit.  11 
eut  plufîeurs  hommes  tués  &  bl( 
fés  dans  la  place.  Nous  y  avoj 
répondu  très- vivement  par  not 
feu  des  ouvrages  &  du  chem 
couvert ,  où  l'on  avoit  placé  trc 
pièces  de  canon  qui  tirèrent  5 
coups  chacune  chargées  à  mitraill 
Un  ouragan  qui  dura  trop  pc 
pmir  nous ,  &  qui  aurolt  inon( 
toutes  leurs  tranchées ,  interronij 
cette  furilkde. 


I 


de  l'Amérique  Septentr,        Sî 

Le  22 ,  au  point  du  jour ,  nous''"=^ 
:rùnies   que    les  ennemis   avoient  ^7  5S^' 
llongé  une  parallèle  le  long  d'un 
bffé  qui  étoit  à  l'extrémité  du  gla- 
i:is;maisils  ne  firent  que  perfedion- 
ler  ces  ouvrages  &  ces  deux  bat- 
eries.    Celle  de   la  gauche  de  8 
)ieces  étoit  plus  avancée  que  celle 
ile  la  droite.  Leur  feu  fut  très-con- 
idérable    de  la  tranchée  de   leur 
Iroite    fur   le  baftion  du  lac ,    Sc 
fur  nos  ouvrages  de  la  gauche  qu'ils 
jncommodoient  beaucoup,   ils  ti- 
rèrent peu  de  bombes. 

Vers  les  9  heures  du  matin,  ils 
i:ommencerent  à  nous  envoyer  des 
Doulets  rouges  de  la  batterie  pia- 
:ée  de  l'autre  côté  de  la  rivière. 
Celle  où  étoient  placées  leurs 
l^roiïes  pièces  en  fit  de  même,, 
Par  les  précautions  qu'avoit  prifes 
M.  Pouchot ,  de  tenir  des  tonneaux 
d'eau  remplis  devant  tous  les  bâ- 
timens  ,    &   des  détachemens  de. 


8  6       Hlê'm.  fur  la  dern:  Guerre 

^^^^^^charpen tiers  avec  des  haches  prêts 
^7^î^-  ie  porter  aux  endroits  expofés  au: 
flammes ,  le  feu  ne  fit  aucun  ra 
vage  5  quoiqu'il  eût  commencé 
pluileurs  endroits,  même  aux  ma 
gafins  de  marchandifes  ;  ce  qui  n'el 
pas  étonnant ,  tous  ces  bâtiment 
étant  en  bois.  Les  ennemis  ne  pu^ 
rent  jamais  s'en  appercevoir. 

Ils  dirigèrent  leur  feu  fur  1 
batterie  du  baftion  du  lac  pour  ecr 
pécher  de  la  fervir.  Il  fut  très-vi 
M.  Bonnafoux  ,  officier  d'artillî 
rie  fut  bleffé  légèrement ,  &  i 
hommes  tués  ou  blefies.  Le  cano 
&  les  aubuts  démontèrent  troj 
pièces  de  canon  des  cinq  pièce 
qui  étoient  fur  le  même  baftior 
Ils  ruinèrent  l'angle  flanqué  de  c 
baftion  à  pouvoir  defcendre  fur  1 
berme.  Les  aubuts  s'enfonçant  dan 
la  terre  &  y  crevant ,  enlevoien 
les  gaibnnements  nouvellement  pa^ 
rés,  &  falfoient  à  chaque  coup  des 


de  l'Amérique  Septentr.       87 

Duvertures  de  6  à  8  pieds.   Dans=^==^ 
a  nuit,  Tennemi  fit  de  la  parallèle  ^7)9^ 
m  feu  très-vif  fur  nos  ouvrages , 
:S<:  droit  de  fes  batteries  à  boulet 
jSi  à  mitraille  fur  la  brèche  &  le  baf- 
|;ion  attaqué. 

I     Un  obfervera  que  nos  batteries 
Ifur  les  bâillon?,  qui  étoient  d'abord 
iPaites  avec  des   tonneaux  remplis 
|ie  terre  étant  ruinées ,  on  fut  obli- 
\gé  de  les  faire  avec  des  Aies  reni- 
iplis  de  terre  qui,  étant  placés  en 
jfe  croifant ,  formoient  des  nierions 
affez  bons,  faciles  à  changer  fui- 
ivant  la  diredion  du  feu.  Cette  mé- 
thode eft  bonne  pour  des  cas  pref- 
lés-,  &  très-utile ,  fi  on  eft  à  portée 
d'avoir  beaucoup  de  ces  facs  par 
jla  promptitude  de  ce    travail   qui 
peut   déconcerter  les  batteries  des 
ennemis;  mais  par  malheur  laref- 
'fource   des  facs   à    terre  manqua.  _ 
'  Ceux  que  l'on  avoit  employés  fe 
,  trouvèrent  déchirés ,  ufés  ou  brù- 


8  8      Mêm.  fur  la  dern.  Guerre 

^^^^^lés  dans  le  fervice.  La  matière  pouî 
^7)>-  bourrer  le  canon  manquoit  encore, 
de  même  que  le  foin.  La  provifior 
que  M.  Pouchot  en  avoit  faite  étoil 
épuifée.  On  prit  les  paillaffes  des 
lits  ,  on  en  employa  d'abord  h 
paille  ,    enfuite  la  toile. 

L'ennemi  pouffa  dans  la  nuit  dd 
22  au  2%  fa  tranchée  jufqu'à  \i 
hauteur  du  faillant  du  chemin  coii' 
vert  de  la  demi-lune.  11  fit  toutî 
la  nuit  un  grand  feu  de  fon  ar- 
tillerie à  cartouche  &  à  bouleti' 
fur  la  brèche,  ainfi  que  de  fa  mouf 
queterie  ,  &  jeta  beaucoup  de  bom- 
bes. On  y  répondoit  de  la  place . 
mais  nos  armes  étoient  en  fi  mau^ 
vais  état  que  de  dix  fufils  à  peine 
il  en  prenoit  un ,  Se  le  lendemaifii 
matin  il  n'en  reftoit  pas  une  cei> 
taine  en  état ,  malgré  toutes  leS' 
réparations  que  l'on  y  faifoit  jour- 
nellement. Sept  ouvriers  forgerons 
ou  armuriers-  étoient  continuclk- 


de  t Amérique  Septenfr.       t9 

icnt  employés  à  les  raccommoder.  -^*^M 
jes    domeftiqiies    &    les    bleffés  *7S9» 
•  oient  chargés  de  les  laver.  Les 
::!3imes ,  comme  nous  l'avons  dit, 
jrvoient  les  bleiïes  &   les    mala- 
is, ou  travailloient  à  coudre  des 
ju'gouches    ou    des   facs  à  terre. 
ans  cette  journée,    M.  Pouchot 
t  obligé  de  ne   laiflTer  qu'un  pe- 
;  pofte  de  Ibldats  dans  la  bran- 
le du  chemin  couvert  du  baftioi-i 
taqué,  les  Canadiens  ne  voulant: 
us  s'y  tenir  à  caufe  de  la  vivacité 
|i  feu  des  ennemis.   On  tâchj  de 
I parer  la  brèche  &  les  p:il;lTades  de 
I  bermeau  delTou;;  ,  mais  avec  peu 
;  iuccès ,  mal:^ré  la  bonne  volon- 
dufoldatà  y  travailler. 
A  lo  heures  du  matin,  il  parut 
1  pavillon  blanc  dans  le  chemin  de 
liclle-Jhamille  au  portage.  M.Pou- 
lot  répondit  par  un  autre  pavillon, 
'étoit  quatre  Sauvage  envoyés  par 
lM.  Aubry  &  de  Lignery.    Ua 


90       Mém.fiir  la  dern.  Guerre 

^555Ë^îes  fit  entrer  dans  la  place.  Ils  h 
^7'i9-  mirent  deux  lettres ,  l'une  en  dat 
du  i:,&  l'autre  du  22  Juillet.Dar 
la  première,  datée  de  la  preiqu'lsle 
ils  accufoient  la  réception  de  ce" 
les  de  M.  Fouchot  du  7  &  d 
10.  ils  y  difoient  qu'ils  étoient  pai 
tis  tout  de  fuite  du  fort  Macliault 
qu'ils  fe  croyoient  en  ét-ît  de  pouvoi 
combattre  les  ennemis  avec  fuccès 
&  les  obliger  de  lever  le  liège. 
Far  ces  mêmes  lettres ,  ces  Mi\ 
demandoient  à  M.  Pouchot  fo 
avis  fur  ce  qu'il  conviendroit  i 
.  mieux  à  faire  pour  le  fecourir.  C( 
b^auvages  dirent  à  M.  fouchot  qu'i 
avoient  palle  par  le  camp  des  ^ai 
vages  ennemis  avec  qui  ils  avoier; 
été  en  un  confeil  en  préfence  d, 
Jolmfon  ,  qu'ils  avoient  remis  au  1 
Iroquois  cinq  colliers  de  la  pai" 
des  nations  qui  venoient  avec  iV 
de  Lignery ,  pour  qu'ils  euflent 
fe   recirer,  fmon  ils  frapperoier 


de  P Amérique  Septentr:       9 1 

jr  eux  comme  fur  les  Anglois.-  ' 
les  derniers  les  affurerent  qu'ils  ne  ^7)9' 
i  méleroient  point  de  la  querelle. 
<n  fut  encore  parla  même  voye 
u'ils  étoient  environ  600  Fran- 
ois  &  loco  Sauvages  (a),  que 
]rfqu'ils  avoient  pafle  le  petit  ra- 
[de  à  la  fortie  du  lac  Erie ,  ils 
Imbloient  une  isle  flottante,  tant 
I  rivière  étoit  couverte  de  bateaux 
I   de  canots. 

TvL  Pouclîot  répondit  fur  le 
iamp  à  ces  deux  lettres,  après 
'oir  délibéré  en  préfence  de  tous 


(a)  Dans  ce  nombre  étoient  500 
'Idats  (Se  miliciens  que  M.  Auhry 
;oit  ainenés  des  Illinois ,  avec  600 
iuvages  qu'il  avoit  engagés  fur  fa  rou- 
là  le  fuivre.  M.  Aubi-y ,  après  une 
larche  tres-pénible ,  s'étoit  rendu  au 
)rtMnchault5  où  il  fe  joignit  à  M. 
e  Lignery.  Celui-ci  raiiembla  les 
anvages  de  l'Obio  au  fort  de  la 
refqulsle,  d'où  ils  partirent  avec  M. 
ubry. 


■^1 

5*     Mem.fur  la  dern.  Guerre 

^^^^\qs  officiers   de  la  garnifon ,  afi 

^7  5^-  de  profiter  de  leurs  avis.  Nous  raj 

pellerons  ici  que  M.  Pouchot,  ps 

fa  lettre  du  i  o  ,  avoit  averti  M.  d 

Lignery  que  les  ennemis  pouvoier 

être  de  4a  5  mille  hommes  far 

les  Sauvages,   que  s'il  ne  fe  troi 

voit  pas  en  état  de  les  attaquer  d 

vive  force,  il  falloit    qu'il   paffi 

par  le  Chenondac  pour  fe  rendi 

à  Niagara  par  l'autre  côté   de   1 

rivicre  ,  parce  qu'il  feroit  en   étî 

de  chiîfier  les  Angîois  qui  étoier 

de  ce  côte  au    nombre  feulemer 

de  200,   &  ne  pouvoient  être  fe 

courus  que  très-difficilemcnt.  Del 

il    feroit    venu    lùrement  jufqu' 

lui ,    parce  qu'après  la  défaite  d 

ce  corps,  il  les  auroit  envoyés  pren 

dre  en  bateaux  pour  les  faire  çn 

trer  dans  la   place. 

M.  Pouchot  ne  doutoit  pa 
que  les  Anglois  ne  luflent  fa  ré 
ponfe   au    retour    des  Sauvages. 


âe  l'Amérique  Septentr,     9  5 

lais  il  étoit  content  fi  elle  pou----'     - 

Dit  feulement  parvenir  à  fa  dQ[-  ^7)9' 

nation.  Par  cette  lettre  il  prioit 

1.  de  Lignery  de  fe  rappeller  ce 

u'il  lui  avoit  écrit  précédemment. 

lui   mandoit  que  les    ennemis 

!:oient  en  trois  corps ,  un  du  côté 

u  petit  marais ,   qui  gardoit  leurs 

ateaux,   un  autre  vers  le  milieu 

u  bois  auprès  de  leur  dépôt  de 

'anchée ,  &  le  troifieme  à  portée 

e   la   Belle  -  Famille  5  qu'ils  pou- 

!  oient  être    à  préfent  environ    3 

aille  &  5C0  bauvagcs ,  que  s'ils 

s  croy oient  alTez  forts  pour  atta- 

i[uer  quelqu'un  de  ces  corps ,  c'éîoit 

.  préfent  le  meilleur  parti  qu'il  y 

lût  à  prendre ,  parce  que  Tenue- 

ni  étant  fort  près  de  la  place ,  n'o- 

eroit  dégarnir  fa  tranchée.  Il  ajou- 

:oit  que  s'ils  venoient  à  battre  un 

de  ces  poftes ,  il  étoit  à  préfumer 

que    cela  les   obligeroit  de  lever 

le  iîege  ,  qu'il  falloit  qu'ils  euifent 


5  4      Mêm.  fur  la  dcrn.  Guerre 

— "^^-'-"des  découvreurs  en  avant  ,  que  fu 
^1^^*  leur  rapport    ils  ieroient    encor 
piuf^  à  même  de  fe  décider  fur  1 
meilleur  parti. 

Quoique  les  ennemis  viflent  cet 
te  lettre,  ils  ne  pouvoient  néan 
moins  prévoir  la  détermination  de 
chefs,   &  prendre  d'autre  précau 
tion  que  d'être  fur  leurs  gardes 
M.  Pouchot  laifToit  à  M.  de  Ligne 
ry  à  fe  déterminer  fuivant  fes  for 
ces.  D'après  ce  que  M.  de  Port 
neuf  5  commandant  à  la  prefqulskj 
avoit  écrit  à  M.  Pouchot,  on  poi 
voit  croire    qu'elles   montoient 
28oo  hommes,  dont  i2ôo Sauva- 
ges.  M.  Pouchot  fit  quatre  copiei 
de  cette  lettre ,  &  en  remit   un€i 
à  chaque  Sauvage ,  dont  Pun  étoil 
un  Onontague ,  le  fécond  un  Loup; 
de  la  Belle-Riviere  ^  Se  le  troifienK 
un  Chaouanon,  pour  ne  point  fairei 
de  jaloufie  entr'eux,   &  qu'au  m 
que  les  Anglois   en  gardaffent 

1: 


de  l'Amérique  Septentr.       95: 

n  iàuvât  quelqu'une  ;  ce  qui  ar-^^^^^ 
a.  ^7^9. 

Après  s'être  rafFraîchis ,  ces  Sau- 
'^es  repartirent  tout  de  fuite  & 
nfuirent   avec    la   même    céré- 
unie  du  pavillon.    Les  Anglois 
!  les  Sauvages  qui  les  virent  for- 
î,  ne  les  inquiétèrent  point.   M. 
'uchot  ne  douta  point  alors  qu'ils 
tinflent  encore  un  confeil  avec 
Iroquois  en  préfence  de  John- 
I. 

Vers  les  deux  heures  après  mî- 

rentra  l'Onontague,  qui  dit  avoir 

du  fa  porceleine   (  c'eit  comme 

Européen  qui  auroit  perdu  fes 

pux),  qu'il  étoit  retourné  pour 

chercher,   &  qu'il  avoit  chargé 

autre  Sauvage  de  porter  fa  let- 

,  M.  Pouchot  crut  alors  que  ce 

ivage  étoit  plutôt  efpion  qu'a- 

,  il  s'en  déHoit  ;  la  fuite  fit  voir 

il  fe  trompoit.  Kaendaé  ,  s'étant 

peu  enivré ,  tracaffa  toute  la 


9  ^       Mêm.  fur  la  dcrn.  Guerre 

^^^^^^journée   AI.  Pouchot,  voulant  te^ 
* 75^- nir  tantôt  le   parti    des    iinglois 
tantôt  celui  des  François.  L'Oaoni 
tague  fut  très-tranquille.  Il  fut  d' 
grand  fang  froid  ,  examina  nos  tra 
vaux  dans  les  endroits  les  plus  péj 
riUeux  5  malgré  le  feu  confidéral 
ble   des  ennemis,    ne    cherchan' 
point  àfe  couvrir.   Ceft  peut-étr 
le  feul  Sauvage  en  qui  on  ait  re 
marqué  une  bravoure  auifi  décidé( 
Les  ennemis  firent  toute  la  joui 
née  un  feu  prodigieux  &  des  mieu 
nourri  de  leur  artillerie  ,  qui  ruin  ' 
toute  la   batterie  dubaftion  dup^ 
Villon.  Un'enreftoit  pas  deux  pied 
de  haut  fur  toute  la  longueur  d 
fbn   parapet.  On  reniaquera    qii 
dès  la  veille  nous  avions  été  obli 
gés  de  faire   nos  embrafures  ave 
des  paquets  de  pelleterie,  lauted'aU' 
très  matières,  &  que  l'on  employoi 
des   couvertes    &  des  chemiies  di 
niagafui  pour  bourrer  les  canons 

0) 


]    de  t Amérique  Septentr.       97 

In  tâcha  de  mettre  deux   pieces'^^^^^^^ 
;;  canon  en  batterie  fur  la  partie  I7J9^ 
:  uclie  de  la  courtine,  pour  dimi- 
lier  le  feu  des  ennemis. 

On  ne  pouvoit  plus  engager  les 
(madiens  à  faire  feu  dans  les  eni- 
tafures  de  l'ennemi,  ce  qui  l'au- 
:  it  bien  dérangé.  Le  feu  étoit  trop 
aifidérable  pour  eux.  Ceux  que 
.  n  plaçoit  dans  quelque  endroit 
jQlyoient  pour  fe  couvrir,  & 
;  ndornioient  tout  de  fuite,  niai- 
se tout  ce  que  pouvoient  faire  les 
c  iciers  &  les  fergens  pour  les  en- 
E^er  à  fe  tenir  à  leurs  poftes  & 
manœuvrer.  Le  refte  de  Li  gar- 
1  on, malgré  toute  la  bonne  volon- 
li^offible,  n'éioit  pas  moins  ha- 
r.iii.  Depuis  le  fix,  perlbnne  ne 
)'  :oit  couché ,  &  il  falloit  être  ou 
i  is  les  ouvrages,  comme  nous  l'a- 
1  is  dit ,  ou  employé  à  difFérens 
livauxindifpenfables.  11  reftoit  û 
p;i  de  monde ,    qu'on  n'avoit  ni 

Tome  IL  E 


98     Mem.  fur  la  de^'n.  Guerre 

i,J!!!!J!.Ëi'ie  tems ,  ni  îa  commodité  de  doi 

i75^.  mir. 

Sur  le  loir,  le  feu  des  ennem 
diminua  beaucoup ,  fur  -  tout  celi 
des  canons  dont  ils  ne  tirèrent  qi 
deux  pièces  à  boulet  &  à  cartoi 
che  fur  la  brèche,  pour  empêchi 
de  la  réparer.   Ce  ralentilTement  fa 
foit  foupçonner  à  M.  Pouchot,  c 
qu'ils  vouloient  lever  le  fiege  poi 
aller  au  devant  du  fecours,  ou  qu'i 
fe  difpofoient  à  quelque  groffe  a 
taque.     On  fe  tint  fur  fes  gard 
îe    plus  qu'il   fut  poffible.    No 
eûmes  bien  du  monde  bleffé  cet 
nuit,  &  quelques-uns  de  tués  da 
nos  travaux  qu'on  vouloit  répan 
Nous  entendîmes,  le  24,qi]f 
ques  fufïllades  du  côté  de  la  Bell 
Famille.  C'étoit  des  Sauvages, d 
couvreurs  de  M.  de  Lignery ,  q 
tombèrent  fur  une  garde   angloi 
qui  gardoit  22   bateaux  dont 
^voient  fait  le  portage  par  ter 


de  l Amérique  Septentr.       Of 

ir  traverfer  la  rivière  ,  &  com-^î55555 
niquer  avec  le  détacheaient  de  ^7)^- 
•ointe  de  Mont-Kéal.  Us  en  tue- 
t  une  douzaine,  &  après  leur 
,  ir  coupé  les  têtes ,  Ils  les  mi- 
:t  au  bout  de  quelques  piquets. 
événement  en  entraîna  d'au- 
(.  Jl  engagea  les  Sauvages  à  de- 
uder  à  MM.  Aubry  &  de  U- 
rry  d'attendre  qu'ils  euffent  par- 

ux  Iroquois  pour  nous  obliger 

ire  la  paix  avec  les  Anglois. 
l  de  Lignery  les  en  détourna , 
:  ^ouloit  qu'ils  le  fuiviflent ,  fe 
(ivant  au  moment  d'attaquer. 
i  cfuferent  de  marcher;  une  trcn- 
h  feulement  des  plus  détermî- 
f  fuivirent  M.  Marin. 

I.  Pouchotjentendant  des  coups 
î^ufil  extraordinaires,  fe  porta 
i  de  fuite  avec  M.  Bonnafoux 
rie   baftion  des  cinq   nations. 

aperçut  quelques   Angîois  qui 
j'ientalTez  précipitamment  far 
E  z 


100     Mm.  fur  la  dern.  Guerre 

'      '      leurs  grands  gardes ,   des  troujs 
?7)^»  qui  déiiloient  du  camp  du  cène 
fur  le  bord  du  défert  pour  les  je 
dre  à  l'entrée  du  terrein  de  la  lie  v 
Familie  où  nous  vîmes  un  peu  e 
revers  un  retranchement  d'abai;. 
On  y  pointa  deux  pièces  de  i. 
non  dont  on  tira   deux  ou  tis 
coups.  M.  Pouchot  apperçut  ^is, 
ce  tems   quelques  Sauvages  é; 
pillés  avec  un   drapeau   blanc  II 
jugea  d'abord  que  ce  pouvoit  :c 
quelques    Sauvages    Iroquois  jiii 
vouloient  faire    quelque  bravj 
ou  engager   quelqu'un  de    fcir. 
M.  Pouchot  fit  tirer  deux  C(pî 
de  canon  entre  les  Anglois  &  ix 
pour  les  difliper,  ou  fi  c'étoit  es 
nôtres  pour  leur  faire  apperce 
qu'il  y  avoit  là  des  ennemis 
les  empêcher  d'avancer,  parce  le, 
les  voyant  en  fi   petit  nombr  '' 
craignit  qu'ils  ne  tombaffent  :; 
i'embufcade.  11  en  prévint  M.  'D- 


ik  T Amérique  Septcnir,     ici 

tFoux.  Cela  ne  produifit  autre-^-^'^^™ 
:3fe  que  de  faire  déployer  un  i759' 
^md  drapeau  blanc.  L'on  vit  en 
rme  tenis  une  troupe  qui  défiloit 
\\iz  beaucoup  de  fécurité  dans  un 
:i^min  large  de  7  à  8  pieds,  fort 
irée  à  la  tête.  Il  fembloit  qu'ap- 
)|xevant  les  ennemis ,  dont  elle  fc 
Juvoit  fort  proche,  elle  cher- 
;l)it  à  fe  mettre  en  bataille  fort 
ë:ée,  fans  rangs  ni  files.  A  leur 
ii)ite  parut  une  trentaine  de  bau- 
rjes  qui  faifoicnt  un  front  fur  le 
lîc  gauche  des  ennemis.  Ce  ba- 
;:  Ion  commença  à  faire  une  ou 
lix  falves  en  approchant  de  ceux- 
:i  qui  parurent  faire  un  mouve- 
int  en  avant  hors  de  leur  abat- 
:ï;  mais  ayant  été  accueillis  d'une 
lifieme  décharge,  il  y  rentra  alfez 
)i;cipitamment.Le  bataillon  fepor- 
a  alors  en  avant  pour  entrer  dans 
'i)attis  ;  mais  il  fut  arrêté  par  une 
à^e  des  ennemis,  il  mit  aulTi-tôt 
E  3 


Î02     MeK'Lfur  la  dern.  Guern 

"  '  '  '  genou  à  terre  pour  tirer  dans  :t 
*75^'  abattis.  Dans  cet  intervalle,  iltci- 
ba  une  grande  quantité  de  plie 
qui  mouilla  fes  armes.  Pendt.t 
qu'une  moitié  de  ce  bataillon  i. 
filloit,  l'autre  parut  fe  retirera 
arrière  avec  aiïez  de  précipitati( , 
ks  ennemis  ayant  fait  deuxfalis 
fiir  ceux  qui  reftoient.  Il  refta  a 
de  ce  monde.  Une  cinquante  e 
paroiffoit  faire  feu  en  fe  retii  it 
&  en  mettant  fouvent  genoi  i 
terre.  Alors  les  Anglois  fortiiit 
de  leurs  abattis  prefque  à  la  fi 
la  bayonnette  au  bout  du  fufil 
courant  ;  mais  par  le  peu  de  m(  f- 
queterie  que  nous  entendîn:  , 
nous  jugeâmes  que  tout  le  bâil- 
lon s'étoit  retiré.  11  étoit  à  'S 
yeux  fi  petit  que  nous  jugions  d  s 
la  pluie  que  ce  pouvoit  être  î. 
IVlarin  ,  ou  quelqu'autre  officier  a 
étoit  venu  reconnoître  les  enî- 
mis ,  &  les  avoit  pouffes  jufque!  ï 


I 


de  t Amérique  Septentr.     103 

Dans  le  tems  que  cette  affaire^^=^^ 
; paffoit ,  un  fergent,  qui  étoit  dans  *7S9- 
;  chemin  couvert,  jugeant  par 
;  filence  de  la  tranchée  qu'elle 
toit  dégarnie ,  on  demanda  à  M. 
ouchot  de  faire  une  fortie.  Quoi- 
u'il  penfât  que  cette  tranchée  de- 
oit  être  au  contraire  bien  renfor- 
ée,  pour  entretenir  l'émulation 
es  loldats  &  les  contenter  ^  il 
3nimanda  150  volontaires  qui  ne 
;  trouvèrent  plus ,  excepté  les  of- 
ciers  &  les  fergens ,  &  ordonna 

M.  de  Villars  de  fe  mettre  à  leur 
tte,  en  lui  recommandant  de  ne 
)rtir  du  chemin  couvert  qu'avec 
récaution  ,  &  quand  il  lui  en  don- 
eroit'le  fignal ,  mais  défaire  beau- 
Dup  de  bruit.  11  lui  enjoignit  de 
lettre  du  monde  fur  les  paliiTades , 
^  qui  ne  pouvoit  manquer  de  fai- 
i  découvrir  les  ennemis ,  &  de 
)ger  de  leur  fituation.  En  effet, 
;s  Anglois  voyant  enjamber  les 
E  4 


loj.  Mm.  fur  la  dern.  Guerre 

=2===^paliffades ,  toute  la  tranchée  par 
.^75^'  auffi  tôt  remplie  d'hommes  déco 
verts  jufques  à  la  ceinture ,  &  aya; 
des  compagnies  de  grenadiers  à 
tête  des  tranchées.  On  leur  lâc 
quelques  canonnades  qui.  les 
rent  rentrer ,  &  notre  fortie  n'ei 
pas  lieu. 

A  l'arrivée  dufecours,  l'Onoi 

tague  qui  étoit  revenu,   ayant r 

connu  les  troupes  de  M.  de  Lign 

ry ,  demanda  à  M.  Pouchot  la  pe 

miffion  de  forrir  pour  aller  cor 

battre  avec  elles;  ce  qu'il  luial^ 

corda.  Il  paffa  librement  à  trave 

l'armée  ennemie  qui,  fans  dout( 

ne  fit  pas  attention  à  lui.  11  joigrfi 

nos  troupes  vers  le  midi    il  rent 

enfuite  vers  les  deux  heures ,  &  r 

conta  tout  notre  défailre  que  no 

avions  peine  à  croire ,    nous  im 

ginant  que  les  Anglois  lui  avoie 

fuggéré  ce  difcours.   il  nous  con 

-que  tout  avoit  fui,  que  MM,  il 


^de  f  Amérique  Scptentr,     lof 

ry,  de  Ligncry,  de  Montigny  ,'~-'ii"LLiJ 
e  Repentigny  ,  étoient  prifonniers  ^  ?  5  ^* 
;  blefles ,  &  que  tous  les  autres 
[ficiers  &  foldats  avoient  été 
lés  (  a  ).  Nous  efpénons  que  cet 
3mme  ne  difoit  pas  la  vérité. 
Lorfquc  M.  Pouchot  vit  cette 
traite ,  il  ordonna  à  toutes  les 
itteries  qui  étoient  encore  en  état, 
i  rédoubler  leur  feu  pour  conte- 
r  les  ennemis.  Ils  nous  le  refi- 
rent très- vivement,  ce  qui  fît 
îrdre  encore  bien  du  monde.  A 
aatre  heures  après  midi  l'enne- 
i  rappelia  dans  fa  tranchée.  11  en 
rtit  un  officier  pour  parlemen- 
r.  On  le  fit  entrer  dans  lu  pla- 
\  Il  étoit  chargé  d'une  lettre 
î  johnfon  qui  commandoit  l'ar- 


{(i)  11  paroir,  foit  par  le  récit  de 
u  Pouchot,  foit  par  les  relations  an- 
oifes,  que  nos  gens  donnèrent  dans 
ne  cmhtiiVade  que  Johnfon  leu3? 
/oit  dreilëc,  .    . 


10^     Mêm,  fur  h  dern.  Guerre 

^ff'fÊËËEmée  depuis  la   mort  de   Frideauj 
I7)9«       Johiifon  mandoit  dans  fa  lettr 
d'ajouter  foi  à  ce  que  diroit  de 
partie  major  Hervey,  fils  de  iVlyloi 
Briftol.    Celui-ci  donna  le  nom  c 
tous  les  officiers  Canadiens  qui 
trouvoient    prifonniers.     duoiqi 
M.   Pouchot    fût  prévenu   par 
Sauvage  ,  il  fit  femblant  de  I  ign 
rer ,  &  de  ne  vouloir  le  croire  q 
Von.  n'eût  fait  voir  ces  oPxiciers 
quelqu'un  de  ceux  de  la  garnifoi 
afin  de  n'avoir  rien  à  fe  reproclu 
M.  de  Cervies,  capitaine  de  Koy 
Kouffillon,  fe  rendit  au  camp, 
vit  M.   de  Lignery  bleiïe  ,   & 
autres  dans  une  feuillée  près  de  . 
tente  du   colonel  Johnfon.    Il  ' 
put  guère  leur  parler,   &vintn' 
dre  compte  à  M.  Pouchot. 

Cette  nouvelle  qui  avoit  <; 
d'abord  débitée  par  le  Sauvage, .' 
confirmée  par  cet  officier  ,  avoit  t  • 
îement  abattu  le  courage  de  i 


de  P Amérique  Septcntr.      107 

rarnifon  ,   que  M.  Fouchot  &  les^?!??^5 
;utres    officiers   eurent  toutes  les  17 Î9. 
)eines   du  monde  à  contenir  les 
|bldats  <&  les  miliciens  dans  leurs 
')oftes  qu'ils  abandonnoientde  tou- 
es  parts  comme  fi  tout  eût  été  fini. 
A  Tennemi  eût  pu  s'appercevoir  da 
e  défordre ,  il  auroit  pu  lùrement 
n   profiter.  Les  foldats  allemands 
es  recrues,  dont  nous  avions  beau- 
oup  dans  ceux  de  la  colonie,   & 
ui  étoient  venus  cette  année  de 
rance,  furent  les  plus  mutins. 

M.  Pouchot  aiTembla  tous  les 
fficiers  de  la  garnifon  pour  déli- 
|érer  fur  la  fituation  de  la  place  ,  & 
rendre  le  parti  le  plus  convenable. 
.  laiffa  rendre  compte  de  fon  étaC 
ar  M.  Bonnafoux  ,  comme  le  plus 
apable  d'en  juger.  On  commença 
ar  le  chemin  couvert,  &  on  con- 
int  que,  vu  la  proximité  de  l'enne- 
u,  il  ne  pouvoit  diflférer  plus  de 
eux  jours  de  s'en  rendre  maître , 
E   6 


Tc8  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

5S!^^foit  par  la  fape  ,  foit  de  vive  force. 
.^7  )^'       hous  n'avions  que  i  iû  hommes 
pour  garder  le  chemin    couvert, 
depuis  les  écors  devant  le   baftion 
du  lac    jufqu'à  l'angle  taillant  de 
la  demi4une,  &  2^  hommes  dans 
la  place  d'armes  de  la  droite  ,  qui 
gardoient  jufquesau  faillantdu  che- 
min couvert  du  bartion  des   cinc 
nations.  11  y  avoit  plus  de  8  à  ic 
pieds  d'intervalle  entre  les  homme 
qui  bordoientle  lient  attaqué.  Le 
^rmes  étoient  en   fi  mauvais   étc 
qu'il  n'y   avoit  plus  que  140  fufi: 
propres  au  iervice.   La  plus  grand 
partie  étoit  fans  bayonnettes.  L( 
ïbldats  de  la  colonie  &  les  Can: 
diens  en  manquant,  on  avoit  adap' 
des   couteaux  bûcherons  au  boi 
d'un  bâton  pour  leur  en  tenir  lier 
&  ils  les  portoient  avec  eux  dai 
leurs  portes.    *.  n  avoit  brûlé    ^'■ 
milliers  de  poudre,  de  54  qu'il 
'^Yoit  daus  la  place,  il  ne  reltc 


de  t Amérique  SeptenU\     109 

tas  que    très-peu  de  boulets    dc^^^^^ 
^  &  de  ^.    C:ux   de    »2    étoient  175  9- 
tus   conlumes.    Un    ne    pou  voit 
<|)nc  pas    elpérer  de   le    défendre 
î  ec  vigueur.   Les  iofles  ,   comme 
J)us  Pavons  dit,   n'avoient  point 
(clcarpe;  les  terres  s'étant  ébou- 
les, les  rampes   fe  trouvoient  fî 
huces  que  l'on  pouvoit  les  mon- 
t  <k  les   defcendre    en   courant. 
Dur  éviter  cet  inconvénient ,  on 
/oit  bien  mis  une  paiiffade  dans  le 
Mid  du  folié  ;  mais  Tennemipou- 
ant  y  delcendre  par-tout ,  auroit 
té  à  même  d'égorger  toute  la  gar- 
jifon  entre  Is  paliirade  &  le  cîie- 
liin  couvert,  parce  que  fe  méan^t 
vec  elle  ,  elle  n'auroit  pu  être  pro- 
|égée  par  Tarlilierie  des  flancs. D^.ail- 
leurs  il  ne  reftoit  pas  alors    plus 
lie  foixante  hommes  dans  la  place, 
^lon  co  iipris  les  canonniers.    les 
baliffades  vis-à-vis  la  brèche  éroient 
!;ouces  bniées^  ^  il  étoit  trèb-aifé 


ïTo  Afém,  fur  la  dern.  Guerre 

^""""""d'y  delcendre  de  la  brèche  qui  ti 
^7)9'  noie  les  deux  tiers  de  la  face  cj 
baftion  dans  le  foffé.  Nousavioi 
hors  de  fervice  ou  perdu  lohon 
mes  de  la  Sarre,  9  hommes  c 
Béarn  ,  8  hommes  de  Royal-l\ou 
fiîlon  ,  13  hommes  de  Guienne 
de  la  colonies  43  hommes,  mil 
çiens  26;  tn  tout  109  homm^ 
tués  ou  bîeffes,  &  37  malades  (a 
Outre  ces  pertes,  notre  peu  ( 
monde  &  la  fupériorité  des  enn 
mis ,  la  place  pouvoit  être  trè 
facilement  infuîtée  le  long  de 
rivière  &  des  écors   du  lac. 

Toutes  ces  confidérations  firei 
demander  par  les   officiers    de 


-  (a)  F  a  garnifon  n'étant  compofé 
que  de  486  hommes,  comme  on  1 
déjà  vu,  refloit  donc  ^40  pcrfoniK 
à  pouvoir  porteries  armes-,  pourqu( 
les  re'aiions  angloifes  ont- elles  d 
qu  elle  montoit  à  6oy  hî  mmrs  e 
iedliis,  loifqu'ellç  ibrtic  de  la  pî^çç 


de  Mmerique  Septentr.      iti 
arnifon  à  M.  Pouchoc  de  fe  pré-^5Ë55! 
!?r /i  une  capitulation,   jiifques-là  ^7^^- 
'in'avoit  rien  dit.   Ji  pria  ces  MM. 
e  bien  examiner  s'il  y  auroit  quel- 
ue  reflburce.    Ils  lui   repréiente- 
ent  répuifement  de  la  garnifon  , 
[ui  ne  dormoit  point    depuis    19 
ours,   &  avoit  toujours  été    fous 
es  armes  5  ou  aux  travaux,  que 
e  retard  de  deux  &    même   huit 
ours,  quand  même   cela  feroit  pol- 
ibie ,  ne  pouvoit   fauver  la  place 
k  n'aboutiroit  qu'à  perdre  encore 
)Kn  des  braves  gens  inutilement  ^ 
l'autant  plus  qu'on  n'avoit  à  elpé- 
er  du  fecours  de  nulle  part. 

M.  Pouchot ,  (entant  la  vérité  de 
:es  reflexions,  fit  venir  l'officier 
iînglois ,  &  demanda  pour  capitu- 
lation de  fortir  avec  its  honneurs 
de  la  guerre  ,  que  la  garnilon  fe- 
roit conduite  à  ;V}ont-ivéal  avec 
fes  effets  &  ceux  du  roi  aux  dé- 
pens de  S.  iYl.  B,  dans  l'efpace  de 


112  Mèm.fur  h  der7u  Guerre 

— "-— '  tems  le  plus  court,  il  y  eut  de 
*75^-  allées  &  des  venues  toute  la  nuit 
iVl.  Pouchot  ne  voulant  point  dé 
mordre  de  (es  propofitions.  Le  ce 
lonel  Johnfon  lui  fit  dire  de  bon 
ne  foi  qu'ii  n'étoit  pas  le  maîtr 
de  ces  conditiGns ,  fans  quoi  il  le 
lui  accorderoit.  Au  point  du  jour 
I\l.  Pouchot  voulut  renvoyer  i'ol 
licier ,  parce  que  devant  être  pr: 
fonnier,  il  vouloit  rifquer  Tévénc 
ment,  iilors  toute  la  garnifondî 
manda  à  capituler.  Les  Allemand', 
qui  en  failbient  la  majeure  partie 
fe  niutinoient ,  &  nialheureufemer 
l'officier  anglois  s'en  apperçut ,  c 
qui  l'engagea  à  être  plus  ferm( 
On  obfervera  à  cette  occalion  qu 
tout  commandant  qui  fe  trouver 
dans  le  cas  de  capituler,  fera  biei 
de  renvoyer  les  otages  ,  jufqu' 
ce  que  tout  foit  conv  nu.  M.  Tou 
chot  fut  donc  forcé  de  fe  contenit 
•ter  de§  articles  fuivaiits,  I 


v^  Iri 


àe  tjhncyique  Septentr.  1 1 1 
I  Art,  ï.  La  garnifonfortira(fl)^^?^5^ 
7ec  armes  &  bagages ,  tambours  ^  7  >  9- 
attants,  mèche  allumée  par  les 
=ux  bouts  5  avec  une  petite  pièce 
p  canon  ,  pour  s'aller  embarquer 
'irdes  bateaux  ou  autres  bâtiments 
u  voitures  qui  feront  fournis  par 
L  le  général  de  Sa  Majefté  Bri- 
innique  ,  pour  être  conduite  à  la 
ouvelle-Yorck,  par  le  chemin  le 
lus  court ,  &  dans  le  plus  court 
fpace  de  tems. 

2°.  La  garnifon  remettra  fes 
rmes  en  s'embarquant  &  confér- 
era fes  bagages. 

3°.  MM.  les  officiers  conferve- 
ont  leurs  armes  &  leurs  équipages. 

4'.  Les  Dames  &  femmes  fran- 
oifes  qui  font  ici/eront  renvoyées. 


(a)  Onauroit  rpécifié  par/f7Ôrfc/î<r, 
lui  étoit  très-praïîcable,  fi  la  garnifon 
l'eue  pas  éré  s'embarquer  par  uni 
3orte  oppofée  à  la  brèche. 


114    Mm.  fur  h  dern.  Guerre 

■ainfi  que  raumônier.  Il  leur  fe 
■^75>'  fourni  par  M.  le  général  de  S. I 
B.  les  voitures  &  fubfiftances  n 
ceflaires.  Elles  feront  rendues  da 
l'efpace  de  tems  le  plus  court  p( 
fible,  jufqu'au  premier  pofte  fra 
çois.  Celles  qui  voudront  fui\ 
leur  mari ,  feront  les  maîtrefifes 
^•.  Les  malades  &  les  blefl 
obligés  de  refter  dans  le  fort ,  poi 
ront  en  fortir  avec  tout  ce  qui  Je 
appartient.  Ils  feront  conduits 
fureté  ,  lorfqu'ils  feront  en  état 
fupporter  le  voyage ,  à  la  deftir 
tion  du  refte  de   cette  garnifoi 

.en  attendantjil  leur  fera  fourni  ui 
garde,  pour  qu'ils  ne  foientp 
infultés   par  les  Sauvages  ,   &  j 

^ feront  traités  6c  nourris  aux  d 
pens  de  Sa  Majefté  Britannique 
6°.  Le  commandant,  tous  î 
officiers  de  troupes,  les  troup 
elles-mêmes ,  &  tout  ce  qui  eft  a 
fervice  du  roi  j  fortiront  de  la  pi 


I 


de  hhncrlqne  Ssptcnîr,     i  \  T 

pe  fans  être  fujets  à  aucun  aûe  de^^^^^ 
j-epréraillcs  de  quelque  nature,  &  '7j5« 
bus  quelque  prétexte  que  ce  foit. 
7^.  il  fera  fait  un  inventaire  des 
nunitions  de  guerre  qui  fe  trou- 
veront dans  les  magafins,  &  de  Tar- 
illerie.  tlîes  feront  remifes  de  bon- 
le  foi,  ainfi  que  les  autres  effets 
3u  roi  exillants  dans  les  maga- 
ins,  lors  delà  capitulation. 

8'.  Les  foltats  &  miliciens  ne 
erontni  dépouillés,  ni  féparés  de 
eurs  officiers. 

9\  Lorfque  la  garnifon  fortira 
3e  la  place ,  il  ne  fera  pas  permis 
ie  débaucher  les  foldats  pour  les 
I faire  déferter. 

I  lo^  La  garnifon  fera  conduits 
avec  une  efcorte  jufqaes  à  l'endroit 
deftiné  pour  fon  féjour.  Le  gé- 
néral recommandera  exprelTément 
là  l'efcorte  de  les  couvrir  des  Sau- 
vages,  pour  qu'ils  n'en  foient  pas 
inlultés  lorfque  la  garnifon  aura 


M  6  3Um,  fur  la  dcrn.  Guerre 

*5^5^quitté  fes  armes  pour  s'embarquer 
^7)9'  li  aura  la  même  attention  dam 
toute  la  route. 

II^  Il  fera  fait  un  état  exaf 
des  noms,  furnoms  des  foldat 
des  différentes  troupes,  ainfi  qut 
des  miliciens  &  autres  au  fervici 
du  roi. 

12°.  Les  employe's,  en  quelqui 
qualité  qu'ils  fuient,  conferveron 
leurs  équipages  &  auront  le  for 
de  la   garnifon. 

i  3*.  Tous  les  Sauvages  qui  fi 
trouveront  dans  la  place ..  de  quel 
que  nation  qu'ils  puiffent  être ,  fe 
ront  maîtres  de  fe  retirer  en  tout( 
liberté  fans  être  infultés. 

14^^.  On  livrera  une  pofte  ai 
général  de  6a  Majefté  Britannique 

Les  échanges  des  articles  fureni 
fîgnés  refpedivement  par  le  géné- 
ral ,  par  tous  les  officiers  de  la  gar- 
•nifon.  M.  Pouchot  n'ayant  fig(K 
que  ie  dernier  ,  le  général  lui  pro- 


de  t Amérique  Septentr,      117 

)ora  de    ftipuler   que  fa  garnifong.   ■"  V. 
eroit  conduite  en  France,    li  ne  i7v9. 
e  voulut  pas,  &  détermina  au  con- 
|;raire   l'endroit    le   plus  à  portée 
hour  être  des  premiers  échangés  ; 
:e  qui  fut  exécuté. 

Le  25,  entre  10  &  I  ï  heures 5 
es  Anglois  envoyèrent  4  compa- 
;,^nies  de  grenadiers  ,  4  piquets  , 
Se  un  régiment ,  dans  le  fort.  M. 
r^ouchot  fit  mettre  fa  garniibn  eti 
3ataille  fur  la  place ,  les  armes  à 
a  main  &  leurs  havre  -  facs  entre 
es  jambes.  Il  pria  MM.  les  officiers 
ie  fe  tenir  à  leurs  troupes.  Oii 
relia  dans  cette  fituation  près  de  ^ 
Bo  heures.  M.  Pouchot  avoit  pref- 
fenci  tout  le  monde  de  la  néceffité 
de  cette  manœuvre,  pour  fe  met- 
tre a  l'abri  des  infultes  des  Sauva- 
ges,  leur  rappellant  l'hiiioire  du 
fort  George,  il  avertit  que,  fi  quel- 
que Sauvage  venoit  pour  les  frap^ 
per  ou  leur  enlever  quelque  chofe. 


1 1 8  Mm,  fur  la  dern.  Guerre, 

ils  leurs  donnalTent  des  bon 
}7)9'  coups  de  pied  dans  le  ventre 
ou  de  poing  dans  l'edomac  (a; 
que  c'étoit  le  plus  fur  moyen  d 
les  contenir,  bi  on  ne  pouvoit 
parvenir,  il  valoit  mieux  mouri 
avec  fes  armes ,  que  tourmente 
par  eux.  Lela  s'exécuta  ponduelk 
nient. 

Les  Anglois  avoient  diftribué  de 
poftes  par-tout  pour  empêcher  le 
Sauvages  d'entrer.  Ils  vouloien 
engager  la  garnifon  à  livrer  leur 
armes,  fous  prétexte  qu'ils  feroien 
plus  en  état  de  nous  défendre 
M.  Pouchot  lerefufaconftammenl 
les  affurant  qu'ils  n'empêcheroien 
pas  les  Sauvages  d'entrer  avant  no 


(a)  C'eft  fans  conféquence  qu'ur 
Sauvage  foie  frappé  de  la  forte.  Le! 
autres  ne  prennent  pas  fon  part 
comme fî  on  fe  fervoitdu  fufii, d'un< 
épée  ou  bayonnette. 


de  Amérique  Septcntr,     119 

e  départ  Effedivement,  une  heu-'=^==^ 
î  après  que  les  Anglois  furent  ^71^- 
itrés  dans  le  fort ,  les  bauvages 
^Icaladerent  de  toute  part ,  &  en 
loins  de  demi-heureil  y  en  eut  plus 
i  soo  dans  la  place,  ils  furent 
abord  affez  tranquilles. 
Les  officiers  françois  avoient  eu 
précaution  de  mettre  une  par- 
2  de  leurs  équipages  dans  le  ma- 
ifin  à  poudre.  Ce  qui  n'y  fut  pas 
ifermé  fut  enlevé,  foit  par  les 
Bciers  Anglois  ,  foit  par  les  fol- 
its  détachés.  M.  Pouchot  donna 
déjeuner  au  colonel  Johnfon  & 
quelques  officiers.  Après  le  dîner 
îs  officiers  s'accommodèrent  de 
lUs  les  uftenfiles  &  les  meubles. 
Les  Sauvasses  eurent  la  difcré^ 
Dn  de  ne  rien  prendre  dans  la 
laifon  où  logeoient  tous  les  ofîî- 
ers,  jufqu'à  ce  qu'ils  fuffent  for- 
s.  Mais  auffi-tôt  après  leur  dé- 
^rt,  ils  enlevèrent  tout  jufques 


I  ao     Mhn.fiir  la  dcrn>  Guerre 

?^^^^aux  ferrures  &  gonds  des  porte 
^755^'  Ils  briferent.  tout  ce  qu'ils  ne  p. 
rent  emporter,  ils  pilîerent  les  m. 
gafins  des  effets  du  roi ,  où  il 
avoit  encore  5  à  600  paquets  < 
pelleteries  (  a  ).  Nous  en  avio 
beaucoup  employé  pour  les  me 
Ions  des  batteries,  lis  gaipillere 
&  caiTerent  prefque  tous  les  to 
neaux  de  farine. 

Dans  les  premiers  moments, 
cherchèrent  à  enlever  des  armes 
nos  foldats  &  miUciens  qui  ne  I 
épargnèrent  pas ,  réfolus  a  to 
événement  de  fe  battre  contr'ei 
&  contre  les  Anglols.  lln'eftp 
•décidé  qu'on  ne  les  eût  mis  dehor 
malgré  l'armée  ennemie.  M.  Pc 
chot  auroit  vu  ce  qu'il  y  auroit  ( 

(û)  Elles  durent  valoir  bien  > 
Targent  à  Johnfon ,  qui ,  étant  fe 
connu  de  ces  nations,  trouva  le  moy< 
de  les  leur  racheter  avec  des  elfe 
du  roi. 


de  l' Amérique  Septentr.     i2ï 

,  faire  ,  en  cas  qu'ils  manquaflent  i™""*. 
la  capitulation.     Voyant   notre  ^7)9- 
ermeté,  ces  Sauvages  vinrent  plii- 
ôt  nous  confoler  que  nous  inlul- 
sr.  Ils  étoient  preîque  tous  con- 
us  de  la  garnilbn.  Des  cheis  di- 
nn  à  M.  i'ouchot  :  nous  ibmnies 
Uns  deffein  ;  fois  tranquille  ;  c'ed 
ux  Angloîs  que  nous  faifons  du 
îal. 

Quelques    officiers   anglois  di- 

j)ient  que  c'étoit  bien  l'occaiioti 

2  prendre  la   revanche   du   fort 

l'eorge;  mais  on  doit  rendre  juC- 

'cc  à  la  majeure  partie  qui  tirend 

.;:s  ces  premiers  moments  tout 

ur  poflible  pour  écarter  les  Sau- 

'^"s.  Il  y  en  eut  même  un  blelTs 

;  coup  de  couteau.    Les  Sau- 

s  ne  leur  épargnoient  pas  les 

:l^s.     Entfautres  rOnontagu^ 

.  ic  nous  avons  tant  fait  meaition, 

aU  pendant  qu'il  fut  à  Niagara, 

t  les   choies   les  plus  dures  au 

Tome  IL  F  - 


^^     12Z  Mêm.  fur  la  dent.  Guerre 

^''^^ï^colonel  Johnfoii  qui  n'ofa  pas  s'er 

^7)9.  fâcher. 

Quelques  oflîciers  &  foldats  an 
glois  enlevèrent  quelques  fufils  d 
cliaffe  à  des  officiers  &  miliciens 
mais  plutôt  en  les  efcamotant  qu 
de  force,  il  fit  un  fi  gros  tem 
du  N.  O.  depuis  le  24,  que  l'o 
ne  pouvoit  pas  mettre  un  batea 
dehors ,  fons  quoi  M.  Pouchotai 
roit  tenté  de  faire  évader  une  pai 
tiQy  de  fa  garnifon  avant  de  rendt 
la  place;  ce  qui  n'auroit  pas  éi 
abfokiment  difficile. 

Le  2^,  après  midi,  la  garnifc 
fortit  de  la  place  pour  defcendi 
fur  le  platon  avec  le  fufil  fur  Y 
paule  3  tambour  battant,  &  den 
pièces  de  gros  canon  à  la  tête  c 
la  colonne.  Dès  que  les  troupi 
furent  devant  les  bateaux  dans  le 
quels  elles  dévoient  s'embarquer 
elles  dépoferent  leurs  fuiiis ,  &  pa 
tirent  tout  de  fuite ,  quoique  1* 


de  ?J?nériqffe  Septentr,     m  5 

jmes  du   lac  fuflent  encore  fort"*"""^ 
ToiTes.  i75i>< 

Nous  ne  punies  voir  les  officiers 

rifonniers.  Johnfon  avoit  donné 

i  parole  qu'il   feroit  retirer  des 

lains    des  Sauvages    ceux   qu'ils 

croient  pris  ;  car  ayant  vu  la  fuite 

e  nos  gens,  ils  les  pourluivirent 

:  en  prirent  beaucoup.    A  cette 

ccafion ,    il  arriva  une  avanture 

lagique.  Moncourt,   cadet  de  la 

plonie,  avoit  pris  en  aifeftion  un 

luvage  avec  qui  il  s'étoit  lié  d'a- 

itié.   Ce  Sauvage  ,  qui  étoit  dans 

jrmée  angloife ,  voyant  fon  ami 

; ilbnnier  ,  lui  témoigna  beaucoup 

fenfibilité  fur  fa  fituation.  Il  lui 

;:  ,5  mon  frère,  je  fuis  au  dé- 

féipoir  de  te  voir  mort  :  mais  fois 

tranquille  ;    je    veux  empêcher 

'  qu'on  te  faffe  foufFrir  ".    il  le  tua 

'un  coup  de  cafle-téte ,  croyant  lui 

l'iter  les  tourmens  auxquels  font 

iîftinés  les  prifonniers  parmi  eux, 

F  ^ 


124  ^ém.  [urladern.  Guerre 

^-^ — ^  Le  refte  des  troupes  qui  échaj 
^719'  pa  du  combat,  fe  retira  dans  ur 
ifle  au  delTus  du  fort  du  portage 
où  on  avoit  laifle  Rocheblave  av( 
environ  150  hommes  pour  ga 
der  les  canots  Se  les  bateaux.  Eli 
fe  retirèrent  au  détroit,  ainfi  qi 
les  garnifons  de  tous  les  poftes 
la  prefqu'iile  ôz  du  fort  Machaul 
aux  ordres  de  M.  Belcftre  qui  n 
voit  pu  être  à  Taftion  ,  étant  n  • 
lade.  De  400  hommes  il  y  en  t  ; 
plus  de  2i^o  tués,  prefque  tci 
îbldats  de  la  colonie  qui  étoie: 
trèS'braves ,  8c  avoient  fi  bien  fe  i 
dans  ces  partis»!  l  y  eut  beaucoup  ; 
François ,  dlllinois  tués  ou  pi . 
Tous  les  prifonniets  furent  ce  • 
duits  à  la  Nouvelle-Yorck,  co» 
me  la  garnifon  de  Niagara. 

Il  arriva  à  cette  dernière  uî 
aventure  comique  auprès  du  lac  (5 
Onoyottes.  Son  eicorte  étoitco- 
pofée  de  100  hommes  deiloy- 


de  l'Amérique  Septentr.     ï2<; 

méricain ,  de  300   miliciens,  &•—""""""' 
une  compagnie  de  rengers  ou  cou-  ^  7  5  9- 
i:urs  de  bois.  Les  foldats  de  cette 
Dmpagnie  ,    voulant  faire  croire 
a'ils  avoient  des  Sauvages  avec 
|ix,ou  montrer  leur  gentiiielTe,  fu- 
j:nt  dans  la  nuit  fe  barbouiller  & 
liabilier  en  Sauvages. Ils  entrèrent 
ifuitc   dans    le    campement  des 
"ançois ,  couteaux  &  caffe-tétes 
la  main ,  faifant  le  cri  des  Sau- 
ges qui  attaquent.    Nos  foldats 
mnurent  tout  de  fuite  à  leur  aie 
luche  ,  ce  que  ce  pou  voit  être.  Ils 
mirent  à  danfer,  à  chanter  & 
I  hurler  à  la  manière  des  Sauva- 
iîs,  fe  mêlant  avec  les  rengers, 
|i  qu'ils  faifoient  de  la  meilleure 
jace.   Les  officiers  de  Koyal-Amé- 
':ain  ,  avec  qui  les   officiers  fran- 
j)is  foupoient   alors ,    s'apperçu- 
qnt  que  ceux-ci  fourioient  &  fe 
loquoient  de  certe  bravade  faite 
;  leur  infu  ,  tombèrent  à  coups 
F  3 


J26     3iem.  jiir  la  dern.  Guerre 

'"" ' "de  bâton  fur  la  mafcarade ,  &  ren 

^7)9-  voyerent  leurs  foldats  couche 
peu  fatisfaits  de  leur  dlveitiffc 
niQnt. 

La  garnifon  étant  arrivée  aupiê 
du  fort  Stenix,  les  AnglDis,h  qui  o 
avoit  recommandé  de  ne  pas  laiffi 
voir  le  fort  à  M.  Poucbot ,  l'oy 
gèrent  à  faire  un  grand  circu 
aivec  la  garnifon  pour  gaver  la  t 
viere  de  Mohack.  Son  efcorte  vdi 
loit ,  comme  il  y  avoit  beaucou 
d'eau  j  s'en  retourner  8c  paiïer  a 
fort ,  Se  nous  laiiïer  traverfer  fett 
cette  rivière.  M.  Fouchot,  qui  éto 
prévenu  de  leur  intention ,  fe 
auffi-tôt  à  l'eau  tout  habillé  &  fi 
fuivi  des  officiers  &  de  fa  troup 
Les  Angiois,  qui  eurent  honte  i 
reculer,  en  firent  autant,  en  jura 
beaucoup  contre  la  précaution  d 
commandant  du  fort.  Nous  n'oi 
blierons  pas  ici  la  poHtefle  de  A 
Fech,  Suiffe  3  capitaine  de  Koyai 


E&îata'tt^iga 


de  l'Amérique  Septentr.     127 

vméncaiii,qui  commandoit  l'efcor- 

^  11  prêta  à  Aï.  i'ouchot  environ  ^75)?' 

^  louis,  pour  aider  MM.  les  of- 
ciers  François  à  vivre.  Ce  fut  un 
îrvice  bien  elTentiel.  Dans  cette 
ccafion  tous  ces  officiers  le  trou- 
oient  fans  argent ,  &i  s'ils  avoient 
té  obligés  de  fubfifter  avec  la  ra- 
on  angloife ,  ils  auroient  f^ait  mai- 
re chère,  n'étant  compofée  que 
i'une  livre  de  farine  &  d'une  li- 
re de  mauvais  lard.  Les  officiers 
iglois  étoient  nourris  par  leurs 
ivandiers  qui  leur  fervoient  d'au- 
îrgiftes.  Ils  eurent  la  même  ref- 
)urce. 

N'ayant  dit  qu'un  mot  de  Tévé- 
ement  de  M. le  chevalier  de  la  Cor- 
e  5  nous  en  donnerons  ici  le  dé- 
il.  Nous  avons  rapporté  que  M. 
i  la  Corne  étoit  à  Frontenac  & 
la  Préfentation.  11  avoit  avec  lui 
ms  cette  partie,  pour  couvrir  i'en- 
ée  de  la  rivière ,  de  4  à  500  Ca-» 

f  4 


12  8     Mêm,  fur  la  dcrn.  Guerre 

ïî^^^nadiens  3  &  quelques  ioldatsdel 
^1S9'  colonie.  Dans  les  preraiers  joui 
de  Juillet,  il  fe  porta  fur  Chouege 
avec  tout  fon  monde  &  les  Sai 
vages  de  cette  miffion  accompc 
gués  de  l'abbé  Piquet  iulpicien 
fameux  niiffionnaire  de  ce  pays 
qui  voulue  par  zèle  accompagne 
Jès  ouailles,  ils  furent  débarque 
au  même  endroit  où  M.  de  Mon 
calm  débarqua  lors  du  fîege.  Le 
Bnglois  5  en  partant  pour  celui  d 
IS'iagara,  avoientlaiffé  à  Tendre 
où  étoit  le  fort  Ontario  enviro 
-5  à  6oo  hommes  qui  n'avoier 
pas  encore  eu  le  tems  de  fe  n 
trancher;  ils  s'étoient  feulemcr 
lait  une  efpece  d'enceinte  autou 
de  leur  camp  avec  les  tonneau, 
de  lard  &  de  farine,  dontcecorp 
d'armée  avoit  apporté  grande  prc 
vifion.  Comme  ce  déLachemen 
fe  croyoit  en  grande  fureté  ,  la  ma 
jeure   parue   étoiè   difperfée  dai 


de  f  Amérique  Septentr.     12^ 

Is  forêts  des  environs  pour  cou-"=^==^^ 
jT  du  bois  pour  fe  retrancher.     ^7^9, 

M.  de  la  Corne  pouffa  un  gros 
orps   de  fes  gens  jufqu'à  l'endroit 
il  étoit  le  fort  Ontario ,  pour  re- 
^)nnoître  les  ennemis,  llsfufilie- 
:nt   ces    travailleurs,    arrivèrent 
fques  au  camp  qu'ils  trouvèrent 
jrt  en  défordre.  La  garde  <Sc  ce 
tii  reftoit  au  camp  s'oppofa  à  ces 
(■couvreurs.  ^iM,  de  la  Corne  eut 
^;ivi  fon  avant^garde  ,  les  Anglois 
(oient  perdus.  M.  Tabbé  Piquet, 
'li  entendit  ce  conimencement  de 
;riilade  ,  crut  qu'il  étoit  de  fon  de- 
J>ir,  avant  que  toute  fa  troupe  at- 
^quât,    de  leur   laire  une  petite 
j:hortation ,  &i  de  leur  donner  l'ab- 
lution. Cela  fit  perdre  le  moment; 
s  Anglois  coururent  à  leurs  ar- 
es &  fe  placèrent  derrière  leurs 
inneaux.  M.  de  la  Corne  arrive 
iprès  de    fon   détachement    qui 
oit  difperfé  autour  des  Anglois^ 


î  30  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

"  '  niais  qui  n'approchoit  plus,  à  caui 
^7^9-  fe  de  leur  fupériorité.  Il  veut  k 
engager  à  recommencer.  Quelque 
Canadiens  5  qui  avoient  plus  envi 
de  fe  retirer  que  de  fe  battre ,  criefi 
qu'on  les  coupe  tout- à- fait;  t 
malgré  les  officiers ,  c'eft  à  qt 
regagnera  le  plus  vite  fes  bateaux 
M.  l'abbé  Piquet  veut  les  arrêter 
en  eil  culbuté;  enfin  il  en  accR 
■  €he  un  5  &  s'écrie  :  fauvez  au  moif 
votre  aumônier.  Il  y  eut  peu  c 
perte ,  les  Anglois  ne  les  ayar 
point  fuivis.  On  convint  après  Tai 
tion  que  il  toute  la  troupe  eûtft 
vi  le  premier  détachement,  eï 
enlevoit  ce  corps  anglois  trèsrfi 
çilement,  parce  qu'ils  étoient  fui 
pris  &  très- déconcertés  dans* 
premier  moment.  Ce  corps  batti 
Niagara  auroit  été  fauve,  leur  ai 
niée  n'y  auroit  pas  reçu  le  reî 
fort  en  troupes ,  &  le  fecours  e 
^yivres  qu'ils  y  envoyèrent^ 


de  P Amérique  Septentr.      131 

M.  Douville,    capitaine  de   la*5!^?? 

olonie,  qui  commandoit  au  fort  I7  5^< 

e  Toronto,  n'entendant  plus  de 

anonnades  à  Niagara,    fe  douta 

ae  ce  fort  étoit  pris ,  déblaya  fort 

Dfte,  y  mit  le  feu  &  fe  retira  à 

Îont-Kéal   pour  ne  pas  fe  laiffer 

îlever.    Ce  fort ,    comme   nous 

ivons  décrit ,  n'étoit  de  défenfe 

je  contre  des  Sauvages ,   &  n'a- 

)it  pas  plus  de  12a  i  ^  hommes 

î  garnifon.    Telle  fut  Pifflie   de 

campagne  des   pays  d'en  haut» 

evenons  aux  opérations  de  Qué- 

;c. 

La  flotte  angloife    forte  de  2  S 
ifleaux    de   guerre,  dont  quel- 
iies>uns  à  trois  ponts^avecdes  bâti- 
.jCnts  de  tranfport  chargés  de  dix 
:jiUe  hommes  de  troupes  de  terre  » 
IX  ordres  du  général  Wolf ,  pa- 
ît à  Tisle  aux  Coudres   dans  le 
ois  de  Juin.    Les  ennemis  s'en, 
iparerent  >  &  occupèrent  enfui* 


î  3  3     Âîêm.  far  h  dern.  Guerre 

ï^^^^te  l'isle d'Orléans  (a).  Ils  ne  trou 
J7S9-  verent  aucune  de  ces  difficulté 
imaginaires  auxquelles  les  marin 
canadiens  avoient  tant  de  cor 
fiance.  Lorfque  cette  flotte  entr 
dans  le  baflin  de  Qiiébec,  on  li 
lâcha  fans  fuccès  quelques  bri 
lots  (é). 

MM.  de  Vaudreuil  &  de  Moà 
calni  placèrent  les  Canadiens 
les  troupes  5  au  nombre  de  5  à 
mille  hommes ,  favoir ,  la  Reinr 


(a)  Le  19  &  ?o  de  ce  mois. 

(/;)  La  ilotte  angîoife,  qui  étoitai 
ordres  de  l'amiral  Saunders  ,  fut  affa 
lie  d'un  violent  coup  de  vent,  apî 
la  prife  de  i'isle  d'Orléans.  Pîufiei 
gros  vailfeaux  perdirent  leur  ancr 
&  un  grand  nombre  de  bâtiments 
tranfport  coula  à  fond.  On  profita 
ce  moment  pour  lâcher,  pendant» 
nuits  des  brûlots;  mais  la  précipr 
^on,prefque  inféparable  de  ceslori 
d'opérations ,  fit  manquer  celle-ci  ç 
avoit  été  très-hiea  combinée» 


dâ  tAmcrîque  Septenîr,     153 

,anguedoc,  la  Sarre,  Royal- Rouf-^^^^^ 
lion  &  iiéarn  ,  &  la  colonie  qui  ^l')9' 
lontoit  à  1800  hommes ,  en  deux 
jatailions  ,  depuis  la  rivière  St. 
'harles^  jufques  au  faut  Montmo- 
!ncy,  en  laiffant  une  garnifon 
ans  Qiiébec.  On  fit  des  redou- 
îs  le  long  de  cette  dernière  ri- 
iere ,  &  on  s'y  retrancha.  La  plus 
/rande  partie  des  ennemis  débar- 
'uerent  de  l'autre  côté  avec  beau- 
oup  d'artillerie. 

,  Far  différentes  manoeuvres  & 
vec  leur  artilierie  qui  étoit  con- 
idérable  &  fécondée  de  celle  de 
eurs  vaiffeaux  qu'ils  faifoient  ap- 
)rocher  de  la  côte ,  ils  effayerent 
le  faire  abandonner  le  bord  de  la 
:iviere  St.  Charles ,  &  de  la  paffer. 
Le  3  i  Juillet ,  ils  firent  débar- 
quer à  marée  baffe  auprès  du  faut 
beaucoup  de  monde  ,  pour  prendre 
une  redoute  qui  couvroit  le  paiTa- 
ge  &  le  centre  des  retranchements.. 


134  Mêfn.fur  ladern,  Gtièrre 

■   '     —lis  firent  toute  la  journée  un  fei 
^7f  S^-  très-vif  de  200  pièces  de  canon  fu 
tout  le  camp,  pour  favorifer  le  corp 
de  troupes    qui  fe  gliffoit  fur   1 
grève  pour  enlever  la  redoute  01 
il  y  avoit  2  pièces  de  canon  ei 
fi  mauvais  état  que  l'on  ne  pou! 
voit  pas  s'en  fer^ir.   Nos   troupe | 
firent  fi  bonne  contenance  par-tou 
que  les  Anglois  ne  trouvèrent  pa 
jour  à  mordre  à  nul  endroit.  11 
eurent  même  affez  de  peine  à  rem 
barquer  les  troupes  de  la  grève 
qui  montoient  à  près  de   2  niiiy| 
hommes ,  parce  que  la  marée  l|| 
gagnoit  (  a  ).  | 

Ils  abandonnèrent  cette  entrer 
prife  ,  Se  placèrent  un  corps  d( 
trois  mille  hommes  environ,  vis* 
à-vis  Québec,   de  l'autre  côté  de 


(û)  Les  Anglois perdirent  de  leur 
ave.i  dans  cette  journée,  plus  defoc' 
hommes  &  pluiieurs  braves  ollicier& 


de  l'Amérique  Septentr.     13? 

a  rivière.  On  fit  un  détachement^        '" 
le  Canadiens  aux  ordres  de  M.  Du-  ^7^9* 
lias  5  capitaine  de  la  colonie,  pour 
âcher  de  les  déloger.  Il  réuffit  à- 
)eu-près  comme  celui  de  AI.  de 
a  Corne. 

Les  ennemis  placèrent  beaucoup 

le  canons  &  de  mortiers  dans  cette 

)artie ,  qui  ruina  &  brûla  en  partie 

XuébeG  pendant  le  mois  d'Août. 

^otre  armée  paffoit  toutes  les  nuits 

u  bivouac ,    les  ennemis   faifant 

>rerque  tous  les  jours  quelque  ma- 

lœuvre  pour  les  déloger  ,  &  trou- 

l'er  moyen  de  mettre    à  terre  de 

|:ecôté.  Dès  qu'ils  eurent  pris  cette 

ierniere  poiltion  ,    on  fut  obligé 

le  garder  la  rivière  au  deiïiis  de 

.Québec ,  on  y  fit  des  redoutes  dans 

les  endroits  que   l'on  jugea    fuf- 

'-eptibles  de  débarquements.   Elles 

étoient  feulement    défendues    par 

des  piquets  de   \o  hommes.   Ces 

endjcoits  neparoiflbientpas  encore 


1^6  Mém  fur  ladern.  Guerre 

■Sï'ïïï^dangereux  ,  à  caiife  de  la  pofition 
*7)3^»  des  eniieoiis.  Ces  piquets  y  reliè- 
rent pendant  près  de  trois  mois  en 
pofte  fixe,  ce  qui  eft  une  très- 
mauvaife  méthode ,  parce  qu'à  la 
longue  la  vigilance  celle  par  la  fa- 
tigue du  fervice. 

MM,  de  Vaudreuil  &  de  Mont 
calni,  ayant  appris  la  prife  de  Nia* 
gara  dans  le  mois  d'Août,  déta« 
cherent  M.  à^-Lé^is  avec  5  à  6ox; 
hommes ,  pour  fe  porter  à  la  Pré 
fentatîon  5  &  y  établir  un  polb 
capable  de  couvrir  cette  frontière 
S'étant  rendu  fur  les  lieux  ,  il  ju- 
gea avec  M.  de  la  Paufe ,  aide- 
major  de  Guienne,  que  la  petite 
ifle  Oraquointon ,  au  deffus  de  cel 
ledesGalots,  étoitlaplus  proprt 
à  fortifier  pour  barrer  la  rivierf 
Ce  fut  la  Paufe  qui  décida  M.  4e 
Lévis,  &  voulut  lui-méoie  tracçt 
le  fort,  ou  redoute  ,  à  fa  fantaifie^. 
uialgié  Popimoa   de  M.  des  Ae? 


de  l'Anierique  Septnttr,      137 
roins  ,  ingénieur ,  que  l'on  char- 


ea  de  la  conftiuclion.  Cciui-ci  ^7)9' 
it  laiffe  pour  y  commander.  M. 
e  Lévis  y  relia  juiques  en  Sep- 
imhie ,  &  obferva  les  mouvements 
es  ennemis  dans  cette  partie.  Il 
ccupa  pendant  ce  tems  fes  gens 

accélérer  la  conftruâion  du  noii- 
eau  fort.  Dès  qu'il  le  jugea  un 
eu  en  état,  il  rcdefcendit.  avec 
ne  partie  de  fon  monde  pour  re- 
)indre  l'armée  à  Qi^ébec. 

Dans  cet  intervalle  ,  cett»  ville 
ittoit,  pour  ainfi  dire  ,  avec  fou 
rtillerie  ,  qui  étoit  fort  nombreufe, 
ontre  celle  des  Anglois  qui  fai- 
)ient  fans  celle  des  va"&-vien  avec 
es  frégates  &  des  chaloupes  ar^ 
lées  5  pour  tâcher  de  pénétrer  en 
uelque  endroit.  Ils  effayerent  d'a- 
■ord  de  faire  paffer  quelques  fré- 
;ates  entre  leur  camp  &  la  ville.  • 
illes  remontèrent  le  fleuve ,  fecon- 
lées  de  la  marée  &  du  vent,  mal- 


138     Mém.fur  la  derru  Guerre 

^^^^gxé  le  feu  de  la  place.  Enfuite  i 
^7  59-  firent  pafler  durant  la  nuit  bea. 
coup  de  bateaux  chargés  de  tro. 
pes,   avec  de  gros  vaiffeaux.    i 
de  Vauclein ,  qui  avoit  deux  ï\ . 
gâtes  qui  barroient  la  rivière ,  e 
un  combat  contre  trois  gros  va 
féaux  pendant  fept  heures.  11  1 
fi  maltraité    que  fes  bâtiments  i 
rent  perdus  (a).  Les  ennemis,  m; 
très  de  la  rivière,  furent  brûlen 
magafîu  à  Jacques  Qiiartier ,    ( 
étoient  les  effets  de  prefque  to 
les  officiers  de  l'armée. 

M.  de  Montcaim  détacha  l 
de  Bougainville  avec  tous  les  gr 
nadiers  &  les  volontaires  de  l'a 
mée,  &  environ  200  chevaux  ( 
cavalerie  formée  à  la  hâte. Ce  corp.^ 
montant  à  mille  hommes  d'élite 


(a)  Cétoit  en  Canada,  &  none 
France,  qu'il  falloit  conftruire  d( 
pranies.  Elles  auroient  empêché 
flotte  angloife  de  remonter  le  fleu?f 


de  t Amérique  Septentr.      139 

Jl  porta  à  la  pointe  au  Tremble  ^^^^^ 
Jlieues  au  deflus  de  Québec ,  pour  ^  7  )  ^^ 
(ipêcher  l'ennemi  de  débarquer 
(I  ns  cette  partie ,  d'où  il  nous  au- 
lit  coupé  toute  la  comniunica- 
\m  avec  le  relie  du  Canada.  Le 
Igiment  de  Guienne  fut  porté  à 
^i  quart  de  lieue  au  delFus  de 
iuébec,  le  long  de  la  rivière,  pour 
ire  à  portée  de  foutenir  les  fedou- 
I)  dont  nous  avons  parlé. 
j  Les  ennemis  avoient  plus  de 
jjoo  hommes  paffés  en  bateaux  au 
I  (Tus  de  Q.uébec  ,  &  cherchoient, 
I  tre  la  pointe  au  Tremble  &  Que- 
lie,  quelque  endroit  à  mettre  à 
irre .  appercevant  toujours  des  dé- 
ichements  Se  de  la  cavalerie  qui 
|3ppofoient  à  eux.  Le  1 3  Sep- 
imbre,  au  point  du  jour,  ces  trou- 
;s  redefcendoient  le  fleuve  &  dé- 
Ifperoient  trouver  moyen  de  met- 
e  en  exécution  leur  projet ,  lorf- 
ae  pafiant  auprès  de  la  redoute 


140  Menu  fur  la  dern.  Guerre 

^=^^^^'^**'quegardoit  M.  de  Vercors,  voyari 
^éS9'  un  endroit  fort  efcarpé  (a),  ii 
conjedurerent  qu'il  n'y  auroit  p^; 
du  monde.  Un  ou  deux  bateaux  : 
abordent  &  débarquent  des  troupti 
qui  gravirent  contre  cette  côte  (é 
11  s'y  trouva  un  fentineîie  canadie 
qui  leur  lâcha  fon  coup  de  fufil 
malheureufeoient  il  ne  put  pas  ; 
retirer  fur  fon  pofte.  1  es  Anglo 
arrivèrent  à  la  file  au  haut  de 
côte.  Ce  pofte  étoit  fi  fort  dai 
la  fécurité  5  que  la  plus  grande  pa 
tie  desfoldats  étoit  allé  couper  d 
foin  ou  du  bled.  Le  capitaine  Ve 

(a)  Cette  guerre  fournit  plulieu 
exemples  de  cette  efpece.  Prefque  toi 
tes  les  defcentes  des  Anglois  ont  éi 
effedaées  dans  des  endroits  dont 
fîtuation  fembloit  les  mettre  à  l'ab 
de  tentatives. 

(  /)  )  Le  colonel  Ho\ve ,  à  la  tête  dj 
rinfanterie  légère  &  des  montagnarf 
écoiïbis  ,   y  grimpa    avec   beaucoi 
dardeur  &  de  courage. 


de  P Amérique  Scptentr.     141 

ers  étoit  encore  dans  fon  lit  011^:=^=^ 
i  reçut  un  coup  de  fufii  près  de  ^7S^ 
1  cheville  du  pied.  Tous  les  gens 
irent  difTipés.  Le  régiment  de 
(uienne  ne  fut  même  averti  affez 
icd  de  cet  événement  que  par  quel- 
<ies  fuyards. 

Les  ennemis ,  comme  on  l'ima- 
■ne,  fe  dépêchèrent  de  fe  former 
iprès  de  cet  endroit ,  &  même 
y  tranfporter  4  pièces  de  canon, 

uienne  fe  poita  tout  de  fuite  à 
)rtée  de  les  obferver ,  après  avoir 
ivoyé  avertir  M.  de  Montcalm. 

étoit  alors  déjà  près  de  9  heures. 
*n  laifla  le  camp  tendu  &  l'armée 
>us  les  armes.  M.  de  Tvlontcalm 
rit  avec  lui  les  régiments  &  les 
oupes  de  la  colonie ,  &  environ 

à  400  Canadiens.  Le  relie  de- 
leura  pour  obferver  les  ennemis 
u  bas  de  la  rivière.  M.  de  Vau- 
reuil  voulcit  que  Ton  reftât  à 
iuébec,  &  que   l'on  fît  revenii: 


142  Mém.furla  dcrn.  Guerre 

ï^î^^tous  les  détachements.  Cet  av 
^7)9  étoit  fans  doute  le  plus  fage  ;  ma 
M.  de  Montcalm  jugea  plus  e; 
pédient,  d'aller  attaquer  Tenner 
qui  faifoit  Ton  débarquement.  HT 
voit  déjà  effectué ,  &  s'étoit  mên 
placé.  Ce  général  envoya  ordre 
M.  de  Bougainville  de  le  rejoi] 
dre  5  &  fe  mit  en  marche  avi 
environ  i  ^oo  hommes ,  parmi  k 
quels  il  y  avoit  beaucoup  de  C 
nadiens,  mêlés  dans  cesrégimen 
pour  les  rendre  plus  nombreu 
Ces  gens ,  qui  ne  font  propres  qu 
la  petite  guerre ,  &  d'ailleurs  m 
armés,n'ayantpoint  de  hayonnetti 
&  que  des  fimples  fufils  de  chafR 
firentun  mauvais  effet  dansTaftio: 
Quelques  lieutenants-colonels 
repréfenterent  à  M.  de  Montcaln 
qu'il  convenoit  d'autant  plus  d'à 
tendre  le  corps  d'élite  de  Bougaii 
ville ,  que  l'ennemi  étoit  déjà  toi 
débarqué.  11  trouva  mauvais  qu'o 


de  f  Amérique  Septentr.      143 

i  fitcesreprérentations5&  marcha*^^^^ 
is-légéremeiit  aux  ennemis ,  tou-  ^7^^' 
(|jrs  en  bataille,  à  travers  des  bieds 
iirrés ,  ce  qui  avec  la  marche  pré- 
;  itée  eiïbufloit  les  foldats.  Les 
Hciers  n'auguroient  rien  de  bon 
i  ne  manœuvre  faite  fi  à  la  hâte, 
jrmée  joignit  cependant  Guien- 
1  &  fe  forma.  Les  Canadiens  dé- 
;hés  fe  jetèrent  dans  des  bof- 
jats  fur  les  aîles  de  l'armée  des 
nemis,  &  dans  très-peu  de  tems 
(  r  tuèrent  bien  du  monde.  Leur 
[léral  Wolf  fut  bleffé  à  mort. 
Notre  armée  qui  marchoit  k 
'inenii  fans  avoir  interrompu  fa 
:;  rche  précipitée  ,  le  trouva  polté 
"riere  de  groifes  paiiffades  qui 
moient  la  clôture  des  champs , 
^c  2  pièces  de  canon  fur  leurs 
es.  Elle  en  fut  accueillie  par  des 
ves  à  cartouche,  &  par  celle  de 
moufqueterie  ,  auxquelles  elle 
3ondit  une  ou  deux  fois»  en  mar- 


Î44  Mêm.fttrhdern,  Guerre 

'^^^^^chant  ;  mais  le  feu  des  ennemis,  (  i 
^7^9.  l'avoit  éclaiicie  ,  l'arrêta  tout  co  t 
&  ébranla  les  Canadiens  peu  . 
coutumes  à  fe  trouver  à  découve. 
,  Us  quittèrent  leurs  rangs  &  fuire . 
Les  ibldats  le  débandent  auffi- 1 
en  arrière.  M.  de  Montcalm,  (i 
étoit  à  chevaljcourt  pour  les  arré  r 
&  les  rallier  ,  il  reçoit  un  ce  ) 
de  feu  dans  lej  reins.  11  refta  1: 
la  place  beaucoup  d'officiers,  d',  - 
très  furent  pris,  &  prefque  t(î 
blefles.  Les  Anglois  nous  fui- 
rent vivement  jufques  auprès  ; 
Québec. 

M.  de  Bougainviîle ,  qui  avt 
marché  tout  de  fuite  ,  attaqua  qu  • 
ques  gardes  des  ennemis  dans  (5 
maiibns  fur  leur  derrière  ;  nu 
ayant  appris  la  perte  de  la  bat;  ■ 
le,  il  attendit  des  ordres  pour- 
voir  ce  qu'il  devoit  laire.  M.  î 
Vaudreuii  crut  qu'il  n'y  avoitp 
de  meilleur  expédient  que  de  r  • 

femb  : 


de  f  Amérique  Septentr.     14  î 

mibler  fon  armée  &  en  remon-^5^=^ 
mt  un  peu  la  rivière  bt.  Lhar-  i?^^» 
îs,  d'aller  gagner  la  pointe  au 
rcmble.  Tout  le  camp  fut  prefque 
bandonné,  parce  qu'on  ne  vou- 
it  avertir  perfonne  de  ce  dé- 
art.  Les  officiers  &  foldats  y  per- 
lent leurs  effets  &  leurs  provi- 
bns  qu'ils  auroient  pu  emporter. 

Onlailfa  dans  Qj-iébec  600  hom- 
es de  piquets  pour  garnifon,  aux 

dres  de  M.  de  Ramfey  ,  major 
;  la  place.  M.  de  Montcalm  mou- 
\  t  le  lendemain  de  là  bleffure  en 
ai  héros ,  c'eft-à-dire  ,  en  héros 
(!  rétien  ,  après  avoir  écrit  au  gé- 
iiral  Townshend  ,  qui  venoit  de 
fendre  le  commandement  des  ân- 
jois,  pour  lui  recommander  les 
jifonniers  françois.  Cette  intrépi- 
de dont  M.  de  Montcalm  a  voit 
c  nné  tant  de  preuves ,  ne  Taban- 
cnna  pas  dans  fes  derniers  mo- 
*bnts.  L'amour  de  la  gloire  ne  le 

'fmne  IL  G 


ï4^    Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

^'— "^cédait  chez  lui  qu'à  fon  dévoue 
I7T^«  ment  aux  inte'rêts  de  fa  patrie.  Li 
pureté  de  fes  intentions  &  fon  dé 
Cntéreffement  égalèrent  toujour 
fa  valeur ,  qu'il  confulta  trop  dan 
cette  dernière  adion.  Sa  perte  fu 
vivement  fentie  par  fes  foldats.  Le 
officiers  lui  ont  donné  des  marque 
publiques  de  leurs  regrets  &  d 
leur  eftime  (a). 


(a)  Ce  fut  d'après  leurs  vœux 
à  la  foUici.tation  de  M.  de  Bougaii 
ville ,  que  l'académie  des  infcriptior 
&  belles-lettres ,  fit  en  1751  jfoii  ép, 
taphe.  Quelques-uns  de  ces  mèm 
officiers  viennent  de  fournir  le  fuj 
d'une  eftampe  deiîinée  par  le  jeui 
Watteau ,  &  gravée  par  le  fieur  Chan 
bars,  Anglois,  en  l'iionneurdeM.  c 
Montcalm.  Ce  général  y  eft  reprcfei 
té  fur  un  lit  de  camp,  près  de  fatei 
te ,  foutenu  par  M.  de  Moatreuil,  m 
réchal  de  camp  ,  fon  ami  &  dépol 
taire  de  fes  dernières  volontés,  &p; 
M.  de  Bougainville  fon  élevé ,  &  fc 
ancien  aide  de  camp ,  &  qui  tous  deif 


de  l'Amérique  Ssptentr.     147 

Le  général  Wolfmourut  pref-^5!!!5" 
Lie  fur  le  champ,  ji  étoit  de  la  *7i9' 
lus  grande  ardeur.    Il  avoit  de- 


fixent  avec    attcndrifrement.  C'eft 

ms  ce  moment,  où\  fefentanî  prêt 

expirer,    il  prie  fes  officiers  &  Tes 

lis  de  lui  donner  pour  tombeau  le 

DU  d'une  bombe  qui  fe  trouve  prèf 

lui.  Des  Sauvages  font  occupés  à 

:irer  de  ce  trou  les  reftes  de  la  bom- 

.  Un  grouppe  d'officiers  &  de  fol- 

ts  alfemblés  autour  de  fon  lit,  ex- 

me  la  douleur  la  plus  caradérifée. 

r  le  fécond  plan,  on  reconnoît  les 

iciers  généraux  Sénézergue  &  Font- 

iine,    qui  commandoient  les  deux 

lîs  de  fon  armée,  tués  cj-ns  l'aclion 

!  apportés  par  des  fokiats  dans  la  ten- 

du  quartier  général,  où  l'on  voit 

la  plufieurs   officiers    blelfés.     Le 

iitain  n'offre   qu'un  monceau    de 

;  nbattans,  de  morts  &  de  mourants, 

>  l'on  diftingue  le  jeune  Wolf,  qu'en 

ni  on  rappelle  à  la  vie,  &  plus  loin, 

analheureufe  ville  de  Québec,  diC 

l'.oilfant  dans  les  flammes  que  lui 

''  nit  la  flotte  ennemie. 

G  2 


148  mêm.  fur  h  dern.  Guerre 

■'-  -mandé  à  l'amiral  à  faire  encc 
^7^5/.  cette  tentative  comme  la  dern 
re,  parce  que  la  flotte  angloî 
vouloit  s'en  retourner,  craignit 
d'être  prife  des  mauvais  tems  d 
commencent  à  régner  dans  cee 
faifon.  Ce  général  dit  en  moura  : 
Je  meurs  content ,  puifque  je  /  î 
voir  fuir  les  François, 

Toute  l'armée  françoife  fe  ■.\ 
fembla  tranquillement  a  la  poi'e 
au  Tremble  où  M.  de  Lévis  vent 
d'arriver  en  même  tems.  11  fe  vo}(t 
encore  à  la  tête  d'environ  5  m  e 
hommes  qui  avoient  bon  coi> 
ge ,  perfonne  ne  s'attribuant  e 
mauvais  événement.  11  fe  dé:- 
niina  à  marcher  tout  de  fuite  p  iC 
attaquer  les  Anglois,  &iefit{5- 
céder  par  M.  de  la  Roche,  ai- 
taine  de  cavalerie,  &  fa  troie 
portant  avec  elle  des  facs  de  f- 
cuics  pour  entrer  dans  QiiébecH 
étoic  chargé  d'avertir  M.  deR:ï- 


de  r Amérique  Septentr.     149 

y  de  l'arrivée  de  M.  de  Lévis ,  & 
2  lui  recommander  de  tenir  bon.  1759- 
e  commandant  lui  répondit  qu'il 
oit  trop  tard ,  qu'il  étoit  en  ter- 
e  de  capituler,  que  fa  parole 
oit  même  donnée,  &  que  d'ail- 
iurs  il  manquoit  de  vivres.  M.  de 
i  Roche  lui  dit  qu'il  lui  en  appor- 
it  pour  attendre  M.  de  Lévis. 
I  Les  Anglois  après  le  gain  delà 
i  taille  fe  trouvoient  fi  étonnés  de 
{t  heureux  événement  ;,  qu'ils 
hient  indéterninés  fur  le  parti 
j.'ils  dévoient  prendre,  ou  de  fe 
i:irer,  ou  de  faire  le  fiege  de 
tpébec,  qui  leur   paroiflToit  une 

i'ération  encore  bien  longue  ,  vu 
faifon.  Us  furent  affez  agréa- 
^ment  furpris  de  voir  que  l'on 
^it  leur  propofer  la  capitulation 
!^  cette  place.  Le  commandant, 
ci  étoit  de  Québec ,  ne  fut  fe  re- 
fera la  follicitation  des  habitants, 
ci  cher  choient  plus  à  fauver  leur 
G  3 


î  f  o  Mcm.  fur  la  àern.  Guerre 

'bien  que  leur  pays.  Les  Angfe 
^7Çp.  accordèrent    donc  tout  ce  qu*c 
leur  demanda. 

M.  de  la  Roche  fortit  tout 
fuite  pour  rendre  compte  à  M. 
Lévis  de  fa  niiffion;  il  le  trou' 
aîfez  proche.  Ce  général  hâta 
marche  pour  prévenir  ou  combî 
tre  les  Anglois  ;  mais  en  arriva 
devant  la  ville ,  il  fut  fort  furpris 
la  trouver  déjà  gardée  par  l'arm 
angloife.  11  fe  trouva  obligé 
s'en  retourner  à  la  pointe 
Tremble  avec  toutes  fes  trou{ 
conflernées  de  cet  événement  ii 
prévu. 

Nous  obferverons  ici  que  fiJ 
de  Montcalm  eût  préféré  de  vèi 
fe  placer  avec  fes  troupes , 
avant  de  Québec ,  fous  la  partie  • 
la  citadelle  ,  il  pouvoit  mettre  1 
les  remparts  une  nombreufe  aît 
leriepour  le  protéger ,  en  ayant 
moins  deux  cents  pièces ,  &  y  ê( 


de  T Amérique  Septenîr.     i^î 

Dint  par  le    détachement  de  M.^ — ■ 

leBougainville.  Les  ennemis  n'au-  ^759. 
oient  pu  ni  le  déloger ,  ni  afiieger 
ette  place.  Ils  n'auroient  pu ,  vu 
i  faifon,  refter  encore  long-tems 
ans  cette  fituation  ,  &  dès  qu'ils 
uroient  voulu  fe  rembarquer ,  ils 
uroient  couru  rifque  de  recevoir 
n  échec  confiderable.  Il  en  étoit 
e  même  de  M.  de  Kamfey.  Sa 
lace,  quoique  mauvaife,  étoit  à  Ta- 
ri d'un  coup  de  main.  11  auroit 
illu  à  l'ennemi  au  moins  334 
)urs  pour  élever  des  batteries.  M. 
,e  Lévis  furvenant,  on  les  aiiroit 
jttaqués ,  ou  fe  plaçant  tout  pro- 
|he  d'eux ,  on  auroit  empêché  tou- 
îs  leurs  opérations.  Ils  anroient 
léme  été  embarralTés  pour  ie  ti- 
srdelà.  Québec  étant  manquée, 
.  n'eft  pas  croyable  que  l'Angle- 
^rre  eût  fait  de  nouvelles  tentati- 
es  5  dont  ils  ne  pouvoient  efpérer 
ne  heureufe  réuffite.  La  priîe  de 
G  4 


I  f  2  Mm.  fur  la  dern.  Guern 

^"^^^^^cette  ville  les  engagea  malgré  eu 

^7TS«  aux  efforts  qu'ils  firent  en  i76( 

Jls  lailTerent  une  fort  grofle  gai 

nifon    dans    Québec,  aux  ordrç 

de  M.  Murray. 

Les  François  formèrent  une  gro 
fe  tête  de  leur  quartier  d'hyver 
la  pointe  au  Tremble ,  &  à  Jai 
ques  QiJartier.  On  fortifia  ces  po 
tes.  Les  régiments  &  ks  troup 
de  la  colonie  furent  diftribués  dar 
les  villages  &à  Mont-Réal,  où 
tinrent  les  généraux  &  Pinteodan 
On  travailla  d'abord  à  l'échange  d( 
prifonniers ,  &  en  Novembre  ,  1( 
officiers  de  la  garnifbn  de  Niagi 
ra,  excepté  M.  Bonnafoux,  officie 
d'artillerie,  que  les  Anglois,  fou 
le  prétexte  qu'ils  n'en  avoient  pa 
de  ce  corps ,  ne  voulurent  ps 
échanger,  partirent  avec  ceux  d 
détachement  de  Trépezec,  au  noir 
bre  de  I  s  5  avec  250  miliciens ,  s 
foldats  françois  &  autant  de  la  ce 
lonie. 


de  l'Amérique  Septentr.     1^3 

j  Auprès  de  Sarratoga  (a),  ils""™lîilL'i! 
incontrerent  le  général  Amheifl;  ^7)9^ 
;  ec  fon  armée  qui  rentroit  dans 
is  quartiers.  Il  envoya  fon  aide 
i:  camp  ,  Abercromby  ,  à  M.  Pou- 
(lOt  5  pour  lui  remettre  des  lettres 
Il  Canada.  Les  officiers  comman- 

I  ns  dans  les  forts  anglois  où  ils 
Irent  obligés  de  pafler,les  reçu- 
iit  le  plus  poliment  du  monde. 

II  ne  peut  rien  ajouter  aux  atten- 
Ins  qu'ils  eurent. 

A  la  Chutes  de  Carillon ,  les 
liciers  françois  furent  obligés  de 
lourner  7  à  8  jours  par  une  chi- 
ne du  commandant  du  fort.  Le 
iijor  Roger  arriva  dans  cet  in- 
ivalle.  llavoit  fait  un  parti  d'en- 

[a)  C'eft  de  ce  pofte  d'où  devoit 
[rtir  l'armée  qui  fournit  tout  leCa- 
t  da ,  &  c'eft  là  où  l'empire  Britan-  • 
:  lue  en  Amérique  à  reçu  de  nos  jours 
ijunefte  coups  fînguUer  effet  du 
■  Tard, 

G  ? 


If 4  Mêm.fur  hdertu  Guern 

"  -viron  400  hommes,  qui  avoien' 
^75^'  été  à  notre  miffion  de  St.  Françoi 
fur  le  lac  St.  Pierre.  11  trouva  c 
rillage  abenakis  dépourvu  de  fe 
guerriers.  Il  y  tua  une  trentain 
de  femmes  01a  vieillards ,  &  emmc 
na  quelques  jeunes  gens  prifor 
niers.  Comme  il  manqua  de  v 
vres  5  il  partagea  fa  troupe  en  pli 
lîeurs  bandes  pour  s'en  retourne 
au  fort  George.  Toutes  périrei 
de  mifere  ou  de  faim  dans  les  boi 
excepté  celle  de  Koger  qui  avo 
heureufement  pour  conducteur  n 
Loup  Moraigan.  11  ne  revint  Qi 
pendant  qu'avec  2  \  hommes ,  to» 
baves  &  décharnés. 

Les  glaces  fe  formant  pendai 
la  marche  du  détachement,  1« 
cauK  fe  trouvèrent  prifes  vers 
milieu  du  lacChampîain  ,  &  il  e 
toutes  les  peines  du  monde  de  g 
gner  terre  avec  fes  bateaux  q 
étoient  foibles  &  fciés  par  le  trai 


de  t Amérique  Septentr.     i  f  f 

chant  des  glaces.  Le  foir,  les  foldats^'^'^^ 
françois  furent  obligés  de  convertir  ^7S9< 
leurs  bateaux  en  traîneaux ,  & 
voyagèrent  avec  beaucoup  de  rit 
que  fur  les  glaces  nouvellement 
formées.  Elles  s'étoiloientfouvent 
avec  des  rayons  de  4  à  8  pieds. 
[Is  arrivèrent  après  bien  des  peines 
la  veille  de  Noël  à  Mont-Réal.  Ils 
y  furent  très-bien  accueillis ,  à  cau- 
^e  du  renfort  qu'ils  y  amenoient. 
VI.  Pouchot  y  fut  beaucoup  caret 
e  par  MM.  de  Vaudreuil  &  de 
Lévis. 

L'on  fit  beaucoup  de  petits  par- 
j;is  de  François ,  Canadiens  &  Sau- 
vages, dans  le  cours  de  l'hyver,  pouc 
inquiéter  la  garnifon  de  St.  Fré- 
leric  &  celle  de  Québec.  On  tra- 
vailla auffi  beaucoup  à  des  prépa- 
ratifs pour  enlever  cette  ville  d'em- 
Dlée;  ce  qui  étant  connu  des  An- 
^lois  5  les  tint  dans  un  inquiétu- 
de perpétuelle  qui  mit  leur  garni- 


If 5  Mê?f2.fiirïa  dern.  Guerre 

^'""^"^fon  fur  les  dents ,  &  leur  fît  per- 
^7)9-  dre  près  de    i^oo  hoiiinies. 

Cependant  le  Canada  étoit  dans 
la  plus  triite  fituation  parle  manque 
de  vivres     &:   de  marchandifes  de 
toute  efpece.     Le  vin  valoit  dans 
l'hyver  2|0o  livres  la  barrique  de 
240  bouteilles  ;  l'eau-de-vie,  i  s  oc 
livres  le  quart;  le  fel ,   3    à  40c 
livres  le  niinot;  le  bled,   30^48 
livres  le  boifTeau  pefant  4f    Hv.  ; 
la  viande  de  mouton  ,   3  liv.  la  li- 
vre ;    le  cheval ,    i   liv,  4  f.  ;  ur 
bœuf,   4  a  ^oo  livres;  un  veaU: 
50  à  6q  liv.  ;  un  dinde,  f o  liv.: 
une  paire  de  fouliers,   30  livres. 
&c.  Tout  étoit  d'un  prix  arbitrai- 
re; une  corde  de  bois,  qui  fe  payoit, 
fix  livres  ordinairement,  fe  vendoil 
80  à  100  livres.  L'intendant  faifoj 
de    l'argent    autant  qu'il   pouvoi 
pour  fub venir  à  tous  ces  prix;  mail 
jamais  il  n'avoit  fongé  à  rien  taxer, 
parce  qu'il  trouvoit  fon  compte  & 


•  de  Mmérique  Septentr,     1^7 

relui  de  fa  fociété  dans  toutes  ces**"^^ 
augmentations.  Ils  avoient  foin  ^7^9^- 
d'enlever  &  vivres  &  marchandi- 
fes,  qu'ils  revcndoient  au  roi  &  aux 
particuliers.  Les  habitans,  que  l'on 
îvoit  tenus  fous  les  armes  toute  la 
:ampagne ,  étoient  au  moins  la 
moitié  dans  la  difette.  On  leur  en- 
!evoit  leurs  bleds  &  leurs  beftiaux 
Dour  la  nourriture  des  troupes. 
2çs  objets  leur  étoient  payés ,  à  la 
irérité,  très-cher  en  papier,  qui  étoit 
:ommun  ,  &  ne  leur  donnoit  pas 
léanmoins  le  nécelTaire.  Le  difcré- 
Ht  qu'il  prenoit ,  faifoit  tout  aug- 
iiienter  de  ly  en  i^   jours  (a). 

[  (a)  M.  Murray  profita  de  cette 
!cruelle  iituation ,  vendit  des  provi* 
Gons  aux  François,  &  gagna  par-là 
beaucoup  d'argent  en  très  -  peu  de 
tems.  Si  les  A^nglois  ont  cru  que  des 
fecours  aufîi  intérelies  méritoient  uti 
monument  à  Foxhail,  ils  fe  font  trom- 
pés, ou  leur  vanité  à  bien  voulu  Tèire^ 


î  5  8  Mê7n,  fur  la  dern,  Gmm 

^^^^^^     Cette  progreffion  a  toujours  con. 

^7^5>.  tinué  jufques  à  la  reddition  du  Ca- 
nada. La  barrique  de  vin  dans  l'ét^ 
fut  portée  jufqu'à  lo  mille  livres, 
&L  tout  en  proportion.  On  deman- 
dera  ,  peut-être,  comment faifoieni 
les  troupes  qui  n'avoient  que  leui 
paye.  Le  jeu  y  fuppléoit.  Le  pluî 
gros  qu'on  imagine  en  Frana 
îi'eil  rien  ,  en  cooiparaifon  de  ce- 
lui  qui  fe  jouoit.  L'intendant  &  lei 
dames  de  fa  fociété,  ainfi  que  Ici 
officiers  canadiens ,  qui  la  plupari 
âvoient  beaucoup  gagné  par  leuri 
pacotilles ,  perdoient  des  fommei 
dont  les  officiers  françois  profi. 
toient.  Quelques-uns  de  ceux-ci 
ont  rapporté  encore  en  France 
beaucoup  d'argent.  Les  uns  ven- 
doient  leur  eau-de-vie  très-chère- 
ment, &  leurs  meubles.  D'autres 
par  des  brocantages  ont  fu  amaf- 
fer  quelques  petites  fommes.  Des 
citoyens  aifés  fe  faifoient  un  plaifu 


de  tAmh'lque  Septeiitr,     1^9 

de  nourrir  leurs  défenfeurs;  l'on''^5^'î5^ 
vivoit  fort  cordialement  enfemble,  ^7  5^^ 
des  malheurs  communs  refferrant 
cette  union. 

M.  Pouchot  en  pourroit  citer  un 
exemple  &  voudroit  qu'il  lui  fût 
permis  de  nommer  la  bien-factrice. 
Cette  dame  fe  trouvant  feule  lui  dit 
un  jour  :  „  M.  les  vivres  font  bien 
J.3  chers  ;  on  a  bien  de  la  peine  à 
53  avoir  des  provilions  :  failbns  or- 
„  dinaire  enfemble;  ce  que  vous  y 
55  mettrez  &  ce  que  j'ai,  nous  feront 
55  vivre  plus  aifément  ".  M.  Pou- 
chot, qui,  arrivant  au  cœur  de  l'hy- 
ver,  n'avoit  pu  faire  des  provifions, 
fe  crut  heureux  d'éviter,  en  payant, 
l'embarras  d'en  chercher.  Dans  les 
deux  mois  &  demi  qu'il  relia  à 
Mont-Réal,  il  la  preffa  très-fou- 
vent  de  prendre  de  l'argent.  Elle 
lui  répondit  toujours ,  à  la  fin  de 
l'hyver  nous  compterons.  Lors  de 
fon  départ  il  voulut  lui  payer  ft 


j6o  Mém,  fur  la  dern.  Guerre 

^^^^part ,  qui  montoit  à  deux  mille  li- 
^7V>'  vres  ;  malgré  les  inftances  les  plus 
vives ,  il  ne  lui  fut  jamais  poiÈble 
de  faire  accepter  à  cette  femme  gé- 
néreufe  cette  fomme.  Plufieurs  au- 
tres officiers  ont  eu  à  fe  louer  de 
procédés  pareils. 
r""""^  i\u  commencement  de  Mars, 
17^0.  MM,  de  Vaudreuil  &  de  Lévis,  fe 
déterminèrent  à  envoyer  M.  Pou* 
chotfur  les  glaces ,  pour  aller  pren- 
dre  le  commandement  du  fort  Lé- 
vis dans  l'isle  d'Orakointon ,  au- 
près de  la  Préferrtation ,  &  à  faire 
defcendre  M.  des  Androins,  ingé- 
nieur ,  qui  y  avoit  relié  depuis  le 
mois  de  Septembre.  Ils  avoient 
befoin  de  cet  ingénieur  pour  le 
fiQge  de  Québec,  dont  on  accéle- 
roit  les  préparatifs  autant  qu'il  étoit 
poffible.  M  Pouchot  fentoit  tou- 
te la  difficulté  de  la  commiflion 
dont  il  aiioit  être  chargé ,  par  le 
peu  de  leffource  qu'il  auroit  pour 


de  t Amérique  Septentr,     i6i 

[ire  de  la  bonne  befogne.  Cepen-^===^ 

ant  fon  zèle  pour  le  bien  du  fer-  ^7^^« 

ice,  le  fit  paffer  fur  tous  les  in- 

Dnvénients.  On  promit  de  lui  en- 

Dyer,dans  Pété,  un  corps  ùq  iZ 

1^00  Canadiens. 

Il  étoit  dénué    de  tout    Après 

liToir  perdu  une  partie  de  fon  équi- 

3ge  à  Niagara,  il  avoit  été  enco- 

;:  obligé  d'abandonner  tout  le  ref- 

I',  à  fou  retour    de  la  Nouvelle 

Ingleterre,   H  lui  fallut  donc  refai- 

:  un  petit  équipage,  &  ramaffer 

jnelques  proviiions  pour  cette  cani- 

ligne,  ce  qui  lui  coûta  extrême- 

lient  cher.   Comme  il  alloit  encore 

i3yager  fur  les  glaces ,  il  deman- 

a  une  couverte  à  l'intendant,  qui 

Jt  la  barbarie  de  la    lui  refufer. 

e    munitionnaire    lui   fit  prélent 

'un  barril  de  vin  de  i  2  pots  ;  ob- 

ît  confidérable  dans  l'état  des  cho- 

is.  C'eft  tout  ce  qui  lui  fut  fourni 

ar  le  roi. 


ï  6%     Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

f""^  M.  Pouchot  partit  le  17  Mai 
1760,  avec  M.  l'abbé  Piquet ,  miflîonna 
re  de  la  Préfentation ,  <;  homm( 
&  3  traîneaux.  Avant  que  de  pa 
1er  du  fuccès  de  ce  voyage ,  ra} 
portons  celui  de  l'expédition  c 
Québec.  Le  23  Avril,  les  glaa 
eonimencerent  à  s'en  aller.  Chaqi 
régiment  &  toute  l'armée  reçut  0 
dre  de  partir  avec  les  approvifioi 
iiements  pour  le  fiege  de  cet 
place  &  l'artillerie ,  chaque  troi 
pe  portant  fes  vivres  dans  les  b; 
teaux  qui  lui  étoient  deftinés , 
raifon  de  ^  de  livre  de  lard ,  < 
une  livre  &  demie  de  pain  par  téi 
pour  toute  fubliftance.  Les  bateau 
Suivirent  les  glaces  &'  arrivèrent 
une  lieue  au  défias  de  Qiîébe( 
L'ennemi  ne  pouvoit  fe  douter  d'un 
pareille  arrivée ,  vu  l'état  de  la  r 
viere.  11  en  fut  malheureufemer 
averti  par  trois  canonniers  qi 
voyant  leur  bateau  pris  dans  de 


de  T Amérique  Septentr.     i^j 

laces  &  crevé,  montèrent  fur 
me  grande  pièce  de  glace  qui  les  i?^®* 
lorta  jufqu'k  Québec  où  on  les 
rrêta.  Sur  cette  nouvelks  l'ennc- 
tii  porta  en  avant  des  gardes ,  dans 
e  deffein  de  faire  un  camp  retran- 
:hé  auprès  de  la  place.  Leurs  gar- 
les  furent  chaffées  des  maifons 
lu'elles  occupoient,  êc  l'armée 
ânt  paffer  la  nuit  à  |  de  lieue  de 
Québec.  11  pleuvoit  &  dégeloit. 
Jn  peut  juger  dans  quelle  fitua- 
ion  étoient  alors  nos  troupes  dans 
les  champs  couverts  de  neige  ou 
sn  gâchis.  Le  28,  au  matin,  les  en- 
nemis vinrent  occuper  le  camp 
qu'ils  avoient  défigné  ,  leurs  flancs 
appuyés  par  12  pièces  de  canon 
&  des  aubuts.  Nos  troupes  les 
trouvèrent  en  bataille. 

A  mefure  qu'elles  arrivoient,elles 
fe  formèrent  de  notre  gauche  à  la 
droite ,  d'abord  Guienne  ,  enfuite 
Béarn,  JBerri ,    la  Sarre,    KoyaU 


T(?4    Mêm.  fîir  la  dern.  Guerre    à 

^'"""""Rouflillon ,  la  Colonie,  Langue 
17^0.  Jqc^  ]gs  Canadiens ,  la  Reine  ,  d( 
la  cavalerie ,  &  quelques  Sauvages 
Tel  étoit  à  peu  près  l'ordre  dam 
lequel  on  entra  dans  le  champ  d( 
braille.  Les  Anglois  avoient  fai 
occuper  par  le  régiment  de  Frazei 
Ecoflbis,  une  maifon  fur  leur  droite 
qui  fe  tiouvoit  à  portée  de  Guien- 
ne  &  de  Béarn  ,  ce  qui  commence 
à  former  un  engagement  à  notn 
gauche.  Ces  deux  bataillons  avec 
leurs  grenadiers  les  en  chaflereni 
d'abord,  tlle  fut  reprife  deux  \ 
trois    fois. 

Tandis  que  l'armée  fe  formoitj 
les  Anglois  tiroient  de  leur  artillerie 
à  cartouche  avec  leurs  aubuts  qui 
nous  tuèrent  d'abord  bien  du  mon- 
de. M.  de  Bourlamaque  fut  blefle 
à  la  jambe,  &  fon  cheval  tué.  M.  de 
Lévis,  qui  voyoit  que  fa  droite  n'ar- 
rivoit  pas  fucceflîvement,  vouloit  fe 
replier  jufqu'à  deshayes  quife  trou- 


de  l'Amérique  Septentr.     i  <?  f 

soient  derrière  lui,  pour  attendre  ■ 

|ue  tout  fût  arrivé  ,  &  charger  en-  ^7^^* 
èmble.  Le  régiment  de  Guienne  & 
le  Béarn  en  ayant  été  avertis ,  8c  k 
entant  dans  une  pofition  dange- 
eufe ,  fi  l'ennemi  fut  retourné  s'em- 
)arer  de  la  maifon  ,  héfitoient  à 
ixécuter  cette  manœuvre  ,  lorf- 
jue  l'ennemi  prenant  le  mouve- 
nent  de  notre  droite ,  ordonné  par 
VI.  de  Lévis ,  pour  un  mouvemeni» 
le  fuite ,  fe  porta  en  avant  de  fon 
irtillerie  pour  fuivre  nos  troupes, 
^ela  mit  à  même  Guienne  Se  Béarn 
3e  fe  trouver  à  la  hauteur  de  leur 
îanc  droit;  les  deux  commandants 
de  ces  deux  bataillons ,  Manneville 
&  d'Alquier,  jugèrent  que  c'étoit 
le  moment  de  les  charger.  Il  eft  à 
remarquer  que  ces  deux  bataillons 
avoient  déjà  beaucoup  perdu  dans 
l'attaque  de  la  maifon  où  le  régi- 
ment écoflbis ,  qui  étoit  très-bra. 
Te  5    fut  prefque  entièrement  dé- 


I  eâ  Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

SSEî^'truit,  ainfi  que  les  grenadiers  d 
176^0.  j^Qs  Jeux  bataillons.  Ces  dernier 
attaquent  les  Anglois ,  toute  ne 
tre  droite  marcha  alors  de  nouvea 
fur  eux  en  ménie-tems.  Ils  furer 
rompus  dans  un  inftant;  ce  qt 
étoit  refté  en  arrière  rejoignit  biei^ 
vite ,  &  on  s'empara  de  toute  leu 
artillerie ,  &  de  tous  leurs  outilî 
On  les  pourfuivit  jufques  fou 
Québec,  mais  peu  vigoureufenicnt 
jNos  foldats  étoient  épuifés  de  ma 
être  5  &  exténués  par  la  mauvai 
fe  nourriture.  Nous  avons  vu  qu'il 
étoient  partis  de  leur  quartier  di 
20,  &  depuis  ce  tems  ils  avoien 
toujours  été  fans  tentes ,  à  efluyeij 
la  neige  Se  la  pluie.  Il  ell  certairi 
que  s'ils  euffent  pu  courir,  il  fe- 
roit  rentré  très-peu  d'Anglois  dam 
Québec,  &  la  place  étoit  alors  à 
nous ,  n'y  ayant  refté  que  les  ma* 
kdes  &  les  écloppés. 

La  perte  des  ennemis  montai 


de  f  Amérique  Septenfr,     i€j 

iioo  hommes  tués ,  blefTés  ou  pris.'*^'^ 

[3US  eûmes    de  notre  côté   ;  30  ^l^o, 

[fîciers  tués   ou    blelFés,  &  390 

(idats.  M.  le  chevalier   de  Lévis 

r  comporta  avec  intelligence  & 

vacité.  Voyant  le  mouvement  en 

ant  des  ennemis  qui  leur  faifoit 

rdre  un  grand  avantage ,  il  faifit 

moment  de  les  charger  ;  ce  qui 
t  exécuté  par  nos  troupes  avec 

plus  grande  vigueur.  11  fe  trou- 
it  beaucoup  de  Sauvages  dans 
itre  armée;  mais  ils  ne  voulu- 
nt  pas  mordre.  Ils  trouvoient 
tte  befogne  trop  chaude ,  &  ad- 
iroient  la  fermeté  des  régiments 
li  étoient  fillonés  par  cette  nom- 
eufe  artillerie,  &nonobftant  cc- 

marchoient  toujours  en  avant. 

Dès  le  lendemain,  on  ouvrit  la 
anchée  devant  Québec ,  du  coté 

la  titadelle.On  n'en  donnera  pas 
[\  journal ,  parce  qu'il  eft  aflez 
)nnu.  Après  8  ou  10  jours  de  trau- 


1^8  Mêm.fur  la  dern.  Guerre 

8*^"  "''chée,  on  battit  la  place  avec  no 
17^0.  tre  artillerie,  qui  étoit  peu  nom 
breufe,  &  les  pièces  fi  mauvai 
fes  qu'elles  crevoient  dès  qu'elle 
ctoient  un  peu  échauftees.  Cell 
de  la  place  qui  étoit  très-confidc 
rable  &  en  bon  état,  nous  fitpei 
dre  bien  du  monde.  Les  Angloi 
ctoient  fur  le  point  de  fe  rendre 
Ils  n'avoient  d'autre  efpérance  qu 
dans  l'arrivée  d'une  flotte.  11  e^ 
étoit  de  même  de  l'armée  françoift , 
On  y  difoit  :  il  nos  vaifleaux  de  ft, 
cours  entrent  les  premiers ,  Que 
bec  eft  pris,  &  nous  voilà  fauves 
Ainfi  les  deux  partis  étoientdan 
la  plus  vive  impatience. 

Le  12,  on  eut  connoiOance  d 
vaifleaux  anglois  en  rivière.  Le  15 
il  monta  des  bâtiments ,  entr'au 
très  un,  de  74  canons,  &  2  fré 
gâtes    (a)  qui  nous  en  attaque 

(a)  Cétoit  la  divjfîon  du  com 

ren 


âe  t Amérique  Septentr,     1S9 

:nt  deux  qui  couvroient  nos  dé» "" ' 

5ts.  Ils  les  prirent  après  un  long  ^7^o, 
)mbat,  ce  qui  nous  obligea  de 
ver  le  fiege  affez  précipitamment. 
In  tâcha  de  ruiner  l'artillerie  qu'on 
2  pouvoit  emporter  faute  de  voi- 
ires.  Notre  année  fe  replia  à  la 
Dinte  au  Tremble ,  Se  on  laiffa 
s  hôpitaux  qui  étoient  chez  des 
ligieux  hors  de  Québec.  La  flot- 

angloiiè  amena  5  à  ^  mille  hom- 
es de  débarquement ,  qui  avec  les 
larins  montoient  à  8  à  10  mille 
)mmes. 

Notre  armée  ne  fit  plus  que 
iiicaner  le  terrein,  depuis  la  pointe 
L  Tremble  jufqu'à  ce  qu'elle  fut 
|)ligée  de  fe  replier  dans  l'iile  de 
J  ont -Real.  Les  Anglois  firent 
lonter  dans  le  mois  d'Août  leurs 


:odore  Svranton,  qui  précédoit  FeC- 
<dre  du  lord  Colvill.  partie  d'Haï- 
Àx  le  22  Avril. 
Tome  IL  H 


170  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

55555!! frégates  &  chaloupes  armées ,  a( 

i?^*^^  compagnées  de  troupes  par  terre, 

Se  nous  délogèrent  fucceffivemei, 

de  nos  poftes  qu'on  abandonnoi 

pour  ne  pas  laiiïer  invertir  les  trou 

pes.  A  lîiefure  que  les  Anglois  pai 

.    foient  par  un  village,  ils  faifoieii 

prêter  le  ferment  de  fidélité  aux  h  { 

bitans.    Il  eft  à  croire   qu'ils  aiÇ 

roient  monté  plus  vite ,  s'ils  n'eu) 

fent  pas  attendu  des  nouvelles  d  '{ 

autres  corps  qui  dévoient  attaqujj 

les  autres  frontières. 

Celle  du  côté  du  lac  thamplai 
n'avoit  pas  attiré  la  première  Pal 
tention  des  ennemis.  11  étoit  ref 
3  à  400  hommes   dans  l'hyver 
rifle  aux  Noix,  que  l'on  travail I 
à  mettre  dans  le  meilleur  état  d 
défenfe.  Ce  fut  de  là  que  durai I 
l'hyver  on  forma  des  partis  qui  am| 
noient   toujours  quelques  prifo; 
niers.  Langis  en  fit  encore  d'hei 
reux  dans  ce  priiitems.  Cet  officie' 


de  r Amérique  Septentr,     171 

meilleur  partifan  des  troupes  de^*"*"*^ 

colonie,  qui  avoit  fi  bienfervi  ^7^^- 

s  deux  dernières  campagnes ,  fe 

)ya  mallieureufement  en  voulant 

iverfer  la  rivière  dans  un  canot 

ec  deux   hommes.    Elle  n'étoit 

s  abfolument  prife  dans  les  bords; 

lis  un  morceau  de  glace  s'étant 

taché  tout-à-coup,  il  tomba  fur 

canot  &  le  noya. 

Après  l'affaire  de  Québec  ,  Von 

^oya  M.  de  Bougainville  avec 

:)o  hommes  à  Pifle  aux  Noix. 

;Fut  tranquille  tout  Pété.  Il  ne 

jut  que  quelques  détachements 

venoient  plutôt  pour  le  recon- 

i(tre  que  pour   Pinquiéter.    Le 

ips  des  Anglois  qui  étoit  à  St. 

'derie,  compofé  de  deux  régi- 

nts  de  jnilice,formoit  334  mille 

lames.  Dans  le  mois  d'Août,  ce 

C3S  partit  en  bateau  &  des  ga- 

cîs,  pour  venir  dans  la  rivière 

tjean.  Nous  avions  formé  une 

H  » 


1 7  î     Ment,  fur  la  dern.  Guerre 

^" '"-eftacade  en  pieux  à  travers  fon  fit 

17^0.  laquelle  étoit  défendue  par  Tifle 
Les  Anglois  furent   obligés  d'éle 
ver  des  batteries  fur  des  échafaud 
en  bois,  dans  les  terres  autour  d' 
rifle  au  deffus  de  Peflacade,  à  eau' 
fe  que  le  terrein  étoit  noyé.    A' 
bout  de  a  à  3  jours  de  canonm' 
des  de  part  &  d'autre,  notre ga:, 
nifon  fortit  de  l'ifle  &  gagna  e 
traverfant    les  bois ,   &  marchai 
fouvant  dans  l'eau,  pour  arriver, 
la  pirairie.    Elle  avoit    fans  douj 
ordre  de  MM.  de  Vaudreuil  &  (; 
Lévis  ,  de  ne  pas  fe  lailfer  prendr 
&  venir  les  renforcer  à  Mont-Rér 
Les  Anglois,  maîtres  de  Tlsle  ai 
Noix,  fe  portèrent  à  St.  Jean 
à  Chambly.   Il  y  eut  quelques  ( 
carmouches  dans  le  bois,  entrée 
Jean  &  les  favanes  de  la  prairi 
Quand  les  Anglois  les  eurent  p: 
fés,  les  troupes   françoifes  enti 
rent  dans  Tisk  de  Mont-Réal 


I     de  t Amérique  Septentr,     175 

Il  eft  tems  de  reprendre  les'  "^■''— 
pérations  de  la  frontière  du  haut  ^T^O, 
Li  fleuve  St.  Laurent,  d'où  det 
îftdit  la  grande  armée  angloife 
lUs  le  général  Amherft.  Comme 
)  qui  s'y  eil  paffé  n'a  été  raconté 
ir  perfonne ,  nous  entrerons  là; 
îiïus  dans  de  grands  détails  Qi). 

M.  des  Androins  étant  parti  du 
,  rt  Lé  vis ,  M.  Pouchot  y  refta 
i'ec  1^0  foldats  de  la  colonie  ou 
iliciens,  fix  officiers  canadiens^ 
.  Bertrand,  officier  d'artillerie,, 
.M.  Celorons  frères,  la  Boular-  ' 
îrie ,  de  Bleury  Se  de  Poilly ,  ea- 


(û)  Ils  auroient  pu  être  moinr 
ngsj  mais  le  plaifir  de  parler  des 
énemens  auxquels  on  a  eu  le  plus  de 
rt ,  entraîne  toujours  les  auteurs  des 
émoires  hiftoriques.  Une  partie  de 
détail  a  cependant  un  grand  avan- 
ge,  celui  de  faire  mieux  connoître 
ifprit  &  le  caradere  des  Sauvages  ^^ 
je  toutes  les  relations  des  voyageurta 

H  a 


Ï74  Mêm.fur  la  dern.  Guerre 

-    """"det  de  la  colonie.    Il  y  avoit  les! 

*7^o.  deux  capitaines  des  deux  corvet- 
tes, la  Force  &  la  Broquerie^S 
I go  hommes  d'équipage. 

Ce  fort  n'avoit  de  fait  que  1(| 
rempart  revêtu  en  fauciffons.  Le! 
cafernes ,    magaiins    &  logemenii 
des  officiers ,  &  autres  à  l'ufagedi 
fort,  étoient  finis  en  bois  depiecel 
fur  pièces,  &  couverts  en  planches 
M.  Pouchot ,  pour  rendre  ce  pofti 
fufceptible  de  défenfe,  forma  fu 
le  parapet ,  qui  étoit  de  1 8  pied 
de  largeur,  un  autre  de  neuf  pied  [ 
en   pièces  fur  pièces  ,   rempli  d 
terre  qu'il  fut  obligé  de  faire  ap 
porter   du  dehors  de  Pisle.    Dan 
ce  parapet  il  forma   des  embrafu 
res.    Il  laiiTa  fous  ce  parapet  un 
berme  de  4  pieds  de    largeur  ei 
dehors,  garnie  d'une  fraiffe.  Ce  qii 
reftoit  du  premier  parapet  intérieu 
rement,  fervoit  de  banquette.   L' 
rempart  fe  trouva  parla  avoir  i 


de  t Amérique  Septentr.  i7f 
pieds  d'élévation  extérieurement,  &^55555! 
ïi  intérieurement.  Cette  augmen-  ^l^o. 
:ation  étoit  indiipenfable  pour  cou- 
vrir un  peu  l'intérieur  de  ce  fort, 
[jiii  étoit  commandé  à  la  hauteur 
ie  24  pieds,  par  le  terrein  des  Isles 
i  la  CuilTe  &  de  la  Magdeleine. 
M.  Pouchot  fit  auflî  faire  une 
paierie  avec  des  pièces  de  chêne 
ie  14  pouces  d'équarriffage ,  fur 
[o  pieds  de  longueur.  Elle  regnoit 
e  long  du  rempart  &  lui  fervoit  de 
erre-plein ,  &  le  deifous  de  cafe- 
natte.  Les  batteries  étoient  pofées 
iir  cette  galerie  ou  plate-forme , 
eut  le  tour  de  l'isle.  il  forma  un 
'paulement  à  4  pieds  d'épaifleur 
!n  terre,  tirée  la  majeure  partie 
lu  fond  de  la  rivière  ,  cette  isle 
ji'ayant  pas  2  pieds  de  terre  pour 
è  mettre  à  couvert  dans  les  det 
:entes.  Un  abattis  débranches  d'ar- 
)res  fut  fait  fur  le  devant  de  l'é- 
)aulement,  qui  s'étendoit  autîmÊ 

H  4 


lyS   Mem.  fur  la  dern.  Guerre 

^"^""qu'il  étoit  poiTible  dans  l'eau,  poui' 
^1^0.  empêcher  ies  chaloupes  d'aborder 
Ala  pointe  de  l'isie,  cet  épaulemen 
ctoit  terminé  par  une  redoute  er 
pièces  for  pièces,  percée  pour  cire 
pièces  de  canon.  Aux  deux  côté?  dei 
Tisle  on  avoir  laiiledeux  endroits,' 
en  forme  de  quai ,  afin  que  les  ba- 
,  teaux  y  abordaifent. 

Tous  ces  ouvrages  occupereni 
cette  petite  garnifon,  qui  fut  aug- 
mentée d'une  centaine  de  miliciens 
pendant  toute  la  campagne.  Com 
me  la  plupart  de  ces  milicien! 
avoient  été  arrêtés  lorfqu'ils  ve- 
noient  porter  les  vivres ,  il  en  dé- 
ferta  au  moins  une  vingtaine  qui 
fedefcendi  rent  avec  les  bateaux 
dont  ils  fe  fervoient  pour  aller  aux 
travaux  qui  fe  faifoient  dehors  de 
risle ,  où  il  ne  fe  trouvoit  ni  ter- 
re, ni  pierre,  ni  bois.  Les  fofles*, 
qui  avoient  S  toifes  de  largeur  « 
n'en  avoient  que  deux  de  profon- 


de  f  Amérique  Septentr.     177 

lîur,  &  étoient    couverts  d'eau.î5îî55" 
'n  fut  obligé  de  former  le  long  i?^^* 
une  partie  de  l'épaulement ,  des 
inquettes  avec  des  coupeaux  de 
tiêne,  tirés  de  l'équarriflagc  des 
eces.  Le  glacis  fut  fait  avec  le  bois 
1;  chauffage  de  M.  Fouchot.Ii  cou« 
oit  un  peu  le  front  qui  étoitex- 
')fé  du  côté  de  l'isle  de  la  Mag- 
(  laine.   On  ramaffa  toute  la  fer- 
tile quife  trouva  dans  les  débris 
Il  fort  de  Frontenac,  &  huitpie- 
is  de  canon  fans  tourillons.  Ils 
i  rent  encadrés  dans  des  affûts  faits 
(    crapauds ,  pour    pouvoir  s'en 
1  vir. 

Dès  l'arrivée  de  M.  Pouchot,' 
tus  les  Sauvages  de  la  Préfenta- 
1  )n  vinrent  le  féliciter  avec  Koua- 
i^eté,  ce  fameux  Sauvage  qui 
;oit  pris  le  polie  de  garde  an- 
joife  en  fautant  par  la  fenêtre. 
'.  fe  faifoit  inftruire  pour  être  bap- 
1é.  Quoiqu'il  nous  ait  affez  biea 

H  y 


178     Mèm.  fur  h  dern.  Guerre 

*5ËËÏfervis  depuis ,  M.  Pouchot  n'a  pu 
1760,  l'engager  à  faire  des  partis  de  guer- 
.  re,  par  motif  de  religion  qui  dé- 
fend de  tuer.    Il  n'entendoit  rier 
à  nos  diftindions. 

Le  30  Mars,  arriva  un  che 
Onoyote,  appelle  Tacoua  Ouenda 
(la  viande  tombe)  ami  des  An 
glois.  Il  demanda  à  parler  en  con 
feil  à  Sategariouaen  M.  Pouchol 
&  lui  dit  :  „  mon  père  ,  je  remei 
5j  de  le  maître  de  la  vie  de  m'a 
53  voir  donné  un  beau  jour  poi 
^3  arriver  ici  en  bonne  fanté ,  afi 
55  que  j'aie  le  plaifir  de  voir  mo 
^5  père ,  &  de  le  trouver  auffi  e 
55  bonne  fanté  :  je  ne  fuis  pas  ei 
^  voyé  ici  par  nos  chefs,  je  r 
^  fuis  venu  que  pour  te  voir. 

yy  Je  me  fuis  toujours  appliqi 
55  à  travailler  aux  bonnes  affaire 
35  J'allois  fouvent  à  Mont-Réal  vo 
55  Onontio  (a)  ,  &  parler  avec  Ii 

(a)  C'eft  le  gouverueur^ 


ie  l* Amérique  Septentr.     179 

^  des  bonnes  affaires.  Lorfque  je*^"^ 
,  retournois  à  ma  cabane,  j'é-  ^7^^* 
,  tois  toutfuant  Se  fatigué.  L'on 
,  m'en  railloit.  Depuis,  j'ai  tou- 
,  jours  refté  tranquille  fur  ma 
,  natte ,  fans  fortir  de  chez  moi. 
,  n  y  a  quelques  jours  que  je  me 
,  fuis  mis  en  route  pour  venir  à 
,  la  chaflc  de  ce  côté-ci.  Nos  chefs 
,  m'ont  dit:  puifque  tu  vas  du 
,  côté  d'Onontio  ,  porte  une  pa- 
,  rôle  de  notre  part  à  nos  gens  de 
:,  la  Préfentation,  &  fi  tu  n'es  pas 
,  rencontré,  tu  iras  voir  Onon- 
,  tio  ia\  Tu  lui  diras  que  nous 
,  avons  été  confulter  Johnfon , 
,  comme  nous  en  avions  préve- 
,  nu  ceux  qui  nous  ont  porté  les 
,  paroles  des  vingt  nations ,  pour 
,  favoir  de  lui  ce  que  nous  au- 


(a)  CétoitM.  Pouchot.  Ils  con- 
bndent  fous  ce  moc  tous  les  com« 
nandans. 

H  € 


î  80  Mêm.  fur  h  dern.  Guerre     || 

*— *— ^  rions  de  mieux  à  faire  pour  tra- 

«7<^P'  »  vailler  aux  bonnes  affaires.  J'ai 

5,  été  moi-même  tenir  ceconfeil; 

5,  nos    chefs    étant   abfents  m'en 

^  avoient  chargé.  Johnfon  médit 

35  qu'il    me  remercioit  de  ce  qi^c 

j3  nous  lui  voulions  bien  faire  part 

^  de  cette  parole  des  nations ,  9c 

g,  qu'il  ne  nous  confeilloit  pas  d'al- 

3j  1er  au  Saut  (  a  )  chez  notre  pe- 

33  re.  Il  ajouta  que  ceux  qui  avoicnl 

3P  été  d'avis  de  lui  rendre  compte 

33  du  meflage,  avoient  bien  par 

^  lé  ,  &  auffi  bien  que  les  ancien; 

^  chefs  qui  parloient  des  bonne 

3^  affaires  ;  mais  qu'il  les  exhortoi 

.ao  d'engager  les  gens  du  Saut,  S 

3  toutes  les    autres   nations    qu 

^  voudroient  tenir  confeil,  de  ve 

%      ^  nir  au  village  des  Onontagues 

«  où  étoit  l'ancien  feu    des    na 


(a)  xMîiRon  Jroquoife  auprès  d 
Mont-RéaL 


de  t Amérique  Septenft.     ijï 

tîoiis  (  a  ) ,  &  où  on  avoit  pris"****^ 
les  tifons  pour  en  allumer   aiU  ^7^Q», 
leurs.    Ce    parti  étoit  le  meil- 
leur. 

„  Il  dit  encore  que  les  Outaouais 
du  détroit  avoient  fait  avertir 
qu'ils  viendront  de  bonne  heure 
en  confeil  chez  les  Sonnontoins» 
&  que  s'ils  s'abfentoient  pour 
defcendre  au  Saut,  ils  trouve- 
roient  leurs  cabanes  vuides.  S'ils 
tenoient  confeil  en  diffirents  en- 
droits ,  on  ne  fauroit  pas  le  ré- 
fultat  des  uns  &  des  autres.  Les 
cinq  nations  font  déterminées  à 
fuivre  le  confeil  de  Johnfon, 
&  d'envoyer  à  la  fonte  des  glaces, 
des  députés  au  Saut  »  pour  in- 
viter leurs  frères  à  fe  rendre 
chez  les  Onontagues  ;  là  on  fe 


(a)  Il  vouloitdéfigner  l'ancienne* 
X  de  la  nation  &  fa  fupéxioxité  [ux 
les  autres. 


1 8  21  Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 
"(SfÊÊSSSB^^  déterminera  fur  ce  qu'ils  au- 
*7ô<^'  3,  ront  de  mieux  à  faire  *'.  On, 
voit  5  par  ce  difcours ,  que  Jolinfonj 
ne  cherchoit  qu'à  détourner  les  cinq 
nations  &  nos  alliés  de  fuivre  Ici 
fentimens  d'amitié  qu'ils  avoieni 
pour  nous ,  &  la  volonté  de  M 
de  Vaudreuil. 

M.  Pouchot  répondit  en  ces  ter 
mes:  ,,  Je  remercie  le  maître  dii 
j,  la  vie  de  t'avoir  amené  ici  eï 
„  bonne  fanté,  &  que  je  le  foi 
yy  auilî,  pour  pouvoir  parler  tran 
yy  quillement  avec  toi  des  bonne  i 
59  affaires.    Je  t'invite  à  bien  dé 
55  boucher  tes  oreilles   pour  en 
55  tendre  ce  que  j'ai  à  te  dire.  J 
55  fuis  étonné  fi  tu  viens  de  la  par, 
yy  des  chefs ,  qu'ils  ne  t'ayent  paj 
,5  au   moins  donné   des  branche | 
55  pour  me  faire  connoître  que  ti 
5j  venois  de    leur  part. 

55   C  cil  donc  a  toi  que  j'adreff, 
^  la  parole.    J-es  nations  qui  onl 


ie  t Amérique  Septentr.     ifî 

fait  palTer  cette  parole  (a)  aux^^^^SSËï 
Iroquois ,  n'avoient  nulle  inten-  i?^^. 
tion  d'avoir  un  confeil  avec  eux, 
où  Johnfon  put  être  pour  quel- 
que chofe.  Vous  favez  qu'il  eft 
l'ennemi  de  votre  père  Unon- 
tio.  En  s'adrcHant  à  vous,  ils 
croyoient  que  vous  voudriez 
encore  être  au  nombre  des  en- 
fans  d'Onontio.  Cette  parole 
avertiffoit  les  cinq  nations  defe 
défier  de  leur  frère  TAnglois  » 
qui  brouilloit  la  terre  ,  &  qu'ils 
invitoient  les  cinq  nations  de 
refter  tranquilles ,  de  ne  fe 
pas  brouiller  avec  leur  père 
Onontio ,  ni  avec  eux  ;  ce  qui 
leur  arriveroit  fùrement,  s'ils 
ne  fe  racommodoicnt  pas  avec 
leur  père  qu'ils  avoient  tué  eom- 


(û)  Ces  paroles  avoient  été  en- 
voyées par  nos  Sauvages  fuivauc  rin- 
:entîuu  de  iM.  de  Vaudrcuil,  qui  les 
i^avoit  détermiués* 


1 8  4  ^^V/.  fur  h  dern.  Guerre 
^SSSêësb^^  me  des  traîtres ,  ainfi  que  leu» 
'7<^o.  ^^  guerriers,  en  lui  ferrant  la  main» 
5,  Cette  parole  vient  des  nations 
3,  du  détroit ,  &  les  commandants 
^  françois  dans  ces  pays  ont  eu 
jp  bien  de  la  peine  a  retenir  tou- 
«  tes  les  nations ,  qui  vouloient 
,3  venir  frapper  fur  vous  :  mais 
,  votre  père  a  encore  le  cœur  ten- 
^  dre  pour  des  enfans  à  qui  la 
55  peur  des  Anglois  a  fait  perdre 
jp  Fefprit  II  les  a  empêchés  de  vous 
^  frapper.  Vous  en  devez  juger 
3»  par  les  paroles  qui  étoient  adret 
ap  fées  aux  Sonnontoins ,  qui,  les 
a>  premiers  ,  ont  brouille  la  terre. 
^  Si  vous  vous  regardez  encore 
3^  comme  enfans  d'Onontio  5  vous 
gj  n'avez  point  de  confeil  à  pren- 
3j  dre  de  votre  frère  Johnfon  ,  qui 
eft  fon  ennemi.  C'eft  un  mau- 
vais chemin  à  prendre  pour  pa- 
cifier la  terre, 
a,  Je  fai&  bien  dans  quelle  fa- 


» 


âë  lA'nicrtque  Septentr.     iSÇ 

vane  (  a  )  vous  ont  jetés  John-55^S 
fon  &  votre  cher  frère  rAnglois.  i?^^* 
Ils  vous  traitent  vous  autres  na- 
tions amies ,  plus  mal  que  leurs 
chiens  &  leurs  nègres.  Vous 
n'avez  pas  la  permiffion  de  cou- 
cher dans  leurs  forts.  On  vous 
:  donne  feulement  un  peu  de  mau- 
j  yaife  boiffon,  &  quand  vous 
êtes  yvres ,  PAnglois  vous  jette 
dehors  de  fa  maiion.  Je  fus  qu'il 
en  a  auffi  fait  pendre  quelques- 
uns  &  caffer  la  tête  à  d'autres. 
Vous  ne  démentirez  pas  cette 
vérité  5  tous  les  enfans  d'Onon- 
;  tio  font  libres  &  tranquilles  dans 
leurs  pays.  Ils  n'ont  que  faire 
d'un  pareil  voifmage. 
„  Pour  moi,  que  vous  avez  nom. 
mé  le  milieu  des  bonnes  affai- 
res ,  quoique  je  me  fufle  appercu 


(a)  Eau  bourbeufe,  ou  prairif^ 


I  s  ^  li^em.  fur  la  dern.  Guerre 

^"^""^^  que  vous  me  trompiez ,  je  vou 
^7^^*  ^  ai  cependant  prévenu  de  ce  qi 
vous  arriveroit,  fi  vous  me  qui 
tiezla  main.  Cet  avertiflemer 
&  tous  les  colliers  que  vous  m 
donniez  pour  ra'aflurer  de  v( 
tre  alFeclion ,  ne  vous  ont  poii 
empêché  de  me  frapper.  Qiio 
que  vous  m'ayiez  tué  (  a  ) ,  voi 
voyez  que  je  fuis  venu  ici  poi 
vous  faire  revenir  l'efprit ,  fi  \ 
le  puis.  Avant  qu'il  foit  deu 
lunes ,  vous  pourriez  bien  voi 
repentir  de  n'avoir  pas  écoui 
un  bon  ami  que  votre  pei 
Onontio  a  toujours  mis  e 
avant  pour  parler  avec  vous  d( 
bonnes  affaires.  Vous  dites  qu 
vous  êtes  des  hommes  qui  n 
dépendez  que  du  maître  de  1 
vie.  Je  fuis  fâché  que  vous  pr( 
niez  toujours   le  plus  mauvai 

(a)  Pris  à  Niagara. 


»> 


de  l'Amérique  Scptenfr.      î87 

Ij  chemin,  qui  vous  fera  perdre''^^^^ 
,  votre  liberté,  bi  vous  vouiez  al-  i?^*^' 
,  1er  voir  vos  frères  du  Saut , 
3  alkz  y  de  votre  propre  niouve- 
j  ment,  comme  des  gens  libres, 
,  &  votre  père  Onontio  vous  re- 
,  cevra  bien.  Si  vous  y  allez  a  la 
,  follicitation  de  votre  frère  PAn- 
,  glois  pour  y  fuggérer  des  mau- 
,  vaifes  aifliires  aux  Sauvages  chré- 
,  tiens  5  vous  n'y  gagnerez  rien  , 
,  parce  que  leur  réfolution  eft 
,  prife.  Vous»  verrez  îi  Mont-Réal 
,  des  Sauvages  de  toutes  les  na- 
,  tions  de  l'Amérique,  qui  font 
,  du  même  fentiment.  Le  François 
)  voit  bien  toutes  vos  menées  ; 
>  mais  il  feint  de  les  ignorer.  Vous 
j  pourrez  en  être  les  dupes.  A 
,  la  fin  les  François  S<:  lesAnglois 
|j  fe  raccomoderont  ;  mais  toutes 
i,  les  nations  amies  d'Onontio,  qui 
,  fauront  tout  le  mal  dont  vous 
I  êtes   caufe ,  ne  vous  laifferont 


188     Mêm.  fur  la  dern.  Guerre 

,,  plus    en    repos ,    &  nous  leu 
^7^^»  „  laiflerons   tous  les  chemins  li 
5,  bres  pour  vous  frapper. 

„  Dis  aux  chefs  des  cinq  m 
^5  tions  que  je  ferai  bien  aife  d 
53  les  voir  ici.  Je  pourrai  leur  dor 
53  ner  une  médecine  qui,  peut-être 
3j  pourra  leur  ouvrir  les  yeux. 

Ce  chef  ajouta  encore  à  iV 
Pouchot,  qu'ayant  demandé,  dar 
ce  même  confeil,  à  Johnfon  de  h 
faire  part  de  quelque  nouvelle 
il  leur  répondit  qu'il  ne  favo 
point  de  nouvelles  pour  le  pn 
fent,  qu'ils  pouvoient  tous  aller 
la  chafle ,  que  lorfque  le  bled  d'Ir 
de  feroit  grand  comme  la  main  Qx) 
ils  n'dvoient  qu'à  le  venir  voir 
alors  il  auroit  des  nouvelles  d 
l'autre  coté  du  grand  lac,  &  qu'] 
leur  diroit  de  fe  préparer  à  mat 
cher  ou  de  relier  tranquilles  ;  qu'i 

(a)  A  la  En  de  Mai 


defAinêriqtie  Septentr.     i8f 

les  avertifToit  qu'en  attendant  ils'ïSSS 
euflent  à  lui  rendre  tout  le  fang  il^o, 
mglois  (a)  qu'ils  avoient  parmi 
îuXj  qu'autrement  ils  s'en  répen- 
:iroient.  En  conféquenee  de  ce  con- 
eii  de  Johnfon ,  les  Goyogoins 
îrent  dire  à  leurs  guerriers  de  ca- 
:her  leurs  haches  jufques  au  mi- 
ieu  de  l'été,  &  envoyèrent  des 
3aroles  aux  autres  villages  pour 
ïn  faire  autant. 

M.  de  Vaudreuil  ayant  recom- 
nandé  à  M.  Pouchot  de  lui  faire 
pafler  le  plus  qu'il  pourroit  de  nou- 
relies  des  ennemis ,  le  premier 
Avril,  il  engagea  un  chef  de  la 
^rérentation,ouChouegatchi,noni* 
mé  Charles ,  un  de  ceux  qui  vin- 
rent en  France  en  17^2  avec  M. 
l'abbé  Piquet,  d'aller  à  Chouegen 
pour  traiter  comme  venant  de  la 
chaiTe.  M.  Pouchot  lui  remit  queî- 

(a)  Les  prifonniers. 


T^o  Menu  fur  la  dern.  Guerre 

g".       ques  pelleteries.  Ce  Sauvage  étoit 
17^®.  un  des  plus  fins,  &  parloit  aflez 
bien  françois.  Le  19,  Charles  fut 
de  retour.     11  rapporta  qu'à   fon 
arrivée  à  Chouegen  on  l'avoit  fait 
débarquer    au  vieux  fort,  où  onj 
lui  avoit  envoyé  un  interprète  pour 
lui  demander  d'où  &  pourquoi  il 
venoit.    11  répondit  qu'il  étoit  de 
Cliouegatchi ,    qu'il  venoit  de  la» 
chaffe,  &vouloit  traiter  quelques, 
pelleteries  avant  de  s'en  retourner 
à  fon  village.  Le  commandant  & 
quelques  officiers  le  vinrent  voin 
Ils  lui  dirent  qu'ils  ne  le  faifoient  pas 
paiTerau  nouveau  fort,  parce  que 
leur  interprète  étoit  malade  ;  mais 
qu'il  pouvoit ,  ainfi  que  fes  cama- 
rades, refter  là  tranquilles,  &  traiter 
ce  qu'ils  voudroient.  Le  comman-» 
dant  leur  dit  qu'il  les  foupçonnoit 
fort  d'être  venus  delà  part  du  Fran- 
çois ,  pour  reconnoitre  leurs  forts. 
Ils    répondirent    qu'ils    n'avoient, 


de  l'Amérique  Septentr.     191 

oint  d'autre  deiïein  que  de  trai-**"*™^ 
;r,  &  que,  fuivant  la  réception  ^7^^i 
u'on  leur  feroit ,  d'autres  fe  pré- 
aroient  d'y  venir,    au  retour  de 
ur  chaflTe  ;  que ,  s'ils  fuffent  venus 
Dur  reconnoître ,  ils  auroient  paf- 

de  l'autre  côté  de  la  rivière ,  & 
iroient  examiné  ce  qu'ils  auroient 
)ulu  voir,  &  après  auroient  fait 
)up  ,  comme  l'automne  dernière. 

Ils  fe  demandèrent  réciproque- 
ent  des  nouvelles.  Les  Ânglois 
iroiiToient  craindre  d'être  inquié- 
s  par  nos  deux  bâtiments  qui 
oient  au  fort  Lévis.  Ils  dirent  a 
barles  que  l'on  devoit  allumer  un 
and  feu  (  a)  à  Lhouegen ,  &. 
le,  quand  toute  l'armée  feroit 
(femblée,  ils  fe  prépareroient  à 
îfcendre  à  Mont-Réal ,  qu'ils  fa- 
nent que  les  François  avoient  un 


(«)  C'eft-à-dire,  tenir  une  gran- 
I  affemblée. 


i$2     Mém.furladern,  Guerre 

S555!^petit  fort  dans  une  isle  ;  mais  qu' 
*7^o.  le   déferoient   en    paffant  coran 
unej  cabane  de  caItor,t&  lenit. 
troient  à  la  dérive  ;   qu'ils  ne  vo  ■ 
loient  pas  ^  s'y  aniufer  à  fe   batti 
Charles  vit  auilî  à  Chouegen  d 
chefs'.Goyogoins,  qui  lui  dirent  :  ]  i 
blancs   doivent   encore   fe  batt: 
une  fois  cette  année  ;  pour  nou 
notre  deffein  eft  d'être  tranquille 
&  de  refter  neutres.  Il  ne  rem; . 
qua  "à  Chouegen  aucune  augme  - 
tation  de  troupes  ni  aucune  co]  • 
trudion  de  bateaux. 

Le  27 ,  il  arriva  au  fort  qu  ' 
ques  Miflîfakes.  M.   Pouchot  ^1 
deftina  à  faire  un  parti.  Ils  annc . 
çoient  d'autres  Sauvages  de  lei 
/    nations.     Kouatageté   fut  bapt 
ce  jour  là.  Charles ,  repréfenta 
M.  de    Vaudreuil,    fut    fon  pc 
rain.  Il  vint  enfuite    au  fort,  a 
compagne  de  tous  les  chefs  &  d 
mes  de  confeil  qui  avoient  aifil 


de  V Amérique  Septentr.     193 

la  cérémonie.    M.   Pouchot  fit  '  ^ 
réfent  au  nouveau  chrétien  d'une  a?^^* 
elle    couverte.     Ils    tinrent    un 
rand    confeil.    Son    objet    étoit 
l'envoyer   une  grande  ambaiïadc 
jx  cinq  nations  pour  faire  déci- 
er  leurs  oncles ,  favoir,  s'ils  veu- 
int  continuer  de  les  regarder  com- 
ité leurs  parents  ou  non  ,  êc  pour 
ur  déclarer  qu'ayant  allumé  un 
u  à   Chouegatchi ,  à  la  follicita* 
on  de   toute    la   nation,  qui  eti 
^oit  demandé  la    permiflîon  aux 
•néraux    François ,  afin  de  pou- 
)ir  être  inftruits  dans  la  religion 
|.rétienne,  &    avoir  un  feu    fur 
j.ir  route   où  ils  puffent  allumée 
jrs  pipes    lorfqu'iis  iroient  voir 
jjr  père  le  François ,  ils  avoieat 
\é,  difoient-ils ,  les  premiers  qui 
Voient  venus  habiter  cet  endroit, 
'  que  depuis  qu'ils  avoient   pris 
i  naoiifance  de  la  religion ,   ils  ne 
^uloient  pas  la  quitter  :  que  pour 

To?ne  IL  I 


194  Mém.fttr  la  dern.  Guerre 

^^^^marque  de  leur  réfolution ,  ils  a 
7^Q'  loient  fetner  leurs  terres  comme 
l'ordinaire,  &  que,  fi    quelqu'u 
venoitles  troubler,  ils  trouveroiei 
des  hommes. 

M.  Pouchot  approuva  leur  xéï^ 
lutioîi  &  leur  fit  lentir  que  lor 
qu'on  leur  infinuoit  de  retou 
ner  chez  les  Onontagues  ,  ilsd 
voient  s'appercevoir  que  les  A 
glois  avoient  ^wv'iQ  de  les  enferm 
dans  le  filet  où  fe  trouvoient  pril 
les  cinq  nations,  qui  avoient  bi 
fujet  de  fe  repentir  par  le  mauv 
traitement  qu'elles  eifuyoient 
Anglois. 

il  réfultoit  du  rapport  de  p^  • 
fleurs  Sauvages  &  des  femmes  c  i 
avoient  rodé  tout  le  fore  de  Choi  • 
gtn,  qu'il  pouvoit  y  avoir  31 
400  Anglois ,  &  que  les  ouvra^  ; 
n'en  étoient  pas  augmentés.  11  ^ 
couroit  un  bruit  que  les  Sauvan 
de  la  Belle  -  Kiviere  avoient  détr  t 


c 


de  PAjnêrlque  Septcntr,     195 

le  fort  de  Fittsbourg  ;  mais  cette"'"""^'^ 
louvelle  le  trouva  fauffe,  i?^^ 

Le  28  ,  il  partit  deux  Sauvages 
Dour  Chouegen  ,  &  M.  Pouchot 
fquipa  cinq  MiffiGd^es  pour  aller  en 
)arti.   Kouatageté  vouloit  détoar- 
ler  M.  'Pouchot  de  les  envoyer,  à 
;aure  de  leur  ambalTade  ,  &  par  la 
aifon    que,  fon  fort  n'étant    pas 
kii,  s'il   provoquoit  iesAnglois, 
ela  les  engageront  à  venir  plutôt 
attaquer.  M.  Pouchot  lui  fit  en- 
:îndrc  que  ces  Sauvages  partant  de 
îur propre  mouvement,   cela  ne 
^garderoit  que    leur    nation  ,  & 
u'il  ne    vouloit  pas    arrêter  des 
iens  de  bonne  volonté. 
I  Le  30,  Kouatageté  &  3  autres 
|aefs  vinrent  avertir  M,  Pouchot 
iju'ilyavoit  dans  leurs  cabanes  au 
;j.  de  la  rivière  trois  Sauvages  en- 
nemis ,  Unontagues,  depuis  deux 
Durs.  Charles  avoit   averti  les  tra- 
lailleurs  dans  cette  partie  de  s'en 

I  z 


i9<?  Mém.fur  la  dern.  Guerre 

!E!5!yË!!E!aîéfier ,  lefquds  n'en  avoient  rien 
17^0.  (jjt/  Ces  Sauvages  les  avoient  trou- 
vés fi  bien  fur  leurs  gardes,  qu'ils 
ii'avoient  pas  eu  occafion  de  frap- 
per. Kouatageté  demanda  la  per- 
miffionde  leur  aller  parler,  il  les  dé- 
termina à  venir  paffer  quelques 
jours  auprès  d'une  tante  qu'ils 
-  avoient  dans  cette  miffion.  L'un 
^  d'eux ,  fils  de  Sononguires ,  eftitiié 
des  Anglois,  étoit  venu^prendre 
l'automne  précédente  trois  travail 
leurs  du  fort.Il  rapporta  que  les  Che 
rakis  avoient  fait  beaucoup  de  ma 
aux  Anglois  du  côté  du  grand  Sa 
bre  (  n;  )  ,  &  plufieurs  autres  détail 
que  nous  ne  rapportons  pas. 


(fz)  Les  Sauvages  defignent  par  1 
la  Virginie  &  la  Caroline ,  où  les  Che 
rakis  avoient  commencé,  dès  Ta 
I7r9»  à  faire  des  incuduins.  M.  Litte' 
ton,  gouvenieurde  cette  dernière  prc 
vince,  n'avoit  pu  réuiîir  à  les  arrête 
Le  coloiieL  Montgommery  marcha  e 


I 


de  VAmémque  Septcntr,     197 
Le  4,   vinrent  deux    iVliffifake&S 


|iTi  annoncèrent  que  les  chefs  de  17^0. 
eur  nation  avoient  envie  de  venir 
'établir  en  deçà  du  lac.  Ils  rap- 
)orterent  que  les  Arglois  avoient 
ait  un  grand  bâtiment  à. Niagara, 
automne  dernière ,  de  18  pièces 
e  canon ,  &  que  ce  printems  ils 
evoient  en  conftruire  un  plus 
rand. 
Le  7  Mai,  arrivèrent  2  Sauva- 
es  de  St.  Régis ,  venant  de  Choue- 
en  où  ils  avoient  rerté  7  jours.  Le 
Dniniandant  leur  avoit  ordonné 
2  tenir  tous  leurs  bateaux  prêts. 

rdo  contr'eiix.  Après  deux  expédi- 
ons infrudueiifes  &  une  perte  de  7 
i  8co  hommes  ,  il  fut  obligé  de  s'en 
tourner.  Les  Chcrakis  profitèrent 
î  fa  retraite  pour  prendre  le  fort 
audon  &  quelques  autres  poftes,  & 
)ur  commettre  de  nouveaux  rava- 
îs.  Ce  ne  fut  qu'au  mois  de  Juillet 
'5i  ,  que  le  colonel  Grant  les  forqa 
demander  la  paix. 

1 3 


198   Mém,  fur  la  dern.  Guerre 

'^^'^^Onoroagon  ,  Onontague  ami  des 
.ï7<^o.  ^nglois^leur  dit  que  Charles  l'ayant 
chargé  de  lui  envoyer  les  nouvel- 
les, ils  lui  annonçaffent  de  fa  part 
que  l'armée  des  iinglois  commen- 
çoit  à  s'affembler  au  fort  btenix, 
que  letâtiment  de  i§  pièces  de 
canon  étoit  arrivé  de  Niagara,  que 
l'autre  devoit  venir  inceffamment, 
qu'alors  Johnfon  tiendroit  un  grand 
confeil  pour  affembler  les  Sauva- 
ges; mais  qu'ils  étoient  réfolus 
peur  cette  fois  de  laiffer  battre  PAiv 
glois  tout  feul. 

Le  9  ,   tous  les  chefs  de  la  Pré- 
fentation   vinrent  trouver  au  fort'- 
M.  Fouchot.   ilyavoit  parmi  eux 
un  nommé  'Saoten  ,  très  -  partifaii  p^ 
des  Anglois,  dont  il  fe  déiioit.  Il  les  H 
reçut  chez  l'interprète,  &  leur  dit 
qu'il  ne  les  recevoit  pas  chez  lui ,  î'i 
parce  qu'il  y  en  avoit  parmi  eux., 
qu'ils  ne  connoiffoient  pas ,  parce 
qu'ils  s'étoient  barbouillé  le  vif^-Ma 


.  de  l'Amérique  Septentr.      199 

e  de  deux  couleurs ,  qu'il  ne  pou-""""™^ 
oit  lavoir  s'ils  étoient  amis  ou  en-  ^7^^' 
émis,  il  ajouta  qu'un  d'eux  avoit 
té  rendre  compte  aux  Anglois  de 
e  qui  fe  pafibit  dans  fon  fort,  & 
voit  mal  parlé  du  François,  ils  de- 
land^rent  qui  ce  pouvoit  être.  11 
?ur  répondit  :  Saoten.  Celui  -  ci 
?pliqua  auîli  -  tôt  qu'il  avoit  déjà 
Titendu  dire  que  l'on  ie  défioit  de 
li,  mais  qu'il  n'avoit  pas  voulu 
artir  pour  Chouegen  fans  fe  jufti- 
sr.  Il  vouloit  qu'on  lui  nommât 
ilui  qui  l'accuibit.  M.  Poucliot 
li  dît  que  c'étoit  des  petits  oi- 
aux  (a).  Alors  ce  Sauvage  tâ- 
la  de  le  jufiifier  &  demanda  per- 
liffion  de  retourner  a  Chouegen. 

craignoit  d'être  arrêté. 

Oratori ,  autre  chef  dont  on  fe 
léfioit ,  arriva  dans  ce  tems  -  là  de 

(a)  Terme  qui  exprime  les  bruits 
ui  courent. 

I  4 


200  JUém.ftir  la  dern.  Guerre 

''^"""'C hou egen.   11   affura   qu'Onoroa. 

i76o.  gçy^  ^|-QJt  venu  le  trouver  pour  lu 
dire  que  Jobnfon  étoit  prêt  à  par 
tir  pour  convoquer  les  cinq  na 
tions ,  qu'elles  craignoient  que  le: 
Outaouais  du  détroit  ne  vinffen 
frapper  fur  elles  du  côté  de  JNia 
gara ,  ce  qui  les  engageroit  à  re( 
ter  fur  leurs  nattes.  Le  i  o,  M.  Pou 
chot  affilia  pour  M.  de  Vaudreui 
au  mariage  de  Kouacageté  ,  &  lu 
fit  des  préfents  de  la  part  de  ce  gé 
îiéral. 

le  14,  un  Miffifake  venan 
de  Chouegen  dit  qu'on  y  atten 
doit  l'armée  angloife  qui-  devoi 
être  plus  forte  qu'elle  n'avoit  ja 
mais  été.  Onoroagon  l'avoit  char 
gé  de  dire  à  fes  frères  de  la  Préfen 
tation  de  ne  point  femer ,  parci 
que  les  A nglois  dévoient  tout  dé 
truire  ,  Se  que  ceux  qui  ne  vou- 
droient  pas  mourir  dévoient  fe  ran- 
ger  à  Toniata ,  isle  au  deffus  di 


de  l'Amérique  Septentr.     201 

fort  Lévis.  L'intention  des  An-- 
glois  félon  lui ,  n'étoit  pas  de  s'ar-*^?*^^' 
rêter  long  -  tems  au  fort  Eévis.  Ils 
faiibient  des  radeaux  qui  porte- 
roient  de  l'artillerie  &  s'approche- 
roient  des  deux  côtés  pour  battre 
L;e  fort,  tandis  qu'avec  leurs  ber- 
ges ils  aborderoient  de  toute  part 
pour  Penlever.  Le  i6',  qH  arrivé 
le  parti  de  5  Miilîiakes  avec  3 
:bldats  de  Hoyal-  Américain,  qu'ils 
ijvoient  pris  auprès  du  petit  rapide 
i3e  Chouegen  à  la  pêche  ,  fans  que 
'.'on  s'en  fût  apperçu  du  fort.  M. 
;Pouchot  envoya  la  dépolition  des 
lorifonniers  à  M.  le  Général.  Ils 
rapportoient  qu'il  y  avait  500.0 
uiommesà  Chouegen. 

Le  18,  M.  Vouchot  tint  im 
grand  confeil  avec  les  chefs  &  da- 
Qies  de  Chouegatchi ,  pour  y  faire 
revenir  les  familles  qui  s'étoient 
établies  à  Toniata.  Il  leur  dit  : 
,5  Votre   père  Onontio  m'a   en- 


^oz     Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

^^^^53  voyé  ici  pour  vous  garder  l 
^7^^'  55  travailler  aux  bonnes  affaire 
33  avec  vous  ;  mais  j'ai  de  la  pein 
„  à  diiiinguer  les  enfants  d'Onoi 
55  tio  de  ceux  qui  ne  l'aiment  pa 
35  J'ai  détaché  quelques-uns  c 
55  vos  gens  choilîs  à  Chouegen 
55  pour  avoir  des  nouvelles.  Voi 
55  avez  député  auprès  des  cinq  n; 
35  tions ,  pour  favoir  fi  elles  voi 
35  rejetoient  :  cependant  je  vo 
5,  avec  peine  que  l'on  ne  foiK 
35  qu'à  aller  à  Chouegen  pour  che 
55  cher  de  l'eau  -  de  -  vie  ;  ce  q; 
„  vous  occupe  fi  fort  que  vous  i 
35  penfez  pas  feulement  que  voi 
^5  êtes  en  guerre  avec  l'Angloi 
35  J'en  fais  cinq  qui  font  à  T( 
33  niata  avec  pavillon  angloi; 
35  planté  ,  fans  doute  ,  pour  y  êti 
53  plus  en  fureté.  Ils  y  font  cont 
33  nuelîement  yvres  ,  Se  lorfqi 
55  mon  parti  de  Miffifakes  y  a  paff 
5^  ils  ont  voulu  ks  engager  à  r; 


-  de  l'Amérique  Sepfentr.     203 

mener  leurs  prifonniers  a  Choue-^===^^ 
gen ,  en  leur  difant  que  l'on  leur  ^  7^o- 
y  donneroit    de    l'eau- de- vie 
autant  qu'ils  voudroient  ". 
ils  délibérèrent  d'envoyer  éltm- 
Ire  tous  ces  feux  &  même  ceux  de 
a  Préfentation  ,  &  de  les  faire  tous 
entrer  après  les  femaillesdans  l'is- 
(3  Piquet  où   cette  miffion  s'étoit 
tablie.    Ils   arrêtèrent  que    ceux 
ui  ne   voudroient  pas  venir,  on 
:3ur  laifferoit  faire  leur  volonté  , 
hais  qu'ils  ne  feroient  plus  regar- 
és comme  étant  de  leur   village. 
Un  nommé  Sans -Souci,    iro- 
■  uois  de  cette  miffion  ,  qui  venoit 
j  e  Chouegen  ,    ne  voulut  point  pa- 
oître  à  ce  confeil.  Il  vint  fur  le 
Dir  trt)uver  M.  Pouchot   qui  s'a- 
iîufoit  à  vifiter  le  fort.  La  garde  le 
ji  amena.   M.  Pouchot  lui  repro- 
ha  d'avoir  été  à    Chouegen  fans 
avertir,  d'y   avoir  mal  parlé  des 
i^rançois5&  d'avoir  voulu  détour» 

1   6 


ao4  Mmufitr  la  dern.  Guerre 

ï?^5~?ner    leurs    partis.  Il  nia  tout,  & 
î7^o.  ajouta  qu'on  pouvoit  feulement  lu 
reprocher  ce  qu'on  l'accufoit  d'à 
voir  dit ,  qu'il    étoit  fon   maître 
qu'il  n'y  avoit  que  fon  cœur  qu 
favoit  feul  pour  qui  il  tenoit ,  qu'ei 
parlant  familièrement  avec  le  com 
mandant  de    chouegen,  celui- 
lui  avoit  dit:   "  tft-il  vrai  que 
55  commandant  de  Niagara  foit 
^  Urakointon  ?  Il  veut  donc  moi 
35  rir  comme  l'année  dernière , 
33  pour  cette  fois  il  mourra  av( 
3,  tous  les  Sauvages  qui  fe  troi 
33  vent  avec  lui.   Dans  fix  joun 
^3  l'autre  bâtiment  qui  eft  à  Niag 
35  ra  doit  arriver,  &  nouspartiroi 
^3  tout  de  fuite.  Notre  armée  fe 
^  d'une  douzaine   de  mille  lion 
^  mes ,  &  nous  irons  d'abord  noi 
3p  établir  à  la  Préfentation.  Apr 
3P  ravoir  entourée  de  nos  bâtimei 
33,  &  de  nos  berges ,  nous  battroj 
,  fon  forts  en  tournant  toutes 


de  l Amérique  Scptentr,     20  f 

,5  terres  Se  les  isles  qui  font  au-^^^^^^'^^ 
,5  tour,  &  nous  tiendrons  fer-  i?^<^' 
^  me.  Enfuite  nous  defcendrons  à 
„  Mont- Real  ".  Sans-Souci  rap- 
porta auflî  qu'il  y  avoit  plus  de 
200  bateaux  arrivés  autour  du 
^rand  bâtiment,  il  demanda  à  M, 
Pouchot  pourquoi  il  n'avpit  pas 
encore  mis  fes  canons  fur  les  rem- 
parts. 11  lui  répondit  qu'il  n'en 
nanquoit  pas,  comme  il  pouvoit  le 
i^oir,  mais  qu'il  ne  les  mettroit  en 
place  que  loïfquMl  fe  battroit  avec 
lesAnglois,  parce  qu'il  né  vouloit 
pas  qu'il  fut  leur  dire  combien  il 
en  avoit  &  où  ils  étoient  placés. 

Le  19,  M.  Fouchot  forma  un 
parti  de  14  Sauvages.  Les  émîf- 
iaires  des  Sauvages  annoncèrent  à 
l'isle  de  Toniata  le  retour  de  leurs 
gens  qui  s'y  étoient  établis ,  & 
qu'ils  avoient  rendu  le  drapeau  an- 
glois.  Un  d'eux,  venant  de  Choue- 
gen,  dit  que  c'étoit  le  gouverneur 


20^     .Mêm.furla  dern.  Guerre     I 

"^^^^du  grand  Sabre   (rx)  qui   devoU 
i  7^0.  commander  l'armée.  , 

Le  2j  5  la  Broquerie,  qui  devoit 
commander  la  barque  VOutaouaif$ 
arriva.  Le  30,  Oratori  venant  d^ 
Toniata,  dit  à  M.  Pouchot  que 
,  Sans-houci  étoit  retourné  à  Choue» 
gen  5  qu'il  étoit  payé  par  les  An* 
gloi?  pour  venir  au  fort,  favoir  ce 
qui  s'y  paffbit.  11  annonça  auffi 
qu'un  parti  iroquois  devoit  venir 
dans  huit  jours  par  la  rivière  du 
lud  ,  ne  voulant  pas  joindre  leuri 
canots ,  parce  que  Sans  -  Souci  deî- 
voit  avertir  les  ilnglois  qu'iU* 
étoient  dehors.  Ils  comptoient  frapii 
per  au  lac  des  Onoyotes.  Le  mê- 
me jour  un  bauvage  venant  dt 
Chou egen  ,  dit  que  le  comman- 
dant vouloit  engager  les  Ononta- 
gues  à  faire  un  parti  en  repréfait- 


(«)  Le  général  Amherftj  gouver^ 
meur  de  la  Virginie» 


de  P  Amérique  Sept  eut  F,     207 

[es;  mais  qu'ils  l'avoient  refufé, 
5ue  fi  ceux  de  Chouegatchi  frap-  i7<^^' 
poient,  ils  enleveroieiic  un  delà 
bande  de  l'Ours  pour  frapper  à  St. 
Kégis.  Sans-Souci  avoit  averti  les 
fenglois  du  parti  de  nos  Sauvage» 
qui  étoit  dehors. 

Le  1 3 ,  Kouatagcté  arriva  de  la 
Préfentation  ,  amenant  à  la  remor- 
que deux  canots  d'écoice ,  qu'il 
îvoit  pris  à  un  parti  de  huit  Sau- 
vages ,  •&  un  Anglois  qui  venoit 
pour  frapper  autour  du  fort,  il  fe 
:rouvoit  feul  avec  des  femmes  dans 
(on  canot,  ayant  mis  à  terre  au 
deiTus  du  rapide  de  la  rivière  de 
Chouegatchi.  Il  rencontra  ce  parti 
&  entra  en  converfition  avec  eux 
en  leur  difant:  "  le  maître  de  la 
„  vie  m'a  envoyé  un  bon  rêve 
„  pour  vous  &  pour  moi;  puif- 
35  que  je  vous  ai  rencontrés ,  je  fuis 
53  bien  ai  fe  de  vous  dire  que  voug 
,3  êtes  tous  morts,  fi  vous  ne  yom 


20 8     MênLpiir  la  dern.  Guerre 

ï'^^^^^j,  retirez  au  pius  vite.  Vous  croyez 
^7^^-  „  d'être  bien  loin  ;  vous  êtes  dans 
55  les  poites  des  François  ,  Se  vous 
j3  êtes  découverts  ;  ainfi  je  vous 
53  confeilie  de  vous  retirer  au  plus 
^  vite". 

Les  Sauvages  lui  répondirent: 
53  nous  voyons  bien  que  nous 
55  avions  fait  un  mauvais  rêve  ; 
55  piiiique  nous  fommes  décou- 
53  verts ,  nous  profiterons  de  ton 
55  avis  :  mais  auparavant  dis  -  nous 
55  qui  tu  es ,  donne  nous  des  nou- 
55  velles ,  Se  nous  te  conterons  ce 
3.5  que  nous  favons  ".  Celui-ci  ré- 
pondît  :  je  fuis  Kouatageté.  Ils 
lui  demandèrent  s'il  y  avoit  beau- 
coup d'Outaouais.  Il  répondit 
qu'il  y  en  avoit  quelques-uns; 
mais  qu'il  en  étoit  beaucoup  def- 
cendu  à  Mont- Réai  parla  gran- 
de rivicre;  que  le  fort  étoit  fini, 
.  &  que  le  commandant  n'atten- 
dait plus  que  les    Anglais  pour 


de  t  Amérique  Septentr,     209 

b  battre  avec  eux.  Ils  lui  de-^^'^^ 
nanderent  s'il  étoit  vrai  que  les  ^7^^' 
i-rançois  n'avoient  pas  pu  repreii- 
jre  Qiiébec.  il  répondit  que  oui. 
Ils  lui  dirent  à  leur  tour  que 
'Anglois  qui  étoit  avec  eux  avoit 
ait  trois  ans  la  guerre  fur  le  grand 
ac  contre  Onontio  (  a  )  ,  qu'il 
eur  avoit  pris  2  >  vaiiTeaux ,  qu'O- 
lontio  n'en  avoit  plus ,  que  dès 
[U'il  en  fortoit  un,  ils  le  repre- 
loient  ;  que  les  François  avoient 
té  dans  le  pays  où  étoit  le  roi  d'An- 
;leterre ,  qu'ils  avoient  marché  de- 
ians  une  fois  (/?)  ,  mais  qu'ils 
'en  étoient  retournés  ,  &  qu'ils 
liibient  toujours  au  roi  d'Angle- 
erre  de  prendre  garde  à  lui ,  qu'ils 
.lloient  le   tuer  ;  mais  qu'ils  n'a- 


(a)  Le  roi  de  France. 

(b)  La  defcente  en  Irlande  par  le 
îapitaine  Thurot, 


210  Mêm,  fur  la  dem.  Guerre 

^""""""^voicht  pas  encore  marché  (  a  ) 
1760.  que  pour  eux  ils  attendoient  qm 
leurs  vaiiïeaux  montaffencde  Que 
bec ,  &  qu'après  ccia  l'armée  qu 
s'affembloit  à  St.  Frédéric  ,  &cell( 
de  Chouegen  marcheroient  fam 
s'arrêter  au  fort  Orakointon.  Il 
ajoutèrent  que  les  Anglois  n'at 
tendoient  que  leur  retour  pour  fai 
re  venir  leur  armée  au  fort  Stenix 
que  Bradftréet  étoit  chargé  de  fain 
venir  les  canons  d'Orange.  Ils  lui  di 
rent  auffi  qu'un  de  leur  parti  étoi 
allé  du  côté  de  St.  Régis ,  qu'ils  er 
avoient  un  autre  d'Onontagues  de 
hors  3  quiavoit  rencontré  les  fem 
d'un  de  nos  partis  (  i  ).  M.  Pou- 
chot  jugea  que  ce  pouvoit  êtr( 
Thibaut,  capitaine  de  Rengers  et 
coureurs  de  bois ,  ou   un  ofBciei 


{a)  C'ctoit  le  projet  de  defcente 
tn   Angleterre. 

{h)  L'étoit  treize  Abenakis. 


\ 


de  l'Amérique  Septenfr,     air 

!e  marine  qui  vouloit  reconnoitre^^^^^  - 
î  rivière  par  luûméaie.  lis  avoient  ^7^'^» 
^illé  pour  garder  leur  chaudière 
lU  dépôt,  deux  Sauvages  &  un 
inglois.  Le  ciief  du  parti  appelle 
\ Ecifreinl  lioKge  ^  étoit  fils  du  Cpl- 
ier-Pendu,  les  autres  etoieiit  Son- 
ontoins,  Agniers ,  Onontagues,  & 
rois  MiOiiakes  que  les  Aiiglois 
voient  arrêtés  &  envoyés  à  jolia- 

Le  4,  quatre  chefs  Miffifakes 
inrent  au  fort  ;  ils  denianderene 
e  tenir  conieii  devant  l'orateur 
e  la  i'réfentaMon.  lis  préfenterent 
uatre  branches  de  porcelaine.  Far 
i  première,  ils  dirent  a  M.  Pouchot: 
.  depuis  que   nous   avons  perdu 

notre  père  à  Niagara,  nous  foni- 
,  mes  devenus  tous  comme  hébc- 
,  tés.  Nous  ne  lavons  où  donner 
,  delà  tète  ,  &  nous  n'avons  plus 
,  d'eiprit.  i^'ous  entendons  toute 
)  forte  de  raifonnemsns ,  fans  ia-^ 


2J2     Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

voir  à  quoi  nous  fixer.  Enfin 
nous  qui  te  parlons ,  nous  noi 
fommes  fouvenus  de  notre  par 
qui  avoit  pitié  de  nous  ;  noi 
n'avons  plus  rien  écouté,  &  noi 
ne  nous  fommes  point  emba 
railés  qu'il  y  eût  des  arbres  rei 
verfés  fur  la  route  (  a  )  qui  mi 
noit  chez  notre  Père,  &  noi 
fommes  venus  voir  ce  qu' 
penfe  ". 

Far  la  i«.  "  Mon  pere^nous  foit 
mes  dignes  de  pitié.  Mous  n'î 
vons  plus  de  munitions  ni  d 
quoi  nous  couvrir,  depuis  qu 
nous  t'avons  perdu.  Nous  efpe^ 
rons  que  tu  auras  pitié  de  nouî 
Nos  gens  font  tous  morts  C€ 
hyver.  La  faim  nous  en  a  fai 


53  manger  une  dixaine  cet  hyver 


33 


(  du  côté  du  lac  Huron  ).  Nou 


(a)  Les  difficulté^  &  lesembarrai 
de  cette  route^ 


de  r Amérique  Sepfenfr.     213 

;  con:ptons  que  tu  auras  pitié  de""""^ 
jnous".  ^7^0, 

I  Paria  3^  "  Mon  père,  nous  te 
.|  prions  de  nous   exaucer.    Nous 
,'  fonimes  dignes  de  pitié.  Nous 
demandons  de  pouvoir  nous  rap- 
proclier  de  toi,  afin  que    nous 
I  puifTions  entendre  tes  volontés , 
&  que  tu  nous  difes  ce  qu'il  fau- 
dra faire ,    &  ce  que  nous  de- 
vons devenir.   Nous  avons  en- 
vie   d'allumer  notre  feu  de   ce 
côté  ". 

Parla  4«.  "  Mon  père,  nous  avons 
à  parler  aux  Iroquois  de  Choue- 
gatchi.  Nous  fommes  bien  aifes 
que  tu  entendes  ce  que  nous 
avons  à  leur  dire ,  pour  que  nous 
puiffions  nous  unir  de  feati- 
ment  ". 

Par  un  collier  à  l'orateur  de  la 

réfentation,   ils   dirent  :   "  Mon 

i  frère,  nous  fommes  dignes  de  pi- 

!  tié.  Tu  nous  vois  ici   bien  ré- 


#: 


214     Mém,  fur  la  dern.  Guerre 

55H!Jlii,,  doits  à  peu  de  monde  ponrfi 

^7^^'  35  re  un  village;  mais  il  tu    no; 

„  écoute ,   il  pourra  devenir  bi< 

„  grand.   Notre  fort  eft  malhe 

55  reux  depuis^que  nous  avons  pç 

55  du  notre  père.    Nous    lomm 

55  comme   fous,    nous  ne   favo 

55   qui  croire.  Nous  entendons  to 

55  tes  fortes  de    mauvais    oifeai 

55  (a)  qui   nous  parlent  de  choï 

55   &  d'autres.   Nous    ne  favons 

35  qui  ajouter  foi  &   à   quoi  no 

55   réfoudre.     Quand    nous  fero 

'3,  avec  vous,  nous  écouterons  e 

5j  femble  notre  père ,  &  nous  no 

35  tiendrons  par  la  main.  Nous  fa^ 

33  rons  ce  qu'il  faudra  faire,&  noi 

35  prendrons  de  bons  confcils  ". 

Far  plufieurs  branches  ,  ils  coi 

tinuerent  :  "  Nous  te  demandoi 

55  que  tu  nous   accordes  un    ei 

«5  droit  où  nous  puiffions  allum( 

(a)  Bruits  publics. 


de  V Amérique  Septcntr.     2  ï  Ç 

notre   feu,  où    nous    piiiffions*^^'^^ 
chaiTer  &  pêcher   pour  nourrir  i?^^- 
nos  familles ,  &  entendre  enfem- 
ble  notre  père. 

L'orateur  fe  chargea  de  faire 
urs  demandes  en  plein  confeii, 
:  de  leur  rendre  réponie  le  len- 
2main. 

Ils  dirent  à  M.  Pouchot  qu'ils 
oient  venus  de  la  part  du  petit 
lef  du  fond  du  lac  (  a  )  ,  qui  les 
roit  envoyés  pour  favoir  fa  façon 
i  penfer  fur  leur  compte  ,  &  que 
.r  ce  qu'il  leur  répondroit ,  il  fe 
îtermineroit  à  le  venir  voir.  11 
li  dit  que,  l'automne  dernière,  il 
^oit  été  chargé  par  Peminol  C  /?  ) 
i  porter  dans  les  nations  à'^n  haut 
s  colliers  qui  lui  avoient  été  re- 
lis par  M.   de  Vaudreuil  ;   mais 


(a)  Les  Anglois  le  nommeroieut 

roi. 

(è)  Un  chef  très-affidé. 


Zi6  Mêm,  fur  h  dern.  Guerre 

" "'qu'ils  n'avoient   point  fait  de  r^ 

17 6Q.  ponie,  parce  qu'ils  étoieiit  corn 
me  fous  &  tous  difperfés ,  qu'il 
niouroient  tous  par  la  grande  quar 
tité  d'eau  -  de  -  vie  que  leur  avoiec 
envoyée  les  Anglois.  11  ajouta  qu 
lui  -  même  les  avoit  attendus  pli 
d'un  mois  dans  le  haut  de  la  riviei 
de  Machidache  (  a  )  fans  en  vo 
paroître  aucun ,  qu'il  les  croyo 
tous  morts.  Au  relie  ,  il  ne  \\ 
cachoit  pas  qu'il  y  en  avoit  pli 
fieurs  à  qui  les  Anglois  avoient  gi 
té  l'efpritj  &  qui  travailloient  au 
mauvaifes  affaires.  11  lui  avov 
qu'il  avoit  été  l'automne  dernier 
à  Niagara,  &  qu'ils  dirent  au  coiï 
mandant  :  "  mon  frère ,  car  j'ai  él 
j,  obligé  de  Tappeller  comme  c( 
j,  la ,  nous  venons  ici  fa  voir  c 
j3  que  tu  penfes  fur  notre  comJPtt 


(a)  Endroit  des  plus  habités  d 
cette  natioa. 


de  r Amérique  Septentr.     217 

Tu  as  pris  la  terre  de  notre  pere,"""""^ 
où  nous  trouvions  tous  nos  be-  17^^' 
foins.  Nous  voulons  favoir  com- 
ment tu  nous   traiteras.     Nous 
n'avons  plus  de  munitions ,  ni 
de  quoi  nous  couvrir  ". 
Le    commandant    anglois  leur 
épondit  en  leur  jetant  une  bran- 
iae  de  porcelaine    qu'ils    e'toient 
ïctés  à^nz  point  ramaiTer  :  '*  vous 
ne  devez  plus  regarder  d'un  au- 
tre  côté.    Vous    trouverez    ici 
tous  vos  befoins  ;  mais  pour  le 
préfent,  nous  n'avons  rien.  Au 
printems  nous  ferons  fournis  de 
tout"  ;  &  il  les  renvoya  en  leur 
oniiant  une  livre  de   poudre    & 
uelques  balles.  Ils    retournèrent 
i  printems  à  Niagara,  pour  favoir 
sffet  de  fes  promelTes.  Le  com- 
landaot  leur  répondit  qu'il  n'a- 
oit  point  encore  reçu  des  niar- 
iiandifes  ;  mais  que  s'ils  vouloient 
e Teau  -  de  -  vie ,  il  en  avoit  beau- 
Toim  IL  K 


s  1 8  Mem.  fur  la  dern.  Guerre 

""'""""'coup.  11  finit  par  leur  en  donner  1 
J76C.  valeur  d'une  petite  chaudière  qu'il 
avalèrent  fur  les  lieux,  n'y  enayar 
pas  affez  pour  l'emporter. 

Ils  nous  apprirent  que  le  bât 
ment  que  l'on  conftruifoit  à  Ni; 
gara  avoit  i  3  braffes  de  longueui 
&  que  les  Sauteurs    de    Michil 
makinac  avoient  été  à  Niagara  po 
voir  comment  on    ks   traiteroi 
mais  qu'ils  s'en  étoient  retourn 
fort  mécontents ,  le  commanda 
leur  ayant  feulement    permis 
traiter  leurs  marchandifes.  Ils  i 
rent  auffi   que  toutes  les    natio 
autour  des  lacs  avoient  fait  une  • 
liance  enfemble    (  a  )  ,   qu'il  r 
avoit    que  les   MiŒfakes    qui  i' 
étoient  pas  encore  entrés,  &  qu'  l 
grand   chef   Iroquois    étoit   ve  1 
porter  des  paroles  au  petit  chef,  : 
l'engager  à  venir  en  confeil  ch: 

»  — ' '         • 

(  a  )  Sous  le  chef  Pondiac. 


de  l'Amérique  Sepfentr,     2T9 

les  cinq  nations ,  pour  trouver— 
moyen  de  rendre  la  terre  tranquil-  i/^o. 
le.  Ce  chef  i'avoit  refufé  ,  lui  di'» 
fant  que  s'ils  avoient  quelque  con- 
feil  à  tenir ,  ils  vinGTent  eux-mêmes 
le  trouver,  &  qu'il  les  écouteroit. 
Après  que  cela  a  voit  été  fort  débat- 
tu ,  riroquois  s'étoit  déterminé  à 
venir  le  trouver,  ils  fe  réfervoient 
d'inftruire  fur  i'objet  &  le  résultat 
de  cette  aiTemblée,  le  petit  chef. 
Le  parti  d'iroquois  parti  pour  le 
ac  des  Onoyotes  fut  rencontré 
oar  un  autre  d'Onontagues.  ils 
:onviarent  de  s'en  retourner. 

Le  6",  Torateur  vint  accompa- 
gné des  chefs  &  dames  du  confeil. 
Is  dirQnt  à  M.  Pouchot  qu'ils  ve- 
icient  rendre  réponfe  aux  Miflî- 
akes  devant  lui.  Il  portoit  des 
)ranches  (a)  8c  un  beau   collier 


(a)  Les  branches  font  toujours  les 
iréambules  des  confeil  s. 

K  % 


220  3Iem,SurIa  de  m.  Guerre 

-  "^de  cinq  niiiliers  de  porcelaine. 
1750.  Par  la  première  branche  il  dit: 
53  mes  frères ,  je  remercie  le  maître 
55  de  la  vie  qui  nous  donne  un 
33  beau  jour  pour  vous  voir  er 
33  bonne  fan  té  &  que  vous  m') 
33  trouviez  au ffi". 

Par  la  2/.  branche  :  "  je  vous  dé 
„  bouche  les  oreilles ,  pour    qu 
-  33  vous  entendiez  bien  ce  que  nou 
3,   avons  à  dire  ". 

Parla  3^  branche:"  celle -( 
33  eft  pour  vous  vuider  l'ePcoma 
33  de  cette  mauvaife  bile  qui  dor 
33  ne  l'humeur  noire,  afin  que  voi 
35  m'écoutiez  tranquillement 
33  avec  plaifir  ". 

Par  cette  4^.  "  je  couvre  la  mo 
53  de  tous  vos  guerriers ,  puifqi 
53  nous  fommcs  dans  un  tems  c 
jj  toutes  nos  nattes  fontenfemble 

&  pour  que  vous  nous  puiilîcî 

après  avoir   quitté  votre   deui 

écouter  avec  gayeté  <&  conte 

tement  ". 


de  l'Amérique  Septentr»     221 
Par  le  collier:  "  mes  frères,  nous" 


avons  bien  écouté  votre  parole,  17^^* 
nous  fommes  bien  charmés  que 
vous  n'ayiez  point  prêté  l'oreille 
aux  mauvais  oifeaux.  Se  que 
vous  ayiez  écouté  la  vieille  qui 
vous  rappelloit  d'avoir  recours 
„  à  votre  père.  C'eft  avoir  de  l'et 
„  prit  comme  nos  anciens  qui  ne 
„  font  plus  fur  la  terre ,  &  qui  ne 
,3  fongeoient  qu'à  travailler  aux 
,3  bonnes  affaires.  Kous  avons 
,3  grand  pîaifir  de  vous  voir  dans 
53  ces  fentimens  ;  mais  nous  vous 
,3  prions  de  nous  parler  du  cœur, 
,3  non  pas  des  lèvres.  Dans  ce  cas 
,3  vous  pouvez  venir,  &  promp- 
tement.  Nous  vous  invitons  de 
venir  bien  vite ,  pour  ne  faire 
qu'un  même  feu  avec  nous,  & 
ici  vous  écouterez  la  parole  de 
,3  notre  père  ,  comme  nous  qui 
„  voulons  mourir  avec  lui.  Nous 
„  habitons  des  isles  où  vous  trou- 
K  â 


22  2     31êm.  fu)  '  la  dent.  Guerre 

—^ 53  verez  de  quoi  manger  dans  l'eau 

^7^0.  ^^  ^  daj-is  les  bois.  Au  furplus,  no- 
55  tre  père  vous  fournira  les  moyens 
35  de  iatisfaire  à  tous  vos  beibins.  " 
C'eft  la  fubftance  du  difcours  de 
l'orateur,  qui  fut  long.  11  étoit  fa^ 
meux  parmi  eux.  11  remit  auffi  des 
branches  de  la  part  du  miffionnaire, 
pour  les  engager  à  venir  écouter 
les  paroles  du  maître  de  la    vie. 

Les  Miffifakes  répondirent  : 
**  nous  vous  remercions ,  mes  fre- 
^  res.  Nous  ne  vous  avions  en- 
^5  core  jamais  entendu  parler  corn* 
^  me  cela.  Nous  ne  vous  con- 
^y  noiffions  pas.  Nous  vous  renier- 
^  cions  bien  d'avoir  eu  pitié  dei* 
35  nous,  &  de  ce  que  vous  ne  vou-' 
55  lez  avoir  qu'un  même  plat  &i 
,3  une  même  mikoine  (a)  avec 
3,  nous.  Je  pars  tout  joyeux  de  CQt 
3,  que  vous  nous  avez  écouté,  &î 


(a)  Une  cuiliier. 


de  l'Amérique  Septentr,     225 

je  vais  porter  vos  paroles  à  notre*^^^ 
chef,  &  fi  le  maître  de  la    vie  ^1^^' 
l'aconfervé,  dans   peu  vous  le 
verrez  ici  ". 

L'orateur  le  remercia  &  lui  dit  : 
je  fuis  enchanté  que  vous  vous 
foyez    fervi    de  Texpreffion  de 
n'avoir  qu'un  même  plat  &  une 
même    mikoine.  Cela    me  rap- 
pelle les  propres  paroles  de  nos 
anciens.  Unontio  avoit  engagé, 
par  cette  expreffion  ,  les   mem- 
bres de  toutes  les   nations   à  fe 
regarder  comme  frères  &   com- 
me fes   enfans  ". 
M.  Pouchot  remit  aufîî  un  col- 
?r  pour  le  petit  chef,  l'aflurant  de 
s  bonnes  intentions  pour   lui ,  & 
li  fit  aiTurer  qu'il  le  reverroit  avec 
laifir ,  un  père  étant  toujours  flat- 
de  voir  raffembler  fa  famille,  & 
Lie,  pourvu   qu'il  parlât  de  cœur  , 
le  traiteroit  bien. 
Le  9  5   bonnonguires  arriva  de 

K4 


224     Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

^^=S^  Chouegen.  Il  annonça  qu'il  y  ét^il 
17^0.  arrivé  deux  régimens.  Un  Uno 
te  rapporta  que  les  cinq  nations  de 
voient  venir  i  n  ce  lia  mm  en  t  à  Choue 
gen ,  &  que  de  là  elles  fe  répan 
droient  tout  le  long  de  la  rivier 
de  la  Préientation  ,  pour  couper  1 
communication  avec  Mont-  Réa 
11  prétendit  que  les  François  avoiei: 
aiïiiré  qu'ils  marclieroient  dan 
deux  mois  pour  ravager  le  pay 
des  cinq  nations  ;  que  puifque  nou 
n'y  étions  pas  allés ,  elles  voi 
loient  venir  elles  -  mêmes  ;  que  c 
ii'ctoit  plus  Onontio;  qu'autrt 
fois  quand  on  parloit  de  lui,  toi 
tes  les  nations  en  avoient  peur 
mais  qu'à  préient  il  n'y  avoit  plu 
"de  valeur  de  le  frapper  ;  qu'autre 
fois  on  faiibit  coup  chez  elles 
tandis  qu'il  ne  fe  levoit  qu'une  foi 
pour  frapper;  mais  qu'à  préfeii 
c'étoit  à  leur  tour.  11  dit  enfuit 
que   les  Anglois  avoient  plus  d 


de  l'Amérique  Septentr.     22  f 
ois  mille  bateaux  à  Korlac,  qu'ils- 


ifoient  aduellement  le  portage  du  i  T'^^^* 
c  des  Onoyotes  avec  de  grands 
iteacx. 

Le  1  2  ,  M.  Pouchot  tint  con- 
il  avec  les  .Sauvages  de  laPréfen- 
jtion.  il  leur  reprocha  qu'il  voyoit 
l^ec  peine  que  la  plupart  d'eux 
ptoient  laiiré  gâter  le  cœur  avec 
!  mauvais  rum  des  Anglois  ;  que 
iUrs  jambes  étoient  engourdies  , 
îifqu'ils  ne  s'amufoient  à  Choue- 
în  qu'à  parler  de  mauvaifes  nou- 
';lies ,  comme  des  vieilles ,  au  lieu 
amener  quelques  lettres  vivantes 
r  lefquelles  il  put  compter. 

Les  Sauvages  réfolurententr'eux 
'envoyer  Kouatageté,  Oiatori  & 
iautres,enambaiïade  à  Chouegen^ 

us  le  prétexte  de  s'informer  des 
inq  nations  fi.  elles  les  rejetoient» 
'i  fi  elles  fe  méleroient  d'accom- 

oder  l'Anglais  avec  le  François* 
]^ur  véritable  deiTein  étoit  de  lâ« 


Z2i  Mm.  fur  la  dern.  Guerre 

"^^  '-'voir  le  parti  qu'ils  pourroient  pren- 
176O.  di-e.  QjLioJqu'ils  tuffent  attaché 
aux  François  ,  ils  vouîoient  néan 
moins  éclaircir  leur  propre  fort 
au  cas  que  TAnglois  pénétrât  dan 
ces  parties.  Kouatageté ,  .ce  ^au 
yage  fi  brave  ,  depuis  qu'il  s'étoi 
fait  chrétien ,  ne  ib ngeoit  plu 
qu'aux  bonnes  affaires ,  prêter 
dant  que  fa  religion  répugne 
avec  le  métier  de  guerrier. 

iVl.  Pouchot,  qui  fentoit  que  11 
Anglois  ou  pervertiroient ,  ou  a 
rêteroient  ces  Sauvages,  fitcequ 
put  pour  tes  diffuader  d'aller 
Chouegen.  11  les  prévint  qu'ils  1 
connoiiToient  pas  les  blancs ,  q, 
les  prendroient  pour  des  efpior 
Ils  ne  pou  voient  pas  imagii 
qu'on  leur  manquât  jufqu'à 
point.  M.  Fouchot  auroic  vou 
plutôc  les  engager  à  quelque  pa 
de  guerre,  pour  avoir  des  prifo 
jiiers.  JNous  obierverons  qu'ava 


de  t Amérique  Septentr.  227 
laprifede  Chouegen,  Kouatageté^^^Ëîïii! 
étoitchef  à  médaille,  très -attaché  ^l<^^o. 
aux  Angloisjà  qui  il  fervoit  d'efpion. 
Lorfque  nous  étions  à  Frontenac, 
les  commandants  de  ce  fort  s'en 
fervoient  loriqu'ils  vouloient  ache- 
ter ou  troquer  quelque  chofe  avec 
[es  Anglois ,  comme  indiennes, 
&c.  Ce  Sauvage  fut  fi  piqué  de  ce 
qu'ils  s'étoient  laiifé  prendre  cette 
place ,  qu'il  les  abandonna  &  fe 
livra  entièrement  aux   François. 

Le  17,  Peminot  ,  chefaffidé, 
Miflîfdke,  arriva  avec  beaucoup 
i'iroquois  &  de  Népicings.  il  étoit 
;:hargé  d'un  collier  de  la  part  de 
M.  de  Vaudreuil ,  pour  inviter  les 
nations  à  delcendre  à  [Vlont-  Réal 
pour  s'oppoier  aux  Anglois.  Tous 
jles  v^auvages  étoient  indéterminés, 
lis  difoient  qu'eux  &  nous  étions^ 
enfermés  par  les  Anglois  comme 
dans  une  isle ,  qu'ils  ne  favoient 
de  quel  côté  frapper  pour  en  for« 

K   6 


i 


228  Mem.ftir  la  dern.  Gi terre 

^'^'^'^-"tir.   Cela  exprimoit  aflcz  bien  no- 
1750.  iiQ  pofitiori.  11  promit  departirin- 
ceffamnient  pour  les  avertir  ;   mais 
il  dit  qu'il  craignoit  de  ne  pas  réuf- 
fir,  parce    que  les   Sauvages  s'é- 
toient  tous  difperrés    pour  ne  pas 
s'enfermer.  11  ajouta  que  des  Pou- 
teotaniis  étoient    venus  en  traite  à 
îs^agara ,  qu'ils  avoient  dit  aux  An- 
glois  :  ''    nous  venons  voir  com- 
53  nient  vous  nous  traiterez ,  puil^ 
3,  que  vous  avez    mis  hors  d'ici 
3,  notre  père  ;  nous  vous  deman- 
„  dons  de  la  poudre  &  des  balles 
33  pour  chaffer    &  avoir  de  que: 
33  nous  vêtir  :   mais  nous  ne  ve- 
33  nons  pas  pour  faire  alliance  avec 
33  vous ,    nous  fommes    toujoun 
33  fous  les    aîles  de    notre    père, 
33  Nous    fommes  en  guerre  avec 
3j  vous;   mais  la    néceflîté    nouî 
3P  oblige  à  vous  demander  nos  be- 
33  foins  ^'. 
Le  1S3.  M.    Pouchot  fit  em 


de  f  Amérique  Scptentr.      229 

•arquer   roo  hommes   fur  les  bâ-"'^'**'^ 

imens  avec  un  mois  de    vivres,  i7<^^- 

lour  aller  croifer  fur  Chouegen, 

/ers  ce  tems  il  parut  une  quantité 

•rodigieufe  de  cette  efpece  de  pe- 

its    papillons  qui  viennent   roder 

1  nuit  &  fe  brûler  à  la  chandelle. 

)n  les  appelle    Manne,  ils  toni- 

|ioient   comme   de    la   neige.    Ils 

itoient  très -incommodes  ,    tom- 

i>ant  dans  le  manger.  La  nuit,  que 

.1  lumière   les    attiroit  ,  on    avoit 

ar-tout  de  la  peine  à  écrire  ,  par 

: 'incommodité  que  ces  infedes  cau- 

!  oient.  11    en  paroi iToit    tous    les 

ijuinze  jours  d'efpeces  différentes , 

:;oriîme  grifes ,    marquetées,    jau- 

jies&  blanches.  A  ceiafuccéderent 

Iles  efpeces  de  confins  blancs  très- 

|.ncommodes    par   leur  quantité  , 

'aiais  qui    ne  piquoient  pas.    Les 

pluyes  les  tuoicnt  &  la  terre  en 

étoit  couverte ,  de    façon  qu'il  y 

m  avoit  jufqu'à  deux  travers  de 


2^0  31  ém.  fîirladern.  Guerre 

g— —doigt  fur  tous  les  remparts ,  &  jut 
1760.  qu'à  3  &  4  pouces  dans  les  ba- 
teaux, où  leur  pourriture  laiflbit 
une  grande  infedion.  On  étoit 
obligé  dans  le  tort  à  les  taire  ba- 
layer comme  quand  on  déblaye  la 
neige.  Ces  coulîns  ont  cependant 
une  utilité  :  c'eft  que  tous  ceux 
qui  tembent  dans  la  rivière  don- 
nent une  nourriture  ou  manne 
aux  poiflTons  du  fleuve  ,  ce  qui  les 
engraiffe  confidérablement  dans 
cette  raiipn  ,  où  les  Sauvages  font 
des  pèches  très  -  abondantes  ,  par- 
ticulièrement d'anguilles  ^  du  côté 
de  Toniata. 

Toute  la  terre  de  cette  isle ,  qui 
cft  très-peu  profonde,  étoit  couver- 
te dans  cette  faifon  par  des  milliers 
de  petits  crapauds.  Dans  les  envi- 
rons,on  trouvoit  abondamment  des 
morilles  de  ^  à  ^  pouces  d'épaif- 
feur  ,  &  de  deux  &  près  de  3  pou- 
ces de  diamètre  au  bas ,  d'un  goût 


de  f /Amérique  Septentr.    231 

exquis.   M.    de   Vaudreuil  envoya"^^^^^ 
dans  ce  tenis  une  quarantaine  d'A-  i/^^« 
benakis  du  bas  du  fleuve,  à  qui  M. 
Pouchot  donna  l'isle  des  balots  à 
femer. 

le  27  ,  un  Sauvage  de  Choue- 
gatchi  amena   un  Onontague  de  la 
rivière  de  Kenchiagé.  il  éroit  d'un 
parti  contre  nous ,  compofé   de  3 
bonnontoins  ,    2    Cjoyogoins ,    4 
JMoraigans  &  2  Nègres,  d'un  An- 
glois  &  du  fils  de  bonnonguires. 
Jl  annonça  ce  dernier  pour  le  len- 
demain. Notre  Sau3^ge  rapportoit 
que  les  Moraigans  avoient  fait  ce 
qu'ils  avoienc  pu  pour  engager  les 
autres  à    lui  lever  la    chevelure  ; 
mais  que  les  Onontagues  n'avoieiit 
pas    voulu ,  en    leur    repréfentant 
que  cela     n'étoit    pas     néceUaire 
comme  dans  les  guer  res  entre  Sau- 
vage^ ,  que  les  blancs  fe   conten- 
toient    de  prilonniers   pour   avoir 
des  nouvelles ,    qu'ils    pouvoienÊ 


2  3^  Mêm.furladern.  Guerre 
^^lEll-s'en  faiî;e  donner  ,  &  qu'en  confé- 
1760.  quence  ils  l'avoient  relâché.  Les 
deux  Onontagaes  arriverent,ayant 
leurs  parents  à  la  i^réfentation,  & 
le  relie  du  parti  fut  relâché.  On 
peut  juger  de  leur  fimpiicité.  Ils 
s'imaginoient  qu'on  leur  diroit  des 
chofes  relatives  à  leur  miffion.  \ 
Nos  Loups  qui  arrivoient  dç 
leur  parti  de  guerre  ,  amenèrent 
deux  priibnniers  anglois  &  une 
chevelure.  C'etoit  un  capitaine  de 
milice  &;  fon  frère  habitant  fur 
la  rivière  de  Alchack.  M.  Pouchot 
avoit  logé  chez  eux  ,  lorfqu'il  def- 
cendoit  à  la  Nouvelle  -  York  ,  ils 
ne  l'avoient  pas  trop  bien  reçu  ;  à 
peine  put  -  il  les  reconnoître.  Les 
Sauvages  les  avoient  habillés  & 
barbouillés  à  leur  manière.  Ils 
avoient  près  de  fix  pieds  de  haut. 
Ils  leur  firent  danfer  la  danfe  ac- 
coutumée des  cfclavcs ,  le  chicht- 
coy.  C'efl;    une  cérémonie  indif- 

'  il 


^  de  tAim.-iqus  Septentr.     233 

Denfable.  Ils  fuient  encore  heureux^^»?^ 
réchapper  à  la  baftonnade  ordinal-  17^^^ 
•e,  depuis  leur  entrée  dans  Pisle  juf- 
]u'au  logement  de  M.  Pouchot , 
]ui  les  reconnut  dans  la  danfe. 
..ette  mortification  ne  lai  déplut 
)as  abrolument;  cependant  il  les 
lOgea  chez  le  chirurgien  du  fort  & 
leur  envoya  à  manger  de  chez 
ui. 

ils  dépoferent  que  c'étoit  îe  gé- 
léraJ  Amheril  qui  commanderoit 
'armée,  qui  devoit  élre  coiupofée 
l'onze  mille  hommes,  qu'il  avoit 
)eaacoup  d'artillerie ,  &  qu'elle 
léfiloit  journellement  vers  Choue- 

M.  Pouchot  écouta  auffi  le  fils 
de  Sonnonguires ,  qui  lui  dit  que 
tous  les  Sauvages  avoient  chanté  la 
guerre  contre  le  François ,  &  que 
nous  devions  nous  défier  d'eux , 
que  les  cinq  nations  avoient  été 
porter  des  colliers  jufques  chez  les 


2  34     Mêm.  fur  la  dern.  Guerre 

'         -Miamis ,  pour    engager  toutes  Ici 
J760.  nations  a  quitter  la  hache,  &  qu'el 
les   s'étoient  toutes  accommodée? 
entr'elles.    M.  Fouchot  lui  contef 
ta  la  vérité  de  ces  faits.  Il  répondit: 
voilà  comment  eft  notre  père;  i 
ne    veut    jamais    croire    ce    qut 
les  Sauvages    lui    difent.   11  avoii 
aufli  dit  qu'il  n'y  avoit  que  deuîi 
régimens  à  Chouegen  ,  Sl  qu'il  n«i 
favoit  pas  qu'il  en  dut  venir  d'au-: 
très  ;  ce  qui  étoit  démenti  par  h 
dépofition  même  des  Anglois.      ï 
Le  30,  ^aoten  arriva.  Il  ditqu'ij 
y  avoit  huit  jours  qu'il  étoit  parti 
de  chez    les     Onontagues  ;    qu'i  ( 
avoit  traverfé   la  rivière  auprès  dti 
lac  des  Onoyotes  ;  que  l'on  n'en- 
tendoit  que  des  bruits  de  rames  le; 
long    de    la  rivière    depuis      201 
jours  ;  qu'il  avoit  paflTé  huit  bandes; 
(a)  &  huit  chefs  ;  que  l'on  voitu-[ 
. L-- . . .  \ 

(a)  Des  régiments. 


de  tAinêrlqiie  Septentr.      i3f 

rit  continuelieiiient  des  vivres  ;^!^^^^ 
c'il  avoic  vu  beaucoup  de  ca-  ^7^^- 
rns,  de  mortiers  &  d'aubuts.  Il 
a)uta  que  l'on  difoit  qu'il  y  avoit 
{U  de  monde  du  côté  de  St.  Fré- 
cric  ;  qu'à  l'arrivée  de  l'armée  ,  les 
])quois  Se  Moraigans  dévoient 
sfTembler  à  Chouegen.  Suivant 
Il  rapport,  les  Anglois  avoient 
It  de  grands  bateaux  à  porter 
cacun  40  hommes  &  un  gros  ca- 
1  n  ;  que  cependant  ils  ne  veu- 
lent mener  que  peu  d'artillerie, 
<  e  les  Agniers  leur  avoient  confeil- 
1  d'en  mener  beaucoup  ,  parce 
(  'il  s'en  noyeroit  en  defcendant  à 
jont  -  Héal. 

!  Il  dit  auffi  à  M.  Pouchot  que  les 
tefs  Onontagues  à  qui  il  avoit  en- 
^  yé  des  branches  pour  relier  tran- 
iiilles  ,  l'avoient  chargé  de  lui  ré- 
|>ndre  de  bouche  fans  paroles , 
lais  qu'ils  ne  dévoient  pas  nioins 
lî  croire.    Qj-iatre    grands    chefs 


z^6  31ém,  fur  h  dern.  Guerre 

'î^ï^^'^aYoient  délibéré  enfemble ,  feloi 
1760.  Y^i^  de  ne  point  permettre  à  leur 
guerriers  de  fuivre  l'armée ,  qu'u 
d'eux  avoit  afluré  qu'il  feroit  c 
qu'il  pourroit  pour  l'empêcher 
quoiqu'il  y  en  eût  beaucoup  de  i 
bande  qui  étoient  trop  afFeâionm 
aux  Anglois. 

Ce  même  Sauvage  rapporta  ei 
core  que  les  cinq  nations  commci 
çoient  à  faire  des  réflexions,  < 
craignoient  que  dès  qu'il  n'y  aurc 
plus  de  François ,  les  Anglois  i 
vouluffent  les  détruire  (a);   qu 

(  û  )  C'eft  avec  raifon  qu'ils  avoie 
toujours  craint  un  pareil  malheu 
^i  avoient  fait  leurs  efforts  pour 
prévenir.  Johnfon  feul  étoit  parver 
à  diiliper.  leur  inquiétude,  &  à  le 
faire  oublier,  pendant  cette  guerr 
leur  ancien  fyftènie  politique.  Aupar 
vaut,  ils  étoient  bien  convaincus  qu': 
ne  pou  voient  y  renoncer  fans  le  pi 
grand  danger.  De  tout  tems  ils  avoie 
parfaitement  fenti  la  néceffité  po 


de  tAmêritpie  Septentr.     237 

relent  ils  fe  voyoient  cernés  par^^^^^ 
bus  leurs  forts  ,  qu'ils  pouvoient  ^7^^- 
'jger  de  leur  fort  par  ce  qui  étoît 
rrivé  à  quatre  nations  qui  leur 
voient  demandé  de  la  poudre, 
uxquelles  ils  n'en  avoient  cepen- 
aat  pas  donné  la  valeur  de  douze 
ivres.  Les  chefs  étoient  indécis , 
elonlui,  fur  le"  parti  qu'ils  pren- 
Iroient ,  &  les  jeunes  gens  ne 
'ouîoient  pas  les  écouter.  Us 
.voient  aufli  été  avertis  par  les  Té- 
es  -  Flattes  (  n:  )  que  les  Anglois 
^ouloient  les  détruire  ,  qu  elles 
ivoient  fait  une  incurfion  iur  les 

îiix  de  mettre  la  France  &  FAngle- 
:erre  dans  l'obligation  de  les  ména- 
ger ,  &  par  coniequent  d'empêcher 
que  Tune  ne  prévalue  fur  l'autre.  D'a- 
près ce  principe ,  ils  avoient  fait  périr, 
en  1709,  l'armée  angloife  deitinée  au 
fîege  de  Québec,  en  corrompant  les 
eaux  d'une  nvicre  près  de  laquelle 
elle  étoit  campée. 
(û)  Cherakis  <Sc  Katabas. 


2  38     Mm.  fur  la  dern.  Gtiern 

K".ILL.  Anglois,  &  en  avoient  tué  ur 
t^6o,  grande  quantité  &  pris  plufieu 
forts  (  a  ).  Enfuite  ils  étoient  r 
tournés  à  leurs  cabanes,  où  ils  a 
tendoient  des  nouvelles  &  une  di 
cifion  des  cinq  nations ,  qui  r 
leur  avoient  pas  répondu. 

Le  ler.  Juillet,  M.  Fouchot  ei 
voya  les  prilbnniers  avec  les  noi 
veîles  à  Mont-héal.  Beaucoi 
d'autres  Sauvages  fliifoient  les  m 
mes  rapports  ;  ils  fpécilioient  L 
uniformes  de  chaque  régiaien 
M.  Pouchot  lés  connoidoit  pot 
les  avoir  tous  vus,  ce  qui  le  me 
toit  à  même  de  juger  de  la  vérité. 
Le  3e.  Juillet,  le  fils  de  Sonnôi 
guires  vint  dire  à  M.  Pouchot  qu* 
retournoit  à  fon  village  ,  &  qu' 
feroit  tranquille  dorénavant.  So 
père  garantit  fa    bonne  volonté 

(fl)  Ce  fait  ctoit  vraij  nous  e 
avons  déjà  parlé  dans  une  note. 


de  t Amérique  Septentr,     239 

S:  pour  la  prouver,  il  remit  à  M.^***"^ 
Pouchot  quelques  certificats  de  la  W<^o, 
Belle-  Kiviere,  qui  lui  avoient  été 
donnés  par  un  ami  qui  étoit  à  la 
Dâtaille  de  Niagara  5  où  il  les  avoit 
pris  à  des  habitants  des  Illinois ,  à 
qui  ils  appartenoient.  il  aflTura  que 
plutôt  que  de  faire  la  guerre  aux 
François ,  il  iroit  chez  les  Têtes- 
Hattes ,  les  anciens  ennemis*  de  fa 
[lation  ,  &  que  lorfque  l'armée  an- 
^loife  feroit  prête  a  partir ,  ils 
riendroient  nous  avertir. 

Le  6  ,  rentra  un  détachement  & 
un  officier  que  M.  Pouchot  avoit 
envoyé  pour  porter  des  vivres  à 
nos  bâtiments.  Il  avoit  été  jufques 
à  l'ance  au  Corbeau  fans  les  décou- 
vrir ,  parce  qu'ils  avoient  été  croi- 
fer  dans  le  lac  pour  reconnoitre  ce 
qui  fe  palïbic  à  Chouegen. 

Le  même  jour ,  les  chefs  de  la 
Préfentation  vinrent  rendre  répon- 
fe  à   M.   bouchot  d'un  fort  beau 


24û  Mêm.  fur  ladern.  Guerre 

'"'"""""'- collier  qu'il  leur  avoit envoyé,  pouxi 
1760.  qu'ils  fiiTent  un  parti  pour  prendre 
quelques  prifonniers  à  Chouegen. 
Ils  le  prioient  d'être  perfuadé  de 
leur  attachement,  qu'ils  étoient 
très  -  contents  de  l'avoir  pour  les 
conduire,  &  qu'ils n'avoient jamais 
eu  un  meilleur  père  ;  mais  que  ce 
feroit  mettre  par  là  un  caiTe-téte 
fur  la  XktQ  de  Kouatageté  &  de  fa 
bande.  Ils  exhortoient  M.  Pou- 
chot  de  prendre  un  peu  patien- 
ce juiqu'à  ce  qu'ils  eoffent  des  nou- 
velles de  ce  chef,  qu'il  auroit  Mtw 
d'être  content  d'eux, d'autant  mieux  ' 
qu'ils  f  étoient  bien  encouragés  & 
foutenus  par  les  nations  d'en  bas. 

Le  1 3  ,  M.  Fouchot  envoya  un 
détachement  à  la  Préfentation,  qui 
avoit  été  abandonnée  par  les  Sau- 
vages de  cette  miffion  depuis  Phy- 
ver,  pour  en  rapporter  les  planches 
&  ferrements  à  Tufagedu  fort,  le 
démanteler  &  ruiner  les  maifons, 

afin 


ils  l'Amérique  Septentr.     241 

afin  qu'elles  ne  ferviffent  plus  d'a-îSïï!!?!!! 
fyle  aux  ennemis,  1760. 

Vers  le  midi,un  Sauvage  du  Lac 
jdes  deux  montagnes,arrivé  en  trois 
jours  de  Chouegen  ,  rapporta  que 
Kouatageté  &  fa  bande  avoient  été 
arrêtés  par  les  Anglois ,  &  mis 
fous  une  bonne  garde  qui  ne  les 
perdoit  pas  de  vue ,  qu'il  avoit  fol- 
licité  plufieurs  fois  fa  liberté  ,  mais 
toujours  inutilement  II  nous  dit 
enfuite  que  les  chefs  des  cinq  na- 
tions^qui  fe  trouvoient  à  Chouegen, 
avoient  intercédé  pour  lui  ;  qu'il 
y  avoit  eu  pluiieurs  confeils  chez 
le  commandant  a  ce  fujet  ;  que  le 
fils  de  Sonnonguires,qui  venoit  d'7 
arriver  ,  avoit  auffi  beaucoup  folli- 
cité  en  diiant  aux  Anglois  qu'il 
étoit  venu  à  Orakointon  pour  frap- 
per ion  père  ^  &  que  cependant 
rayant  été  voir,  il  en  avoit  été  bien 
reçu  &  renvoyé  fans  peine,  qu'ils 
j  pouvoient  bien  en  faire  de  même, 
!     'l'ome  IL  L 


24^     Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

!555!î^     Ce  Sauvage  rapporta  qu'on  at- 
'^7^0.  tendoit  tous  les  jours  le  grand  chef 
anglois  à  Chouegen  ,   où  il  y  avoit 
4  mille  hommes   campés.  Suivant 
qu'il  les  dépeignoit ,  c'étoit  Royal-i 
Américain  ,    Gages  ,  &   2  batail-i 
Ions  de  Koyal-EcoITois ,  &  des  Ren-i 
gers.  11  ajouta  qu'il  avoit   formel 
un  grand    camp  à  la   Chutes  qui| 
faifoit  le  portage  de  l'artillerie  ,  Si.\ 
que   l'armée   angloife  devoit   être 
de  1 5  mille  hommes,  fous  le  granc 
chef  de  tous  les  Anglois.  Sixjoun 
après  fon  arrivée  ,  Johnfon  devoii 
joindre  avec   les  Sauvages  ;  aprè: 
cela  toute  l'armée    partiroit.    Ury 
foldat  lui  avoit  affuré  que  le  dé-| 
part  feroît  environ  dans  lo  jours! 
Ce  Sauvage  avoit  vu  l'artillerie  quq 
les    Anglois   faifoient    monter   ^(j 
1  oo  pièces.  Il  en   avoit  diftinguef] 
ao  pièces  en  fonte  de  gros  calibre- ti 
dont  trois  étoient  plus  groffes  que|| 
les  autres.  Les  Anglois  avoientfainl 


de  l'Amérique  Septentr.     243 

gros  bateaux  qui  avoient  1 3  ra-"""^ — ^ 
es  de  chaque  côté  avec  un  canon  ^  7^^« 
1  bout.  Il  nous  apprit  que  no- 
e  bâtiment  avait  paru  devant  le 
rt  auquel   il  avoit  envoyé  quel- 
les volées  de  canon.  Les  Anglois 
îtacherent   alors  contre  ce   batt- 
ent un  gros  bateau  ,  que  les  Fran- 
is  avoient  laiffé    approcher,  & 
I  lui  avoient  tiré  que  lorfqu'il  s'ea 
f:ournoit  ;  enfuite  ils  étoientpar- 
I  pour  aller  à  Niagara,  où  étoit  le 
I  tinrent  anglois  depuis  bien  long- 
ns  en  attendant  un  autre  pour 
|iir  deconferve. 

.  M.  Pouchot  fit  partir  tout  de 
(te  ce  Sauvage,  pour  aller  porter 
:  nouvelles  à  M.  le  général.  Sur 
I  bir ,  M.  Pouchot  fut  averti  de 
l  rivée  des  deux  bâtiments  fran- 
;sà  Toniata.  Le  14,  arriva  le 
u  lût  de  la  Force  avec  des  lettres 
\\  rendoient  compte  delà  recon- 
i^fTance  de  Chouegen ,  &  dans  le- 
L  z 


244  Mém.furla  dern,  Guervs 

^■' """"quel  étoit  un  plan  de  la   pofition 

I7^<^'  des  ennemis,  très-  conforme  à  la 
dépofition  du  bauvage. 

Ce  même  jour,  à  2  heures  aprèi 
midi,  il  s'éleva  un  ouragan  très 
violent  du  N.  O.  accompagné  di 
gros  coups  de  tonnerre  ,  dont  Tui 
caufa  un  phénomène  finguliei 
C'étoit  une  colonne  de  feu  qui  ave 
le  bruit  d'un  éclair  vint  tombe 
dans  la  rivière  tout  près  du  boi 
de  l'isle.  L'eau  fe  fouleva  de  faço 
qu'elle  forma  une  groffe  lame  ,  qu 
après  avoir  couvert  toute  l'extD 
mité  de  l'isle ,  fe  retira.  Elle  en 
porta  un  pont  fait  pour  les  déba 
quements  ,  coula  bas  un  bâtes 
Jacobite,  &  remplit  les  autres  qj 
furent  jetés  fur  la  grève. 

Le  I  ^ ,  revint  le  détacheme 
que  M.  Pouchot  avoit  envoyé  pc 
ter  des  vivres  à  nos  bâtiments ,  q 
appareillèrent  tout  de  fuite  pd' 
retourner  en  croifiere  fuivant  leà 


i 


de  P Amérique  Septentr,     245: 

>rdres.  La  Force  dit  à  M.  Pouilly, —  "  •- 
ieutenant  du  détachement,  qu'à  la  i?^^* 
[uantité  de  berges  qu'il  avoit  vues 
ans  la  rivière  de  Chouegen  ,  il 
royoit  que  c'étoit  la  grande  ar- 
lée,  &par  celle  qui  en  étoit  ar- 
ivée  dans  l'intervalle  de  ces  deux 
aflagcs  devant  Chouegen  ,  il  ju- 
eoit  qu'ils  pouvoient  être  prêts  à 
artir  dans  8  jours.  M.  Pouchot 
t  part  de  ces  nouvelles  obferva- 
ions  à  Mont-Kéal  par  un  Sau- 
age. 

Le  22,  une  Sauvagefle  de  la 
'réfentation  ,  partie  depuis  deux 
ours  5  dit  qu'y  étant  arrivée  au  fo- 
lïl  couché  ,  vers  les  10  heures  du 
diï ,  cinq  Sauvages ,  un  Onon- 
ague  5  &  cinq  Onoyotes ,  tous 
lUvis  ,  armés  de  fufils  ,  d'un  pii^ 
olet  avec  leurs  caffe  -  têtes,  étoient 
ntrés  dans  fa  cabane  &  lui  avoient 
ait  plufieurs  queftions  ,  fa  voir,  fi 
lous  fortions  de  notre  isle ,  fi  nous 
L  3 


2^6  Mifn,  fur  la  dern.  Guerre 

==^==^"étions  beaucoup  de  monde  dans 
^7^0-  le  fort,  s'il  en  venoit  de  Mont- 
Kéal,  &  s'il  y  avoit  beaucoup  de 
Sauvages.  Elle  leur  répondit  qu'il 
y  avoit  beaucoup  de  monde  dans  le 
fort  ;  qu'il  en  venoit  fouvent  de 
Mont  -  Real  5  mais  qu'elle  n'en  fa- 
voit  pas  le  nombre  ;  que  les  fem- 
mes  ne  fe  mêloient  pas  de  cela;  que 
les  François  ne  fortoient  que  bien 
accompagnés  pour  travailler  dans 
les  isles  qui  étoient  tout  près  du 
fort,  ils  demandèrent  fi  elles  en 
étoient  éloignées,  &  fi  elles  ne 
pourroient  pas  entrer  dans  l'isle 
pour  faire  coup,  hlle  répondit  que 
ce  n'étoit  qu'un  fort  où  il  n'y  avoit 
qu'un  petit  endroit  pour  débar- 
quer, encore  étoit-il  bien  gardé. 
Ils  demandèrent  s'il  montoit  fou- 
vent du  monde  de  Mont -Real. 
Elle  répondit  qu'il  en  montoit, 
mais  toujours  bien  efçortés.  Ils 
Ee   voulurent    jamais    dire    d'où 


•    de  l'Amérique  Septentr.     s  47 

rils    étoient  partis  ,  &  depuis  quel^""""^ 
tems.  ^7^0- 

i  Cette  femme  denianda  à  ces 
•Sauvages  des  nouvelles  deKouata- 
geté  &  de  fes  gens.  Ils  feignirent 
d'abord  d'ignorer  qu'iifùtàChoue- 
gtn.  hlle  leur  dit  :  il  y  a  donc  bien 
long-tems  que  vous  en  êtes  par- 
tis. Alors  ils  repartirent  :  Kouata- 
geté  eft  bien  ;  on  ne  lui  fera  au- 
cun mal,  &  vous  le  reverrez  bien- 
•  tôt.  Il  reviendra  avec  tous  les  chefs 
anglois  5  &  ils  le  reverront,  iorf- 
que  l'armée  fera  en  route.  Elle 
leur  ajouta  qu'elle  &  fes  autres 
Sauvageffes  comptoient  defcendre 
à  Mont-Rcal  bientôtj  parce  qu'el- 
les avoient  peur,  ils  lui  aflurerent 
qu'elles  feroient  mal;  qu'il  falloit 
•feulement  qu'elles  fe  léparaffent 
du  François  ;  qu'ils  les  y  invitoient, 
&  qu'elles  fe  tinfent  du  côté  de  la 
Préfentation  &  de  Toniata  ;  qu'a- 
lors  elles  n'auroient  aucun   mal. 

L  4 


^48     Mem.  fur  la  dern.  Guerre 

ils  prétendirent  qu'ils  feroient  plus 
y  60,  fQj-j-s  &  plus  nombreux  que  les  An- 
glois  5   &  qu'ils  venoient  exprès  en , 
force  de  toutes  les  nations,  pour 
empêcher  qu'on  ne  fît  du  mal  aux 
Sauvages  (a).   Ils  repartirent  avant 
jour ,   &  emmenèrent  le  canot  de 
cette  femme.     Ils  lui  avoient  dit 
qu'ils  avoient  envie  de  relier  encore 
la  journée  cachés ,  parce  que  fî  les 
François  venoient  encore  pour  dé- 
molir le  fort ,  ils  trouveroient  peut- 
être  l'occaiîon  de  frapper.  Elle  ré- 
pondit   que   c'étoit  notre   dernier 
voyage.   Cela  prouvoit   qu'ils  s'é- 
toient  déjà    cachés  dans  la  jour- 
née 5  mais  qu'ils  n'avoient  pas  ofé 
attaquer    notre  détachement.    La 
garnifon   avoit   tous  les  jours  an 
moins    6q  hommes  dehors ,  pour 
travailler,   fans  que    les   ennemis 
ayent  pu  réuflir  à  en  prendre  ou 


(a)  Cela  fut  vrai.  Il 


É.    de  P Amérique  Septenir.     249 

en  tuer  quelqu'un  ,  par  les  pre'cau-^^^^^^ 
tions  qu'avoit  M.  Pouchot  d'enga-  i?^^- 
ger  fes  Sauvages  à  fe  difperfer  dans 
les  environs ,  pour  obferver  ceux 
qui  étoient  du  parti  ennemi.  Com- 
me ceux-ci  fe  voyoient  découverts  9 
ils  s'en  retournèrent,  ne  cherchant 
point  à  fe  faire  mal  entr'eux  ,  con- 
tents de  faire  la  guerre  aux  dépens 
feulement  des  François  ou  des  An- 
glois. 

Le  24  5  arriva  un  convoi  de  vi- 
vres de  Mont-Réal.  On  annonça 
que  les  Anglois  étoient  au  defifus 
du  Richeliéce ,  &  que  l'on  crai- 
gnoit  la  jondion  d'Amherft  avec 
Murray;  mais  on  ne  favoit  pas  alors 
fi  la  grande  armée  étoit  du  côté 
de  St.  Frédéric.  Cependant  toutes 
les  nouvelles  que  M.  Pouchot  avoit 
eu  foin  de  faire  parvenir  fort  dili- 
geinment ,  auroient  dû  donner  des 
notions  aifez  certaines  fur  ce  fujet. 

Le  25,  à  dix  heures  du  foir^ 


2^0  3Iên\  fur  la dern.  Guerre 

"""le  canot  de  la  Force  arriva.    Par 

17  60.  les  lettres  qu'il  apporta ,  npus  ap- 
prîmes   qu'il    avoit    remarqué  les 
mêmes  camps  à  Chouegen  ,  &  que  , 
le  22,  il  avoit  rencontré  à   l'Islè  I 
aux  Galots  un  bâtiment  anglois  au- 
quel s'étoit  joint  un  autre.   Notre 
corvette  prit  alors  chalFe,  &  après  ! 
les  avoir  perdus  de  vue  ,   elle  vint  ^ 
mouiller  à   î  oniata. 

Le  27,  foixante- dix  femmes, 
enfans  &  vieillards  fauvages  parti- 
rent pour  Mont-Réal.  La  crain- 
te les  faifoit  fuir.  Le  29,  au  point 
du  jour,  l'orateur  de  la  Préfenta- 
tion  ,  appelle  le  chevalier  de  la  Gri^ 
mace  par  les  François ,  parce  qu'ijl 
avoit  la  bouche  fort  de  travers 
beau  parleur  pour  un  Sauvage/, 
vint  dire  à  M.  Pouchot ,  qu'un  des 
Miffifakes  établi  parmi  eux,  lui 
avoit  dit  avoir  vu  du  côté  de  Catar^h 
coui,  dix  bateaux  de  troupes  ant« 
gloifes  auxquelles  il  avoit  parlé. 


de  l'Amérique  Septentr.     2  5  ï 

A  7  heures  du  Ibir,  arrivereiit^'^^^ 
huit  canots  de  Sauvages  Iroquois  i?^^* 
que  la  peur  chaffbit  de  la  pêche 
de  Toniata  (  a  ).  Parmi  eux  étoit 
le  Miffifake  dont  il  vient  d'être 
queftion.  11  raconta  à  M.  Pouchot 
qu'étant  quatre  jours  auparavant 
à  la  pêche  dans  la  baye  de  Catara- 
coui ,  il  avoit  apperçu  les  deux  bâti- 
ments anglois  qui  étoient  mouil- 
lés auprès  du  petit  tataracoui.  Il 
avoit  eu  alors  fantaifie  de  voir  fi 
ce  que  l'on  difoit  étoit  vrai ,  que 
les  Anglois  ne  faifoient  point  de 
mal  aux  Sauvages  :  en  conféquen- 
ce  il  étoit  allé  à  bord  du  grand 
bâtiment  qui  avoit  3  étages,  10 
pièces  de  canons  de  chaque  côté, 
une  hune  &  des  grappiris.il  y  avoit, 
félon  lui,  100  hommes  d'équipa- 
ge  (6)    fur  chacun,  moitié  ma- 

(a)  Fameufe  pêche  d'anguilles. 
(£')  Il  y  en  avoic  ifo. 

L  ^ 


-2  f  2  Mim,  fur  la  dern.  Guerre 

- —  telots  5  moitié  miliciens ,  &  beau- 

^"^^*  coup  d'officiers.  Le  M iffifake  ajou- 
ta qu'étant  à  l'isle  des  Cèdres ,  il 
avoit  vu  paiïer  dix  bateaux  char- 
gés de  troupes. 

Le  30  ,  il  arriva  encore  des  Sau- 
vages de  Toniata  qui  rapportoient 
avoir  entendu  paffer  les  Anglois 
dans  la  nuit  dans  les  mille  Isles , 
un  peu  au  deiïus  de  i'ance  au 
corbeau. 

Le  ler.  Août,  la  Force  envoya 
fa  chaloupe  pour  avertir  que  fon 
bâtiment  VIroquoife  étoit  échoué 
fur  un  poulier  (a)  au  milieu  de 
la  rivière  au  deflus  de  la  pointe 
au  Baril  M.  Pouchot  fit  partir 
tout  de  fuite  des  bateaux  pour  ai- 
der à  le  relever.  Le  ^ ,  les  bâti- 
ments furent  mouiller  à  la  Préfea- 


(a)  Amas  de  gros  cailloux  qui  £q 
forment  dans  k  rivière  comme  mu 
srocher. 


de  f  Amérique  Sepîentr.     253 

tation  ,   Se  la  Force  vint  au  ïoït^^^ 
Sa  corvette  failbic  1 2  pouces  d'eau  i?^^"' 
par  heure ,  &  avoit  1 5  pieds   de 
quille  à  l'avant  de  brifée.   On  tra- 
vailla à  la  réparer  le  plutôt  pof- 
fible. 

Le  8,  au  foir ,  arriva  Kouatage- 
té  ,  en  trois  jours  de  Chouegen , 
avec  un  Onoyote  &  un  Agnierj 
députés  des  cinq  nations,  pour  en- 
gager nos  Sauvages  à  re{î:er  neu- 
tres. Kouatageté  dit  a  M.  Pouchot 
que  le  général  Amherfl  étoic  à 
Chouegen  depuis  1 5  jours  ;  qu'il 
l'avoit  vu  &  lui  avoit  parlé  plu- 
fieurs  fois  ;  que  leur  armée  étoit 
forte  de  10  à  i^  mille  hommes, 
dont  8  régiments ,  un  rouge  pa- 
rements bleus ,  un  rouge  &  jaune, 
un  d'Ecoflbis ,  un  rouge  &  petits 
parements  noirs,  le  régiment  de 
Gages  5  infanterie  légère  ,  un  bleu 
&  rouge  3  &  plufieurs  avec  la  ca- 


I 


2  54  Mêm.fur  la  dern.  Guerre 

5^^^^1otte  (a);  qu'il  en  avoit  compté 
1760.  60  canons.  Il  en  étoit  refté,  fui- 
vant  Ion  rapport,  quatre  gros  à 
la  Chutes ,  où  l'on  faiioit  un  che- 
min par  terre  pour  les  amener.  11 
dit  que  le  portage  des  mortiers 
n'étoit  pas  fait,  qu'il  ne  croyoit  pas 
qu'ils  puffent  partir  avant  une  dixai- 
ne  de  jours,  il  ajouta  avoir  rencon- 
tré les  bâtiments  en  rivière,  &  qu'on 
travailloit  à  fortifier  Chouegen. 

Le  10,  M.  Pouchotfutà  l'isle 
Piquet  affiter  au  confeil  des  dépu- 
tés des  cinq  nations.  Ils  préfente- 
rent  un  fort  beau  collier ,  non  de 
la  part  du  colonel  Johnfon ,  fur  le- 
quel étoient  repréfentés  l'Anglois , 
les  cinq  nations ,  &  les  trois  vil- 
lages de  nos  miffions  iroquoifes  / 
Chouegatchi,  le  lac,  &  St.  Louis,, 
avec  un  homme,  &  un  beau  che- 
min qui  communiquoit  des  uns  aux 


(a)  Des  milices. 


de  l'Amérique  SeptCfitr.     2  5  f 

autres ,  pour  inviter  nos  Sauvages  "  '  '  ■  -■ 
à  le  prendre,  à  refter  neutres,  à  ^1^^^ 
laifTer  battre  les  blancs  qui  dévoient 
bientôt  faire  la  paix,  &  à  fe  re- 
tirer de  leur  chemin,  ou  à  y  venir 
fans  armes.  Ils  leur  affuroient  qu'ils 
feroient  bien  reçus ,  que  Johnfoii 
&  eux  précédoient  l'armée  feule- 
ment pour  voir  battre  les  blancs  ; 
Johnfon,  diibient-ils ,  ne  les  avoit 
jamais  invités  qu'à  cela  en  17^^, 
1758  &  17^99  comme  ils  l'avoient 
pu  voir  à  TafFaire  de  M.  Dieskau, 
à  Niagara  ,  où  malgré  les  cinq  na- 
tions, les  François  s'étoient  bat- 
tus fans  vouloir  attendre  les  bon- 
nes affaires.  Un  autre  grand  col- 
lier de  ces  nations  exprimoit  la 
même  chofe  ,  &  les  invitoit  à  dire 
vrai  avec  eux  ,  c'eft-à-dire  ,  à  ad- 
hérer à  leur  fentiment. 

Venoient  enfuite  des  branches 
de  la  part  du  général  Amherft  , 
pour  les  engager  à  faire  attentioja 


2^6  3'lêm.  fur  la  dern.  Gimre 

"" '■ 'à  ce  que  difoient  ces  colliers ,  par 

1750.  lefquels  il  affuroit  que  dans  cinq 
ou  fix  jours  il  feroit  à  Chuegat- 
chi  5  qu'il  alloit  encore  fe  battre 
avec  le  François ,  &  que  le  maî- 
tre de  la  vie  favoit  feul  ce  qui  eu 
arriveroit. 

La  réponfe  de  nos  Sauvages  fut 
d'engager  les  députés  à  defcendre  à 
Mont-Réal  pour  aller  au  bout  du 
chemin  qu'ils  traçoient  ;  que  pour 
eux  ils  n'avoient  plus  de  feu  allu- 
mé ,  depuis  que  leur  père  &  les 
Iroquois  du  Saut  étoient  conve- 
nus que  les  paroles  qui  viendroienfc 
deâ  cinq  nations  iroient  en  droi- 
ture à  Mont -Real  5  fans  s'arrêter 
chez  eux. 

Les  députés,  après  avoir  beau- 
coup réfléchi   fur    cette  réponfe,, 
à  laquelle  ils  ne  s'attendoient  pas , 
répondirent  que  ces  paroles  avoient . 
été  données  à   Chouegen  par  les  , 
.cinq  niitions,  qu'ils  n'étoient  ea- 


de  l'Amérique  Septentr,     2^7 

voyés  qu'ici ,  fans  ordre  d'aller  à"**'*^ 
Mont-Kéal,  &  qu'ils  alloient  s'en  i7^^« 
retourner. 

t  M.  Pouchot,  après  avoir  laiffe 
finir  leur  confeil  ,  dit  à  ces  Sau- 
vages :  „  Si  vous  fuffiez  defcen- 
,3  dus  à  Mont-Héal,  je  n'aurois 
55  rien  à  vous  dire.  Si  j'aurois  laifle 
53  parler  votre  père  ;  mais  puifque 
53  vous  vous  en  retournez ,  je  veux 
33  vous  dire  ce  que  j'ai  fur  le  cœur» 
53  Je  ne  vous  donne  point  de  paro- 
53  les  5  auflî  bien  ne  les  écoutériez- 
33  vous  pas.Aiïlirez  feulenient,de  la 
part  de  celui  que  vous  avez  nom- 
mé le  milieu  des  bonnes  affaires  s 
vos  frères  les  Iroquôis ,  que  leur 
efprit  s'eft  perdu  ,  qu'avec  un 
peu  d'eau-de-vie  Jolinfon  fe  fait 
fuivre  où  il  veut  ,  fans  qu'ils 
veuillent  regarder  le  précipice 
où  il  les  mené.  Il  fait  marcher 
à  fa  fuite  tous  ces  guerriers,  qui 
n'ont  pas   confulté  leurs  clie&. 


S5  8  Mêm.  fiirïa  dern.  Guerre 

ï^^^„  C'eft  vous  qui  me  l'avez  dit  en 
^7<^^- „  i7>5.  Il  vouloit  alors  aller  a 
55  Mont-Réal  battre  le  François, 
33  &  vous  donner  fes  marchandi- 
^5  fes.  Une  poignée  de  François  le 
53  firent  relier  au  fort  George.  En  î 
j3  175  8,  la  même  chofe  eft  arri- 
55  vée.  Vous  lui  reprochâtes  qu'une 
55  petite  troupe  de  François  avoit 
5j  chaffé  les  h  nglois ,  &  vous  vous 
55  en  retournâtes  honteux.  N'eft- 
55  ce  pas  moi  qui  vous  ai  fait  voir 
55  à  Niagara  qu'il  ne  falloit  pas 
55  quitter  la  main  de  votre  père, 
55  fi  vous  vouliez  vivre  tranquilles 
35  fur  vos  nattes ,  &  qu'elles  ne  fut' 
5,  fent  plus  enfanglantées  ?  Vous 
„  m'avez  écouté  alors,&  vous  vous 
5,  êtes  retirés  pour  nous  lailfer  bat- 
5,  tre.  Johnfon  a-t-il  écouté  les 
„  bonnes  affliires,lorfque  vos  chefs 
„  &  ceux  qui  venoient  de  la  Belle- 
5,  Rivière,  y  vouloient  travailler ' 
s5  pour  rendre  la  terre  tranquille? 


fie  l'Amérique  Septcntr.     iff 

II,  s'eft  moqué  de  vous,  parce'^^'^'^ 
qu'il  étoit  le  plus  fort.  Si  les  ^7^^- 
grands  canots  de  votre  père  le 
grand  Oaontio  n'étoient  pas  gâ- 
tés,  &  qu'il  faut  qu'il  ait  le 
tems  d'en  faire  d'autres,  foyez 
fùrs  que  Tes  enfans  les  François 
couvriroient  toute  cette  terre 
comme  les  arbres.  L'Anglois  fe- 
roit  bientôt  obligé  de  s'aller  ca- 
cher dans  un  coin  du  pays  OO 
qu'il  a  volé  aux  Abenakis.  Le 
François  n'a  jamais  cherché  qu'à 
avoir  pitié  de  fes  enfans,  &  à 
leur  fournir  leurs  befouis.  Il  n'a 
point  renverié  vos  nattes  &  vos 
feux  avec  des  armées ,  pour  aller 
trouver  l'anglois  dans  ion  pays , 
de  peur  de  vous  tuer.  Vous  n'a- 
vez jamais  voulu  empêcher  ce 
dernier  de  paOTer  ;  vous  voilà 
cernés  par  leurs  forts  qu'ils  vous 

(a)  L'Acadie. 


26o    Mém.fur  ladern.  Guerre 

^■'  -3)  avoient  demandés  pour  attrapet 
X7<^o.  ^^  descaftors.  Où  irez-vous  aduel- 
55  lement  chercher  vos  befoins  ? 
55  Voyez  l'état  des  Abenakis  dans 
55  leur  pays.  Ils  vont  dans  l'eau 
55  &  dans  les  bois ,  pour  trouver 
55  de  quoi  manger  ,  &  ne  peuvent 
55  plus  femer  leur  bled  d'Inde.  Ils 
55  font  les  chiens  des  Anglois ,  on 
,5  leur  donne  des  coups  de  bâton  , 
55  &  on  les  pend.  La  même  chofe 
vous  arrivera ,  quand  le  François 
vous  aura  quittés  5  &  lorfque 
vous  rappellerez  à  l'Anglois  qu'il 
vous  a  promis  de  vous  donner 
vos  befoins ,  il  fe  moquera  de 
vous  ;  au  lieu  que  lorfque  vous 
aviez  le  François  &  l'Anglois 
pour  voifins  5  ils  vous  les  don* 
noient  à  l'envi  l'un  de  l'autre. 
Des  colliers  vous  feront  inuti- 
les pour  retenir  mes  avis ,  lorf- 
que vous  vous  rappellerez  avec 
les  enciens ,  le  bien  que  vous 
aurez  perdu  "» 


93 


35 


de  P Amérique  Septentr,     2€\ 

Les  députés,  quoiqu'amis  des*^*^^^ 
Anglois,  convinrent  que  M.  Pou-  i?^^» 
chot  difoit  vrai.  Ils  s'excuferent 
fur  ce  qu'ils  n'avoient  plus  de  l'ef- 
prit  comme  leurs  anciens.  Ceux 
de  Chouegatchi  applaudirent  beau- 
boup  à  ce  difcours.  il  fit  un  pré* 
fent  aux  premiers  &  les  renvoya. 
Le  1 3 ,  cinq  Sauvages  apportè- 
rent à  M.  Fouchot  des  lettres  de 
M.  de  Vaudreuil.  11  annonçoit  que 
les  vaiffeaux  anglois  étoient  aux 
trois  rivières  de  St.  Frédéric,  & 
que  les  ennemis  fe  préparoient  à 
marcher,  ils  attendoient  toujours 
Amherft  de  ce  coté  là. 

Le  15,  VIroquoife  fut  racom- 
modée.  Je  dois  rapporter  un  évé- 
nement qui  mérite  d'être  rappor- 
té. Dix-fept  miliciens  avoient  dé- 
ferté  quelques  jours  auparavant , 
un  s'en  retourna  aux  Cèdres,  d'où 
il  étoit.  Son  père,  nommé  Bray^ 
bon  vieillard ,  le  ramena  à  fon  de- 


z6z  Mêm.  fur  la  dern.  Guerre 

--"""— voir ,  arriva  cette  journée,  &  re- 
17^0.  partit.   Le  jeune  homme  fut  mal- 
heureufement  tué. 

Le  15,  à  fept  heures  du  foir, 
deux  Sauvages  arrivant  de  chafle  , 
annoncèrent  que  l'armée  angloife 
étoit  campée  à  la  pointe  au  Baril, 
&  l'avant -garde  à  la  Préfentation. 
11  avoit  pafle  à  bord  V  Outaouaife. 
La  Broquerie  n'écrivit  cependant 
point  ;  mais  il  tira  3  coups  de  ca- 
non.   M.  Pouchot  envoya   deux 
François  &  deux  Sauvages  en  ca-, 
îiot  à  fon  bord,  pour  favoir  ce  qui 
en  étoit.  Il  lui  manda  que  i'avant- 
garde  des  ennemis,  &  les  Sauvages, 
en   grand  nombre  avoient  mis  à 
terre  à  la  Préfentation  ,  qu'il  les  ob- 
fervoit ,   &  que  le  gros  de  l'armée 
avoit  campé  à  la  pointe  au  baril. 
Le  17,  à  3  heures  du  matin, 
M.  Pouchot  dépêcha  un   courier 
à  M.  de  Vaudreuil  pour  lui  faire 
part  de  cet  événement.    Vers  les 


de  r Amérique  Septenfr.     2^3 

lept  heures,    le  tems  étant   tou^^^^^^^^ï 
à-fait  calme,   le  général  Amherft  i?*^^^ 
fît  attaquer  V Outaouaife ,  qui  étoit 
dans    un  endroit  où  les  courants 
ne  fe  faifoient  pas  fentir,  par  fix 
iberges,  appellées  Carcaffieres ,  por- 
tant  trente  hommes  &  une  pièce 
de  12  chacune.     Elles  invertirent 
:e  bâtiment ,  qui  les  fit  culeo:  d'à- 
Dord  fur  le  rivage  du  nord  ;  mais 
jne  batterie  de  terre  l'obligea  de 
.evirer  au  large.     Après   une  ca- 
lonnade  de  trois  heures  de  part 
^  d'autre ,  elle  fut  prife.  M.  Pou- 
:hot  détacha  4  chaloupes  avec  des 
}ierriers ,  aux  ordres  de  la  Force, 
capitaine   de  l'Jroquoife;   mais  ce 
bâtiment   fut   rendu    avant  qu'ils 
'euiTent  pu  joindre.   M.  Fouchot 
ivoit  efpéré    que    VOutaouaife   fe 
•approcheroit  &  fe  mettroit  fous  la 
Droteftion  du  fort;  ce  qu'elle  auroit 
ait ,  fi  elle  avoit  pu  venir  fe  placer 
i  la  tête  des  courants. 


2  6 4-  Mêm,  fiir  la  dent.  Guerre 

^^^!^^  Le  r  8  ,  les  ennemis  partirent  de 
1760.  \^  Préfentation  avec  un  vent  frais. 
Toute  leur  armée  refta  près  de 
quatre  heures  en  bataille  dans  fes 
bateaux  au  commencement  des 
courants.  Elle  formoit  un  très- 
beau  coup  d'œil.  M.  Fouchot  s'i- 
magina d'abord  qu'ils  étoient  dans 
l'intention  de  l'attaquer  de  vive 
force  pour  entrer  dans  l'isle.  En 
conféquence,  il  avoit  difpofé  9  pie- 
ces  de  canon ,  pour  battre  le  haut 
de  la  rivière ,  <&  en  avoit  placé 
d'autres  dans  l'épaulement  ,  qui 
pouvoient  faire  onze  ricochets  fur 
l'eau.  11  eft  à  croire  que  l'ennemi 
auroit  perdu  beaucoup  de  monde 
avant  de  pénétrer ,  s'il  eût  entamé 
cette  befogne.  Ils  fe  déterminèrent 
à  filer  le  long  des  terres  du  nord 
avec  un  grand  intervalle  d'un  ba- 
teau à  l'autre,  pour  éviter  le  feu 
de  l'artillerie  du  fort.  lis  firent 
avancer   VOutaouaife  ^  c^n'ik   nous^| 

avoient  ! 


de  l* Amérique  Septentr.     î6^ 

«voient  prife,  à  ia  demi-portée  du"*"**^ 
canon  pour  ies  protéger.  1760. 

M.  Pouchotne  chercha  qu'à  in- 
commoder leur  paflage  avec  4  pie- 
ces  qui  pouvoient  les  voir  défiler. 
On  leur  tira  150  coups  avec  peu 
de  dommage  ,  à  ce  qu'il  nous  pa- 
rut ,  parce  que  le  vent  frais  &  le 
courant  les  faifoient  dépaffer  fort 
vite  les  points  de  mire.  Comme 
M.  Pouchot  connoiffoit  beaucoup 
des  officiers  de  cette  armée,  plu- 
fieurs  lui  donnèrent  le  bon-jour 
en  palfant ,  d'autres  lui  crioient 
de  les  laiffer  paffer,  qu'ils  éloient 
de  fes  amis,  ils  le  voyoïent  fur  le 
rempart  ;  mais  ils  ne  s'arrétoient 
pas  pour  lui  faire  des  compliments. 
La  majeure  partie  de  l'armée  fut 
campée  à  la  pointe  à  l'Ivrogne. 
Ils  jetèrent  auiii  du  monde  dans 
■les  islesà  laCuilléade  la  Msgde* 
4aine  &  des  Galots. 

Le  19,  leur  régiment  d'artUle- 

lome  IL  M 


Z66  Menufurladern.  Guerre 

-i— -rie  partit  de  la  vieille  Gallette,  avec 

1J60.  toute  rartillerie  de  terre  ,  &  défila 
comme  les  précédents ,  pour  aller 
camper  à  la  pointe  à  l'Ivrogne, 
Le  bâtiment  fit  le  plus  grand  feu 
poffible  pour  les  couvrir.  On  tira 
peu  aux  bateaux ,  parce  qu'on  n'en 
attendoit  pas  un  grand  fuccès.  On 
s'attacha  plutôt  au  bâtiment.  De 
5  G  coups  de  canon  qu'on  lui  tira , 
48  au  moins  traverferent  le  corps 
du  bâtiment,  ce  qui  l'obligea  de 
s'éloigner  un  peu.  bon  capitaine, 
appelle  Smul  Te  comporta  avec  la 
plus  grande  bravoure ,  fe  prome- 
nant continuellement  en  chemife 
far  fon  pont.  Il  eut  bien  du  mon- 
de hors  de  combat. 

Les  deux  autres  bâtiments,  l'un 
àt  2%  pièces  de  canon  de  8  &  de 
C ,  appelle  le  Sonnontoîn ,  Tautre  de 
18  pièces  de  6",  appelle  rO;/ojo- 
te ,  vinrent  fur  le  foir  fe  placer  à 
côté  du  premier. 


de  t  Amérique  Septentr.     3^7 

Le  20,  il  y  eut  beaucoup  de""-'^"- 
louvement  dans  l'armée  des  ^nnQ"  i7^c>.- 
lis.  11  pafla  beaucoup  de  bateaux 
ui  alloient  &  venoient  de  leur 
anip  à  la  Préfentation.  Ils  firent 
uili  camper  deux  régiments  à  la 
ointe  de  Ganataragoin  ,  qui  com- 
lencerent  à  remuer  des  terres  de 
e  côté-là  ,  ainfi  que  dans  les  isles  à 
i  Cuiffe  &  de  la  Magdelaine.  On 

tira  quelques  volées  de  canon , 
our  incommoder  les  travailleurs. 
DUS  étions  obligés  de  ménager 
ftrêmement  notre  poudre,  n'en 
'^ant  pas  cinq  milliers  lors  de 
irrivée  de  Tarmée  ennemie. 

Le  21,  tout  parut  affez  tran- 
rille ,  parce  que  les  ennemis  tra- 
iilloient  à  force  à  leurs  batteries. 
2s  bâtiments  s'éloignèrent  même 
)rs  de  la  portée  du  canon.  L'on 

a  fur  les  travailleurs ,  mais  avec 
pu  defuccès,  parce  qu'ils  étoient 
ja  couverts,  &    que  le  terreiii 
M  z 


2  6Z  Mêm.  fur  la  dern.  Guerre 

..Jl ^j-Qjj.  pi^jg  ^igy^  q^^ç  ç.^Y]Xi  de  Pisie, 

I7()0,  (^g  pj-^g  jg  24   pieds. 

Dès  le  midi,  on  diftinguoit  déjà 
les  embrafures.  Sur  le  foir,  leurs  ba- 
teaux firent  un  grand  mouvement, 
&  l'on  compta  jafqu'à  35  berges 
portant  au  moins   chacune    vingt 
hommes     qu'elles    jetèrent    dans 
les  trois  bâtiments ,  ce  qui  fit  ju- 
ger que  l'on  ieroit  attaqué  le  len- 
demain  matin.    En  conféquence, 
on  travailla  à  faire  des  épaulements 
avec  des  bois,  pour  mettre  à  cou- 
vert les  parties  qu'on  jugea  devoijj 
être  expofées  par  la  direction  deil 
batteries  ennemies.  Toute  l'artille 
rie  fut  chargée  à  boulets  &  à  mi 
trailie ,  &  tout  le  monde  eut  or 
dre  de  paiïer  la  nuit  à  fon  pofte 
Le  22,,  à  cinq  heures  du  matin 
les  trois  bâtiments  fe  rapprocheren 
à  environ  200  toifes  du  fort ,  6 
occupèrent  tout  l'intervalle  du  hau 
de  la  rivière  entre  l'isle  à  la  Cuifl 


ile  t Amérique  Septentr.     26^ 

&  la  pointe  de  Ganataragoin,  ce^ — — 
qui  fit  juger  que  l'on  alloit  être  ^7^^^ 
canon  né  vigoureufement  par  les 
bâtiments  &  par  les  batteries  de 
terre.  Les  unes  avec  les  autres  for- 
moient  un  demi -cercle  autour  du 
fort.  En  confcquence,  M.  Pouchot 
ordonna  à  l'oliicier  d'artillerie  de 
reculer  ces  pièces  des  batteries , 
&  de  les  mettre  à  couvert  des  mer- 
Ions,  pour  éviter  qu'elles  ne  lu  lient 
démontées.  11  fit  audi  mafquer  ces 
smbrafures  avec  des  bouts  de  grof- 
es  pièces  de  bois  coupés  exprès. 
Dn  les  pouvoit  déblayer ,  en  les 
DOuflTant  feulement  en  avant. 

Dès  que  les  bâtiments  furent  pla- 
:és ,  ils  commencèrent  un  feu  des 
3lus  vifs  &  des  plus  fuivis,  de  aç 
3ieces  de  canon,  Frefque  en  mè- 
ne tems  3  les  ennemis  démafque- 
ent  la  batterie  de  Ganataragoin , 
le  2  pièces  de  24,  &  de  4  de  12, 
linfi  que  celle  de  l'isle  à  la  Cuiffes 
M   3 


270  Mém.fur  h  dern.  Guerre 

-^=^^=^de  14  pièces  de  î2  &  de  18,  & 
^7(iO.  |3ne  troifieme  dans  i'isle  à  la  Alag- 
delaine  ^  de  z  pièces  de  24,  &  de 
fix  de  1  a.  Aux  premières  volées , 
M.  Bertrand 3  officier  d'artillerie, 
fut  tué  roide  d'un  boulet  qui  lui 
coupa  les  reins ,  en  montrant  le 
calibre  des  boulets  à  M.  Pouchot. 
Un  quart  d'heure  après ,  ils  com- 
înencereiit  à  tirer  des  bombes  de 
Tisle  à  la  Magdelaine ,  où  il  y 
avoit  deux  mortiers  à  bombes  >  de 
1 2  pouces  3  fîx  mortiers  à  grena-^' 
des  royales ,  &  deux  aubuts.  Dans 
Fis  le  à  la  Cuiffe ,  fix  mortiers  de 
grenades  royales  ;  à  la  pointe  de 
Ganataragoin ,  deux  mortiers  de  la 
pouces ,  deux  de  grenades  roya- 
les &  deux  aubuts  ;  ce  qui  fai- 
foit  en  tout  7^  bouches  à  feu. 

M.  Pouchot  reçut  une  contufion  j 
confidérable  d'une  pièce  de  bois  de 
10  pieds  de  long  &  de  14  pouces 
ë'équarriîlage ,,  à  laquelle  une.  boni- 


de  t Amérique  Sept enïr,      271 

be  de    12  pouces  fit  faire  la  cul-  ^^^ — ^ 
biite,&  qui    lui  froilTa  les  reins.  i7^<^- 
Cela  ne  rempêcha  pas   d'être  à  fa 
befogne. 

Toutes  ces  batteries  furent  fer- 
vies  avec  la  plus  grande  vivacité  , 
fans  interruption,  jufqu'à  midi,  ce 
qui  fit  voler  le  fort  en  pièces  &  en 
éclats.L'on  s'y  tenoit  à  couvert  cha- 
cun dans  fon  polie  ,  les  fentinclles 
obfervant  feulement  le  mouveiuenÊ 
des  ennemis,  jugeant,  par  notre 
filence,  que  nous  étions  peut  -  être 
déconcertés  ,  ils  firent  avancer 
leurs  bâtiments  jufqu'à  la  portée 
du  piftolet  du  fort,  ils  étoient  rem- 
plis de  monde,  jufques  dans  les 
hunes  ,  &  foutenus  par  le  feu  de 
toutes  les  batteries  de  terre. 

Heureufement  ils  ne  purent  ve- 
nir fe  placer  que  fucceffivement  au- 
tour du  fort  3  de  façon  que  le  pre- 
mier bâtiment  arrivé  voyoit  juf- 
qu'à la  porte  du  fort;  qui  étoit  auffi 

M  4 


27^  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

'^^^enfîlée  par  la  batterie  de  la  Mag- 
^^'  delaine.  M.  Poiichot  l'avoit  fait 
couvrir  d'avance  avec  de  groffes 
pièces  de  blindages,quiiie  laiffoient 
qu'une  ouverture  fur  le  côté  à  paC- 
1èr  un  homme. 

Il  jugea  que  l'ennemi  e'toltdans 
le  deffein  de  former  une  attaque 
de  vive  force,  fiffedivement  300a 
hommes,  grenadiers  volontaires,  & 
des  troupes  légères ,  fe  trouvoient 
embarqués  dans  des  bateaux  & 
placés  derrière  la  pointe  de  Tisle 
à  la  CuilTe  ,  &  dévoient  déboucher 
à  la  faveur  du  feu  des  trois  bâti- 
ments &  des  batteries  de  terre. 

Le  mouvement  des  bâtiments 
porta  auffi  -  tôt  M.  Poucliot  à  faire 
fbrtir  i^o  hommes  &  4  officiers, 
pour  border  vis •  à- vis  l'épaule- 
ment.  Il  fît  battre  fucceffivement 
un  bâtiment  après  l'autre^avec  cinq 
pièces  de  canon  ,  les  feules  qui 
étoient  h  portée ,  chargées  à  boa- 


de  t Amérique  Septentr.     27a 

Icts  &  à  mitrailles  fans  répondre^!! 

8IÎX  batteries  de  terre.  ^l^o. 

Malgré  la  fupérioritédufeu  des 
ennemis  ,  nous  forçâmes  avec  ces 
cinq  pièces  &  notre  moufquete- 
rie,  VOutaonaife  &  enfuite  PO- 
?î()yote^  à  aller  s'échouer  à  demi- 
lieue  du  fort ,  près  des  isles  aux 
Galots.  L'une  des  deux  n'a  plus 
été  en  état  de  fervir.  Le  Sonnontom^ 
de  2Z  pièces,  ayant  voulu  appro- 
icherdetrop  près  le  fort,  échoua 
iauffi.  llfutfi  maltraité  qu'il  ame- 
Ina  fon  pavillon,  ilyavoit  dedans 
3  50  hommes.  Le  côté  du  bâtimenÊ 
qui  regardoit  le  fort,  étoit  dans  le 
plus  mauvais  état  Sa  batterie  tou- 
choit  à  l'eau  ,  &  fes  fabords  ne  fai- 
foient  qu'une  feule  ouverture.  L'eau 
qui  y  étoit  entrée  ,  le  fit  pancher 
du  côté  du  fort.  M.  Pouchot  or- 
donna de  n'y  plus  tirer,  pour 
épargner  fa  poudre.  Le  capitaine 
en  fécond,  &  des  matelots,  yhiïQnt 


574     Menu  fur  la  dern.  Guerre 

î^'^'^^^^pour  faire  une    capitulation.    IvL 

5750.  Pouchot  les  garda  en  otage,  ne 

pouvant  recevoir  tout  ce  monde, 

qui  auroit  été  plus  nombreux  que 

fa  garnifon. 

Dans  Tintervalle  de  ces  com- 
bats, les  ennemis  voulurent  dé- 
boucher deux  ou  trois  fois ,  pour 
attaquer  5  de  la  pointe  de  Pisle  à 
la  Cuiffe.  Deux  pièces  qui  y  étoient 
pointées  les  continrent,  &  les  fi- 
rent rentrer  derrière  cette  pointe. 
11  eil  à  préfumer  que  le  mauvais 
état  où  ils  virent  leurs  bâtiments , 
leur  ôta  l'envie  de  fe  porter  en 
avant.  Cette  adion  dura  depuis 
cinq  heures  du  matin ,  jufqu'à  fept 
heures  &  demie  du  foir,  fans  que  le 
feu  difcontinuât.  Nous  eûmes  40 
hommes  tués  ou  blefles.  L'on  ne 
fauroit  trop  louer  la  fermeté  que 
iirent  paroître  les  officiers ,  fol-- 
dats  de  la  colonie  ^  les  miliciens  & 
fur-tout  nos  canonniers  qui  étoient 


de  l'Amérique  Septentr.     27 y 

des  matelots.  Trois  ou  quatre  de 

ces  derniers  étoient  impayables,  à  i?^^* 
caufe  Ô2  leur  adreffe  &  de  leur  vi- 
vacité à  fervir  leurs  pièces.  Les  en- 
nemis tiroient  comme  nous,  tou- 
jours à  boulets  &  à  mitraille.  M. 
Pouchot  avoit  feit  hacher ,  par  un 
forgeron  ,  des  vieux  fers ,  dont  ou 
avoit  rempli  des  facs  de  calibre , 
qu'on  ajoutoit  au  boulet ,  ce  qui 
faiioit  un  terrible  effet  fur  les  bâti- 
ments qui ,  par  la  hauteur  du  rem- 
part, étoient  fournis  à  notre  feu  ;  de 
manière  que  nous  découvrions  leur 
pont. 

Une  cliofe  quiamufa  la  garnie 
fon  dans  des  moments  lî  férieux , 
fut  que  les  Sauvages  qui  étoient: 
montés  fur  les  tranchées  &  les  bat- 
teries pour  voir  le  combat  de  ces 
vaiiTeaux, qu'ils  regardoient  comme 
à  eux,  à  caufe  du  nom  qu'on  leur 
avoit  donné ,  &  parce  qu'ils  por- 
toient  un  Sauvage  peint  fur  leurs 

M.  € 


57^  Mém,  fur  îa  àern.  Guerre 
ii!!«!ï!.|  grands  pavillons ,  faifaient  des  cris 
■*7^<^«  affreux,  les  voyant  fi   maltraités. 
Les  Anglois  leur  avoient  perfuadé 
qu'avec  ces  bâtiments  feuls  ils  nous 
feroient  rendre.  Lorfque  ces  Sau- 
vages les  virent  dériver  en  travers 
pour  aller  s'échouer ,  ils  redoublè- 
rent leurs  cris  &  chantèrent  pouille 
aux  Anglois ,  en  leur  difant  :  "  tu 
j,  n'as  pas  voulu  tuer  notre  père 
j5  à  Niagara ,  vois  comme  tu  le 
j3  prendras.  Si  tu  nous  avois  crus, 
59  nous  ne  le  trouverions  pas  ici. 
35  Une  poignée  de  François  te  fait 
^  bouquer  ".   Cependant  cette  ac- 
tion démantela  tout  le  haut  des  pa- 
rapets de  la  moitié  du  fort,  enle- 
va toutes  les  fafcines,  ou  les  mou- 
lut du  côté  des  isles  à  la  Cuiffe  & 
fur  le  front  des  deux  demi-baf- 
tions. 

La  nuit ,  M.  Pouchot  tâcha  de 
réparer  avec  des  facs  à  terre  les  bat- 
teries du  baftion  vis  -  à  -  vis  des  is- 


de  t Amérique  Sepientr.     «77 

leSjpour  pouvoir  s'en  fervir.  Ce  baf-'^^^^'''^ 
tion  étoit  prêt  à  écrouler.  On  auroit  ^7^<^« 
pu  monter   par  la  rampe  que  les 
terres  éboulées  avoient  formée. 

Les  ennemis  continuèrent  toute 
cette  nuit  à  nous  bombarder,  &  ti- 
rèrent des  coups  de  canon  de  cha- 
que batterie,  par  intervalle ,  char- 
gés à  boulets  &  à  mitraille  ,  pour 
nous  empêcher  de  nous  réparer. 
Nous  eûmes  2  hommes  tués  & 
quelques  bleiTés. 

Le  23,  les  ennemis  continuè- 
rent de  bombarder  &  de  canonner 
vigoureuiement  toute  la  journée. 
La  nuit,  nous  elTuyâmes  le  même 
bombardement  &  des  volées  de 
canon,  par  intervalle,  comme  la 
veille. 

Le  24  5  ils  démafquerent  une 
nouvelle  batterie,  pour  battre  la  re- 
doute en  bois  du  bout  de  l'isle,  & 
pour  enfiler  le  retranchement  vis- 
à  -  vis  des  isles.  Leurs  batteries  con- 


278     JHém,  fur  la  dern.  Guerre 

------tinuerent  aufîî  violemment  que  les 

1760,  jours  précédents.  Le  feu  prit  dans  les 
décombres  du  niagafin,  &;  dans 
Tappartenientdu  commandant.  On 
parvint  heureufement  à  l'éteindre  , 
îans  que  l'ennemi  s'apperçùt  de  no- 
tre embarras.  Mous  avions  peu  ti- 
ré, pour  ménager  le  peu  de  poudre 
&  de  boulets  qui  nous  reitoient 
Les  batteries  ennemies  démontè- 
rent tous  les  canons  du  baftion  vis- 
à-  vis  des  isles.  Les  coïTres  des  pa- 
rapets furent  rafés  à  deux  pieds  du 
terre  -  plein,  ce  qui  découvrit  ex- 
trêmement le  magailn  à  poudre  3 
qui  n'étoit  fait  qu'en  grofles  pou- 
tres. 

Le  Sf  ,  au  point  du  jour,  M. 
Pouchotnt  tirer  vivement  trois  pie- 
ces  for  les  batteries  qui  nous  in- 
commodoient  le  plus,  c'étoit  les 
feules  qui  reftoient  fur  le  front  at- 
taqué. 11  manquoit  même  à  l'une 
de  ces  trois  pièces ,  &  la  plus  et 


de P Amérique  Septentr.     27^ 

fentielle,  un  tiers  de  fa  longueur ,— -— ^^^ 
ayant  crevé  deux  fois.  Faute  de  ï?^^^. 
calibre  ,  on  mettoit  deux  ou  trois 
petits  boulets.  Nous  nous  apper- 
çimies,  par  les  mouvements  des  en- 
nemis, que  cette  façon  de  tirer  les 
incommodoit  beaucoup  dans  leurs 
tranchées  ;  mais  nous  nous  trou- 
Tions  hors  d'état  de  ruiner  &  mê- 
me d'endommager  confidérable- 
ment  leurs  batteries. 

L'adivité  de  notre  feu  mit  les 
Anglois  de  niauvaiié  humeur.  L'a- 
près-midi, ils  redoublèrent  celui  de 
toutes  leurs  batteries  ,  &  tirèrent 
k  boulets  rouges ,  pots  à  feu  &  car- 
cafles.  C'en  étoittrop  pour  cemi- 
férable  fort,  qui  n'étoitplus  qu'un 
décombre  de  bois  de  charpente  & 
de  faicines.  Les  boulets  rouges  mi- 
rent le  feu  aux  faucifTons  du  revê- 
tement intérieur  du  baftîon  tout- 
à  -  fait  dans  le  bas,  où  on  PéteigniL 
Cela  nous  fit  appercevoir  combien 


a^o    Méîn.fiirladcrn.  Guerre 

—  -le  rempart  étoit  ruiné.  Des  pots  à 
17^0.  feu  incendièrent  encore  deux  fois 
les  décombres  du  fort  On  parvint 
encore  à  éteindre  ces  embrafements, 
avec  Peau  qui  fe  trouvoit  dans  les 
trous  que  formoient  leurs  bom- 
bes. 

Cela  détermina  M.  Poucliot,  de 
l'avis  de  tous  les  officiers  de  lagar- 
nifon  ,  d'écrire  à  M,  le  général 
Amlierft,  pour  fe  plaindre  de  cette 
façon  de  faire  la  guerrejque  l'on  ne 
mettoit  en  ufage  que  contre  des 
rebelles ,  une  brave  garnifon  ne 
méritant  pas  un  pareil  procédé.  En 
réponfe^  il  envoya  fon  aide  de 
camp  avec  une  efpece  de  capitula- 
tion, pour  nous  rendre  prifonniers 
de  guerre  ^  avec  menace  que,  fi  on 
ne  i'acceptoit  pas  dans  demi-heure, 
ilalloit  continuer. 

M.  Pouchot  reçut  l'officier ,  & 
lut  ce  que  mandoit  M.  Amherit^ 
devant  tous  les  officiers   du  fort 


de  V Amérique  Septentr.     z%i 

joints   à  toute  la  garnifon.    Ces**^^^ 
derniers  lui  firent  les  plus  vives  inf-  ^1^^* 
tances   pour  y    accéder,  vu  i'im- 
podibilité  d'éviter  un  incendie  gé- 
néral ,   &  de  pouvoir  échapper  aux    " 
flammes ,  a  caufe  du  peu  de  ca- 
pacité'du  fort,  &    de  i'emt?arras 
des  décombres. 

Il  ne  reftoit  fur  le  front  attaqué, 
que  deux  pièces  à  canon  en  état  de 
tirer ,  &  plus  de  boulets.  Les  bat- 
teries extérieures  du  fort  avoient 
été  ruinées.  Comme  elles  iz  trou- 
voient  alors  plus  commandées  par 
les  iiles ,  ainfi  que  les  épaulemens 
du  retranchement,  on  n'étoit  pas 
à  l'abri  d'une  deicente. 

Le  26  ,  au  matin,  lorfque  les  en- 
nemis furent  entrés,  ils  furent  ex- 
trêmement furpris  de  ne  voir  que 
quelques  foldats  difperfés  dans  les 
poftes  qu'ils  remettoient,  êc  une 
foixantaine  de  miliciens  un  mou- 
choir far  Ifc  tèi^ ,  tous  en  chemi- 


2S2    Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

■E'JLËH'ife  ^  le  cuînudà  la  canadienne.  Ils 
^7^^'  demandoient  à  M.  P^uchot  où 
étoit  donc  fa  garnifon.  Il  leur  ré- 
pondit qu'ils  k  voyoient  toute. 
Nous  eûmes  plus  de  ioixante  hom- 
mes tués  ou  bleiTés.  Tous  les  offi- 
ciers avoient  reçu  des  bleffures 
plus  ou  moins  confidérables. 

Les  ennemis  avouèrent  avoir  eu 
à  leur  paffage  pour  camper, une 
carcalTiere  coulée  bas,  &  ûx  ba- 
teaux percés.  Celui  du  général 
Amherft  fut  de  ce  nombre.  Il  avoit 
été  guetté  plus  attentivement.  Ce 
général  en  fit  un  reproche  poli  à 
M.  Pouchot,  qui  lui  répondit  : 
Monfieur,  on  vouloit  vous  ren- 
dre les  honneurs  qui  vous  font 
dus. 

Les  Anglois  eurent  fur  VOnoyo^ 
te  qui  fut  échoué  ^  128  hommes 
tués  ou  bleirés;fur  Vjlgnkr^  le  capi- 
taine bleifé  5  Se  une  cinquantaine 
d'hommes;  ïmVOutaotiaiJe  qu'ils 


de  V Amérique  Sepfenîr.     s83 
nous  avoient  prife ,  54  hommes,  &? 


dans  les  différentes  occafions  où  i7^<^» 
elle  s'étoit  préfentée  devant  le  fort 
100.  On  doit  y  ajouter  ce  qu'ils 
perdirent  dans  les  batteries  &  leurs 
tranchées  ,  dont  ils  n'ont  jamais 
voulu  convenir. 

Larémiffion  du  fort  étant  faite, 
plafieurs  colonels  vinrent  prendre 
M.  Pouchot,pour  le  conduire  chez 
le  général  Amherir.  ils  lui  firent 
mille  amitiés.  Il  en  avoit  vu  plu- 
fieurs  à  Niagara  &  à  la  Nouvelle- 
Yorck.  Ils  craignoient  que  les  Sau- 
vages, qui  menaçoient  beaucoup , 
&  qui  étoient  fâchés  de  ne  rien 
trouver  dans  le  fort  que  les  fol- 
dats  avoient  pillé ,  ne  lui  vouluf- 
fent  faire  mal  11  les  remercia  de 
leur  attention. 

iiyant  abordé  à  terre ,  il  fe  pré- 
fenta  beaucoup  de  Sauvages.  M. 
Pouchot  fut  tout  de  fuite  à  plu- 
lieurs  chefs  qu'il  reconnut»  il  kiir 


2  84  Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 
— L — -di»;  :  «  vous  avez  tué  votre  père  l 
^7^c>.  ^  celan'eft  pas  de  gens  de  coura- 
5,  ge  ,  tant  pis  pour  vous  ".  Us  lui 
répondirent":  ne  fois  pas  fâché, 
35  mon  père ,  tu  vas  de  l'autre  cô- 
3,  té  du  grand  lac.  Nous  nous 
5,  débarralTerons  bien  des  An- 
„  glois  ".  Ceux  -  ci  furent  furpris 
de  les  voir  fi  tranquilles. 

M.  le  général  Amherft  eut  une 
converfation  d'une  heure,  feul 
avec  M.  Fouchot.  Il  vouloit  tâ- 
cher d'avoir  des  éclairciffements 
fur  ce  qui  lui  reftoit  à  faire  dans  la 
campagne.  On  doit  croire  que  ce 
^  dernierne  lui  fit  pas  voir  la  befo- 
gn^  aifée.  11  paroiffoit  fort  redou- 
ter ,  ainfi  que  toute  cette  armée , 
lepaffage  des  rapides.  Ils  prirent 
parmi  les  Canadiens  b^  guides, 
pour  leurs  bateaux.  Lagarnifon& 
les  officiers  furent  conduits,  par  la 
route  de  Chouegen,  à  laNouvelle- 
Yorck.  M.  Belle  -  Gïirde  ^  miffion- 


de  t Amérique  Sepfentr,  28 Ç 
naire  fulpicien  delà  Préfentatioii,^5'5!55 
qui  avoit  préféré  de  s'enfermer  ^7^^' 
dans  le  fort  pour  fervir  les  bleiïes , 
obtint  la  permiffion  de  defcendre  à 
Mont-Kéal  avec  deux  ou  trois 
femmes.  C'eft  un  prêtre  très-ref- 
peclable  par  fon  zèle  éclairé  fur  la 
religion ,  qui  l'avoit  conduit  en  Ca- 
nada par  le  feul  motif  de  la  conver- 
fion  des  Sauvages.  Les  Anglois  le 
rendirent  dans  la  fuite  à  fa  miffion. 
L'armée  angloife  refta  près  de  i  ç 
jours  â  faire  fes  difpoiî lions  pour 
defcendre;  mais  malgré  leurs  gui- 
des, dont  peut-  être  plufieurs  clier- 
choient  les  plus  mauvais,  ils  per- 
dirent 80  bateaux,  au  coteau  du 
lac,  &  leurs  carcaffieres. 

Le  chevalier  de  la  Corne ,  qui 
obfervoit  les  Anglois  avec  un  corps 
de  milice  dans  le  haut  des  Cèdres , 
ayant  connoifTance  de  leur  arrivée, 
fe  replia  fucceffivement  jufques 
dans  l'isle  de  Mont- Real.  Les  en- 


a 8^  Mém.  fur  la  dern.  Guerre 

!S55!5!?nemis  mirent  à  terre  à  un  quart  de 
1760.  lieue  au  deffus  de  cette  place.  On 
envoya  des  députés  tout  de  fuite, 
pour  rédiger  la  capitulation,  qui  eft 
connue  de  tout  le  monde.  Toutes 
les  troupes  Se  les  officiers  cana- 
diens qui  voulurent  abandonner  le 
pays  (  a  ) ,  furent  menés  en  France 
fur  les  bâtiments  angîois ,  avec  la 
condition  de  ne  plus  fervir  à  la 
guerre. 

On  doit  bien  imaginer  que  pen- 
dant le  cours  de  cette  miférable 
campagne  ,  tout  monta  à  un  prix 
exceffif   (è).    L'intendant    faifoit 

(«)  Ils  furent  follicités  vivement 
de  s'y  déterminer,  par  les  Anglois, 
qui  deliroient  de  s'en  débarralfer  le 
plus  qu'ils  pourroient. 

{b)  M.  Bertyer ,  miniftre de  la  ma. 
rine,  s'etoit  déterminé  d'envoyer  quel- 
ques approvifionnemeris;  mais  leur 
prix  &  celui  du  fret  lui  firent  retar- 
der d'un  jour  à  l'autre  le  départ  des 
bâtimens  de  tranfport,  qui?  par   fa 


de  l'Amérique  Septentr.     a87 

des  billetSa  pour  fubvenir  à  toutes  *~  ' 
les  dépenfes  extraordinaires  occa-  ■ï7^^« 
fioniiées  par  la  rareté  &  la  cherté 
de  toutes  les  denrées  ;  mais  il  ne 
les  convcrtiffoit  en  lettres  de  chan- 
ge que  pour  les  gens  les  plus  favo- 
riiés  5  &  le  moins  qu'il  put,  pour  ne 
pas  étonner  la  France  fur  ces  dé- 
pendes énormes.  Il  refta  parmi  les 
habitants  &  autres  particuliers,  une 
quantité  prodigieufe  d'ordonnan- 
ces &  de  certificats,  qu'il  ne  vou- 
lut pas  convertir  en  lettres  de 
change. 

faute ,  ne  purent  entrer  affez  tôt  dans 
le  fleuve  St.  Laurent,  (5c  fe  brûlèrent 
à  la  baye  des  Chaleurs.  M.  le  mar- 
quis de  Vaudreuil  avoit  prévu  ce  dé- 
faut de  fecours.  il  ordonna  au  lieur 
ide  Minviile  ,  d'ailer  croifer  à  rentrée 
du  fleuve  avec  une  frégate.  Quatorze 
navires  anglois ,  chargés  de  munitions 
pour  Québec, furent  prisi  mais  il  fal- 
lut encore  les  brûler ,  fans  pouvoir  eu 
retirer  aucun  avantiige. 


288    JMénu  fur  h  dern.  Guerre 

'  Les  Anglois,  maîtres  du  _Canada, 

1750.  fentantleur  fupériorité  fur  la  Fran- 
ce les  ramaffereiit ,  comme  Ton 
doit  croire,  au  meilleur  marché 
poffible  5  Se  en  folliciterent  le  paye- 
ment IlsTobtinr-at  (a).  On  ne 
croira  pas  exagérer ,  en  difant  que 
ces  ibmmes  que  la  France  a  été  for- 
cée de  payer  ,  fuivant  des  arrange- 
ments convenus ,  montoient  de  2  3 
à  Z6  millions.  Si  la  crainte  de  les 
payer  efl  entrée  en  confidératiori 
pour  la  ceffion  du  Canada,  on 
s'eft  trompé. 

M.  Pouchot  Se  tous  les  officiers 
françois ,   avec  les  foîdats  François 

(a)  Par  une  déclaration  particuliè- 
re, fîgaée  à  Paris  le  10  Février  17^^^, 
le  roi  promit  de  pa^^er  les  lettres  de 
change  &  billets  qui  avoient  été^  dé- 
livrés aux  Canadiens  pour  les  four- 
nitures faites  aux  troupes  franqoifes, 
d'après  une  liquidation  arrêtée  dans 
lin.  tems  convenable,  félon  la  diftan- 
iss  des  lieux  &  la  poffibiiité ,  &c. 

& 


de  V Amérique  Septentr.     2  8^ 

&  ceux  delà  colonie,  en  vertu  de""^'"'^ 
la  capitulation  de  Mont  -  h  éal ,  fu-  1 7  <^^« 
renc  ramenés  en  France ,  &  les  Ca- 
nadiens renvoyés  dans  leurs  pays. 
Les  premiers  partirent  le  premier 
Janvier  de  la  N ouvelle  -  Yorck  ,  & 
après  avoir  elTuyé  une  navigation 
très-orageufe  ,  ils  touchèrent  à  la 
rade  de  Sphithead  ,  où  ils  réitèrent 
environ  \  s  jours ,  enfuite  arrivè- 
rent au  Havre-de-Grace  le  8  Mars 
I76'I. 

Dans  cette  traverfejils  virent  trois 
phénomènes  alTez  curieux.  Le  pre- 
mier, dans  un  très  -  gros  orage ,  la 
mer  étincela  fur  la  fommité  de  tou- 
tes les  lames  ,  comme  les  éclairs 
dans  des  nuées  fortobfcures.  Cette 
nuit  étoit  très  -  noire.  Le  fécond 
étoit  un  arc-  en  -  ciel,dont  les  deux 
extrémités  portoient  à  bas  bord  8c 
à  tribord  de  la  pouppe  du  bâtiment, 
&  fuivoient  fon  fillage  comme  une 
corde  à  la  traîne.  Letroifieme  con- 

Torne  IL  N 


29oMém.furla  dern.  Guerre,^ t\ 

S— "^fiftoit  en  un  bel  arc  «  en  -  ciel  de 
17^0.  lune,  très-formé,  mais  dont  les  cou- 
leurs étoient  bien  moins  vives  que 
dans  ceux  duibleil,  &  il  y  avoit 
beaucoup  du  jaune  de  la  lune. 


291 


FRAGMENT 

Sur  la  colonie  fr an  çoife  du  Canada. 


L 


E  Canada  a  d'abord  été  peu- 
plé par  des  pécheurs  <&  des  parti- 
culiers qui  faifoient  la  traite ,  c'eft- 
à-  direje  commerce  d'échange  avec 
les  nations  fauvages  ;  par  des  fol- 
dats  qui  avoient  reçu  leur  congé  ; 
enfin  ,  par  des  gens  qui  y  avoient 
été  envoyés  de  France  avec  des  let- 
tres de  cachet.  Plufieurs  de  ceux- 
ci  y  étoient  pendant  trois  ans  , 
avant  de  recouvrer  leur  hberté. 
D'autres  y  étoient  pour  leur  vie. 
Quelqueî^-:uitres,fi  ce  n'étoitle  plus 
grand  nombre,  y  avoient  été  ame- 
nés par  les  feigneurs  des  terres, 
pour  les  y  étabhr. 

N  z 


2^2  Mémjnr  la  dern.  Guerre 

Ces  terres  avoient  d'abord  été 
concédées  par  le  roi  aux  miffions 
étrangères ,  aux    Sulpiciens ,  aux 
jéfuites  &  à  des  officiers.  On  trou- 
ve en  Canada  très-peu  ,  peut  -  être 
point  de  terres  appartenantes  à  des 
commerçants  ou  à  des  bourgeois. 
Ce  qui  a  le  plus  contribué  à  l'aug- 
mentation de  ces  établilTements , 
c'eft  la  réforme  du    régiment  de 
Carignan,  dont  tous  les  foldats  dç^ 
vinrent  colons,  &  les  officiers  pro- 
priétaires des  terres  appartenantes 
aux  laïques.  Voilà  toutes  les  four- 
ces  de  la  population,  aâuelle  de  ce 
pays  immenfe.  Il  paroît  fingulier 
qu'avec  le  peu  de  fecours  &  le  peu 
de  foin  qu'on    s'eft  donnés  pour 
l'augmenter ,  cette  colonie,  qui  a 
été    long  -  tems  très  -  foible  ,    en- 
core plus  fouvent  à  même  de  périr 
de  mifere  par  le  peu   de  fecours 
qu'elle  retiroit  de .  France  ,  foit  ce- 
pendant parvenue  à  avoir  environ 


r  ï  de  V Amérique  Septentr,     20 i 

30  mille  aines  (a).  L'on  peut  in- 
férer de  là  quelle  climat  &  les  ter- 
res y  font  bons  &  prolifiques.  11 
n'efi:  pas  étonnant  d'y  trouver ,  en- 
tre le  grand  père  &  les  petits  en- 
fants 5  une  foixantaine  de  perfon- 
nes. 

Les  Canadiens  font  bien  faits»" 
très-robudes  &  très-ingambes,  fup- 
portant  admirablement  la  peine  & 
la  fatigue,à  laquelle  ils  font  accou- 
tumés par  les  longs    &   pénibles 


(û)  Ceft  une  erreur  groiîiere 5 par 
un  recenfement  fait  vers  le  milieu  de 
ce  fiecle  ,  on  voit  que  la  colonie  du 
Canada  montoit  alors  àgg  mille  âmes. 
Le  dernier  dénombrement,  fous  le 
gouverneur  Carleton  ,  porte  cette  po- 
pulation à  ij-^  mille  ,  dont  trois 
mille  Anglois  &  proteftants  qui  fe 
font  établis,  depuis  la  paix,  en  Canada. 
Ces  derniers  ont  entre  leurs  mains 
tout  le  commerce ,  &  cherchent  à  fe 
rendre  feuls  maîtres  de  radminiitra- 
tion. 

N  3 


a  5/ 4     Mém,fîir  ladern.  Guerre 

Toyages  qu'ils  font  pour  les  trai- 
tes, dans  lefquelîes  il  faut  beaucoup 
d'adreffe  &  de  patience.  Ces  voya-^ 
ges  les  accoutument  à  être  un  peu 
pareffeux,  parle  genre  de  vie  qu'ils 
mènent  pendant  ce  tenis  -  Vx.  Ils 
font  braves  ,  aiment  la  guerre,  & 
font  très- bons  patriotes.  Ils  ont 
un  attachement  fingulier  pour  leur 
mere-patrie.  Leur  peu  de  connoit 
fence  du  monde  les  rend  volon- 
tiers fanfarons  &  menteurs ,  étant 
peu  inftruits  fur  aucune  matière. 

il  n'y  a  pas  de  pays  où  les 
femmes  mènent  une  vie  plus  heu- 
reufe  qu'en  Canada.  Les  hommes 
ont  beaucoup  de  confidération 
pour  elles ,  &  leur  épargnent  tou- 
te la  fatigue  qu'ils  peuvent.  On 
peut  dire  auffi  qu'elles  le  méritent , 
ayant  delà  décence,  de  la  figure  , 
de  la  vivacité  dans  i'efprit ,  &  de 
rintrigue.  Ce  n'eft  que  par  elles ,. 
que  leurs  maris  fe  procuroient  les 


de  l'Amérique  Septcntr.     29  y 

emplois  qui  les  mettoient  àleurai- 
fe  Se  au  deffus  du  commun.  Il  y 
a  dans  les  villes  un  ton  de  bonne 
compagnie  dont  on  ne  fedouteroit 
pas  dans  un  pays  aufli  éloigné.  El- 
les danfent  &  le  mettent  bien  na- 
turellement &  même  fans  maîtres. 
Les  Canadiens  font  générale- 
ment religieux  &  ont  de  bonnes 
mœurs.  Les  voyageurs  font  peu 
fidèles  dans  les  effets  de  traite.  Les 
prêtres  les  contiennent  févérement^ 
parce  qu'ils  y  font  les  maîtres  tem- 
porels &  fpirituels,  &  étoient  par- 
venus à  tenir  fous  leur  férule  jut 
qu'au  général  &  à  l'intendant  ;  car 
c'étoit  un  malheur  pour  celui  des 
deux  qui  ne  favoit  pas  capter  leuu 
bienveillance  :  les  cures  y  font  ri- 
ches  &  amovibles.  L'évêque  du 
plus  grand  diocefe  du  monde  ,  ce- 
lui de  Québec,  avoit  dix  mille  li- 
vres de  rente.  11  ne  relevoit  que^ 
du  Pape.  Depuis  la  mort  de  M.  de 


f 


29 C    Mm.  fur  la  dern.  Guerre 

Pombriant,  les  Anglois  n'y  en  ont 
point  nommé.  Tout  le  pays  fe 
trouve  fous  la  diredion  de  deux 
grands  vicaires  (a). 

Le  gouverneur  du  Canada  Tétoit 
auffi  de  la  Louifiane.  Quoiqu'avec 
une  ample  autorité  pour  la  police 
du  pays  &  les  négociations  vis  -  à- 
vis  les  Sauvages  Se  les  étrangers ,  il 
étoit  très  gêné  par  Piiitendant ,  qui 
étoit  maître  abfolu  de  la  partie  des 
finances ,  81  chargé  de  tout  le  com- 
merce &de^  la  jatiice.  Il  étoit  à  la 
tête  du  confeil  fouverain  du  pays. 

(fl)  Le  fameux  bil  de  1774  a  per- 
mis aux  Canadiens  catholiques  d'a- 
voir un  évèque  ,maisà  condition  qu'il 
ne  fe  falfe  point  facrer  en  France. 
On  fait  toutes  les  clameurs  &  les  trou- 
bles qu'a  caufés  &  caufe  encore  ,  eil 
Angleterre,  la  promulgation  de  ce 
bil.  Il  juftifie  les  réflexions  de  l'au- 
teur des  ohf a  valions  fur  h  traité  de 
paix  conclu  à  Paris  m  176?.  Voyez 
p.  80  581?  &C, 


de  t Amérique  Septentr,     %^j 

Le  commerce  du  Canada  fe  fai- 
foit  pour  le  compte  du  roi,  &  par 
des  particuliers.  L'intendant  avoit 
la  direction  générale  de  cette  par- 
tie. Le  roi  avoit  des  magafins  à 
Québec ,  à  Mont  -  Real ,  à  St. 
Jean ,  à  Chanibly  &  à  Carillon  ; 
&  pour  les  poftes  d'en  haut,  à  la 
Préfentation  ,  à  JSiagara,  à  Fron- 
tenac, au  fort  du  portage,  à  la 
Prefqu'isle,  à  la  Rivière  aux  Bœufs , 
&  au  fort  du  Quefne. 

Le  magafin  de  Québec  étoit  un 
dépôt  pour  verfer  dans  celui  de 
Mont  -  Real.  11  fourniffoit  encore 
pour  les  traites  avec  nos  Sauvages 
domiciliés,  les  Abenakis  &  autres 
du  bas  de  la  rivière.  Le  magafin  de 
Mont  -  Real  verfoit  fes  marchandi- 
fes  dans  tous  les  poiles  dénommés 
ci-deflTus.  Sa  traite  direde  .avec 
les  Sauvages  étoit  peu  de  chofe, 
avant  que  le  roi  eut  nommé  un  mu- 
nitionnaire.  Ces  magafins  fournit 


298  Mêm,  fur  la  dern.  Guerre 

foient  les  approvifionnements  de 
bouche  &  de  guerre,  foitpour  la 
traite  ,  fait  pour  le  fervice  du  roii 
lis  fervoient  encore  pour  la  partie 
de   l'artillerie. 

Le  roi  entretenoit  dans  tous  ces 
endroits  des  gardes  magafins  , 
nommés  par  l'intendant,  auquel 
ils  rendoient  compte  diredement. 
L'intendant  avoit  fous  lui  un  corn- 
miffaire  ardonnateur  de  la  marine, 
qui  fe  tenoit  à  Mont- Real ,  pour 
les  détails  du  pays  d'en  haut. 

Les  munitions  de  guerre  ,  de 
bouche,  &  les  niarcliandifes  pour  la 
traite  ou  pour  les  préfents  deftinés 
aux  Sauvages ,  venoient  de  France 
fur  des  vaiffeaux  chargés  pour  le 
compte  du  roi.  C'étoit  des  bu- 
reaux de  la  marine,  que  fortoient 
tous  ces  effets.  Il  n'eft  pas  dou- 
teux que  pluîieurs  des  commis  n'y 
fuflfent  intéreffes. 

Ils   envoyoleat  des  pacotilles^ 


fie  l'Amérique  Septenfr.     25^ 

qu'ils  ramaffbient  de  par  -  tout  au 
meilleur  compte  poffible ,  &  qu'ap- 
paremment on  faifoit  payer  au  roi 
fur  le  pied  courant  des  marehandi- 
fes  en  Canada.  Mais  le  plus  grand 
mal ,  c'efl:  qu'ils  envoyoient  des 
marchandifes  qui  n'étoient  point 
du  tout  propres  à  la  traite  des  Sau- 
vages ,  comme  de  grands  miroirs 
montés  fur  du  marroquin  ,  des 
étoffes  de  foie ,  &  des  coupons  de 
différentes  autres  étoffes ,  des  mou- 
choirs ,  des  bas ,  enfin  tout  le  re- 
but des  boutiques.  L'intendant,  qui 
étoit  attaché  à  la  marine  ,  n'auroit 
ofé  refufer  tous  ces  objets  ,  &  les 
envoyoit  pour  la  forme  dans  le« 
niagafins  féparés  où  ils  pourriË- 
foient  ou  étaient  volés,  ou  dé- 
tournés à  d'autres  ufages.  L'on  fai- 
foit des  procès  Verbaux  de  confom- 
mation ,  au  bout  d'un  certain 
*tems.  L'argent  qui  étoit  payé  par  le 
roi;,  eatroitdsins  la  podie  des  four- 


500  Mém,  fur  la  dern.  Guerre 

nilTeurs ,  &  toute  la  perte  étoit 
pour  lui.  Ajoutez  à  cela  les  ava- 
ries 5  qui ,  dans  d'aullî  longs  voya- 
ges ,  deviennent  immanquables  , 
&  ce  qui  pouvoit  être  volé.  Les 
fourniireurs  avoient  donc  un  pro- 
fit fur ,  &  le  roi  fupportoit  toutes 
les  pertes,  quoique  les  bénéfices, 
dans  des  tems  ordinaires ,  duflfent 
être  très  -  avantageux  dans  la  trai- 
te ,  autrement  aucun  particulier 
ne  fe  feroit  a  vile  de  vouloir  faire 
ce  commerce,  fur -tout  dans  des 
pays  infiniment  plus  éloignés. 

Le^  marchandifes  pour  la  traite 
des  Sauvages  font  les  fufils  de  chaf- 
fe  5  le  plomb  ,  les  balles,  la  pou- 
dre 5  des  briquets ,  des  pierres  à 
fufil,  des  tirebourres ,  des  cou- 
teaux ,  des  haches ,  des  chaudiè- 
res a  de  la  porcelaine  ,  de  la  rafa- 
de  5  des  chemifes  d'hommes^  &  des 
toiles  garnies  de  drap  bleu  &  rou- 
ge pour  les  couvertes  &  machico- 


de  t Amérique  SeptentK     301 

tes  5  du  vermillon,  &  du  vert  -  de- 
gris  5  des  rubans  rouges  ,  jaunes, 
verts  &  bleus ,  de  la  tavelle  angloi- 
fe  ,  des  aiguilles  ,  du  fil ,  des  alei- 
nes ,  de  la  ratine  bleue  ,  blanche 
&  rouge,  pour  les  mita  (Te  s ,  des 
couvertes  de  laine  de  3  points  & 
demi ,  de  3  points ,  de  deux  points 
&  d'un  point  &  demi ,  de  la  toile 
de  Léon ,  des  miroirs  à  cadre  de 
bois,  des  chapeaux  unis,  bordés 
en  fin  &  en  faux,  des  plumets 
panachés,  des  rouges, jaunes,  bleus 
&  verts ,  des  capots  pour  hommes 
&  pour  eniants ,  de  la  ratine  fri- 
fée  ,  des  galons  en  faux  &  en  fin, 
de  Peau -de- vie  ,  du  tabac,  des 
rafoirs  pour  la  tête ,  des  verrote- 
ries en  façon  de  porcelaine  d'un 
noir  vineux,  des  peignes,  &c. 

Les  Sauvages  donnent,  en  re- 
tour de  ces  marchandires,des  peaux 
de  chevreuils ,  de  cerfs ,  d'ours  ,  de 
caflors ,  de  loutres ,    de  pécans  ^ 


302     Mém.furla  dern.  Guerre 

d'écureuils ,  de  martes ,  de  loups- 
cerviers ,  de  renards ,  de  rats  muf- 
qués ,  de  rats  de  bois,  de  ioupSjJ| 
de  caribous  &  d'orignal.  Ils  trai- 
tent auffi  pour  du  pain  ,  du  lard  , 
du  fel,des  pruneaux,  de  la  me- 
laffe,  toutes  fortes  de  viande  &  de 
poiffons,  de  l'huile  d'ours,  qui  vaut 
mieux  que  la  graiffe  d'oye,  &  des 
duvets  d'oifeaux  aquatiques.  Tous 
ces  différents  échanges  fe  réduifent 
en  valeur  d'une  peau  de  caftor,  qui, 
pour  l'ordinaire ,  e(t  eftimée  une 
bouteille  d'eau- de- vie  de  30  f. 
La  livre  de  caitor  vaut  4  liv.  10  f. 
&  la  peau  pefe  a  liv.  Se  demie  à  3 
liv.  Ces  prix  de  nos  marchandiies 
varient ,  fuivant  l'éloignement  des 
lieux. 

Les  gardes  magafins  ,  dans  les 
poiles  du  roi ,  étoient  chargés  feuls 
de  cette  traite  &  de  rendre  compte 
du  produit  à  l'intendant.  Le  com- 
mandant avoit  droit  de  veiller  à  cf 


de  l'A'/ncriqm  Septenîr,     303 

que  les  Sauvages  ne  fuflent  pas 
trompés,  &  de  prendre  ce  qu'il 
croyoit  néceflaire  de  ces  effets  , 
pour  leur  faire  des  préfents.  Les 
intérêts  différents  de  ces  deux  per- 
fonnes  les  brouilloient  fouvent.  Le 
gouverneur  fe  trouvoitprefque  tou- 
jours avoir  tort ,  &  étoit  rappel- 
le. Pour  éviter  ces  inconvénients, 
Hs  étoientaffez  ordinairement  d'ac- 
cord ,  &  faifoient  leurs  affaires  en- 
fembie. 

Les  poftes  de  l'intérieur  du  pays 
ctoient  donnés  à  des  ofîîciers  de 
faveur.  Le  grade  y  étoit  compté 
pour  rien.  Ils  menoient  avec  eux 
un  garde  niagafin,  &  faifoient  la 
traite  pour  leur  compte.  Comme 
ils  n'étoient  pas  en  argent,  ils 
trouvoient  des  marchands  à  Qjié- 
bec  ou  à  Mont-i<éal,  qui]  leur 
fournifibient  à  crédit  toutes  les 
marchandifes  néceflaires ,  ce  qu'on 
appelloit   les  équiper,    Ils'conve- 


3  04     Mém»  fur  la  dern.  Guerre 

noient  de  leur  prix ,  &  donnoient 
en  retour  les  pelleteries  aux  mar- 
chands; il  y  avoit  à  gagner  pour 
les  deux  partis.  Ces  officiers  avoient 
fouvent  occafion  de  négocier  pour 
le  roi  avec  les  nations  voifines  de 
leurs  poftes ,  &  donnoient  leurs 
marchandiies  pour  des  préfents. 
Elles  leur  étoient  payées  par  in- 
tendant, fur  l'approbation  &  les  or- 
dres du  gouverneur.  Cela  a  occa- 
fionné  bien  des  comptes  d'apothi- 
caire ,  &  faifoit  le  profit  le  plus 
afluré  de  ces  commandants ,  fur-, 
tout  dans  les  tems  de  guerre. 

Ces  commandants,  ainfî  que  les 
traiteurs  particuliers,  étoient  obli- 
gés de  prendre  des  congés  du  gou- 
vernement ,  qui  leur  coùtoient  4 
à  500  hv.  pour  avoir  la  permiffion 
de  porter  leurs  marchandifes  dans 
les  poftes ,  &  de  fe  charger  de 
quelques  effets  pour  le  compte  du 
roi.  Cet  article  a  toujours  fait  un 


(k  P Amérique  Septentr,     50c  ^ 

obftacle  des  plus  confidérables  à 
la  traite  &  à  l'établiflement  du  Ca- 
.iiada,  étant  obligé  de  prendre  de 
'ces  congés  toutes  les  fois  que  Von 
vouloit  aller  dans  l'intérieur  du 
pays.  Les.  poftes  les  plus  éloignés 
dans  le  N.  O.  étoient  les  plus  re- 
cherchés ,  à  caufe  de  l'abondance  & 
du  bas  prix  des  pelleteries,  &  de 
la  cherté  de  leurs  marchandifes. 

La  troifîeme  efpece  de  traite  fc 
faifoit  par  des  commerçants  ou 
coureurs  de  boi%  qui  ayant  chargé 
quelques  canots  de  marchandifes  » 
moyennant  des  congés  ,  alioient 
chez  les  nations ,  hors  de  la  portée 
de  nos  poftes ,  attendoient  les  Sau- 
vages au  retour  de  leur  chaffe  dans 
leurs  villages ,  ou  les  y  fuivoient, 
&  s'en  revenoient  après  avoir  trai- 
té la  charge  de  leurs  canots  avec 
un  avantage  confidérable.  Ceux, 
fur-tout,  qui  étoient  en  étatd'ache- 


3od  Mém,furla  dern.  Guerre 

ter  de  la  première  main  les  mar- 
chandifes ,  faifoient  une  fortune 
affez  rapide;  mais  il  falloit,  pour 
cela,  fe  déterminer  à  mener  une  vie 
bien  miférable  &:  bien  pénible. 
Ces  différentes  traites,  à  leur  retour 
en  France,  pou  voient  faire  un  ar- 
ticle de  2  millions  500  mille  li- 
vres. 

Aux  détails  qu'on  vient  de  lire  i 
M,  Fotichot  avoît  ajouté  quelques 
obfervations  fur  l'utilité  dont  le  Ca- 
nada aurait  été  à  la  France  ,  fi  on 
eut  mieux  connu  f es  produBions ,  ê? 
fi  on  eût  profité  des  grands  avanta- 
ges que  le  fol  &  la  pofiaion  du  pays 
lui  offroient  ;  mais  comme  l'auteur 
n'avoit  fait  qu'ébaucher  cette  ma-- 
tiere,  en  fe  promettant  toutefois  d'y 
revenir  &  de  l'approfondir  davan^ 
tage  i  Êf  que  nous  71' avons  pas 
trmivé  dans  [es  papiers  fes.  non- 


de  t Amérique  Septentr.     307 

l  V  elle  s  remarques  :,  nous  avons  cru 
devoir  fupprimer  les  anciennes  trop 
fiiperjîcielles    6f  trop    incomplètes. 
D'ailleurs  il  n'avance  rien  dans  ces 
dernières  que  M.  l'abbé  Kaynal  n'ait 
vu  ^  difcuté  avec  foin   dans  Jon 
ouvrage ,  où  il  a  eu  le  courage  de 
s'élever  le  premier  contre  les  injuf- 
îes  préjugés  que  le  public  avoitjur 
les  colonies  fr an qoif es  du  continent 
de  l'Amérique  Septentrionale;  pré^ 
jugés  qu'on  s'étoit  efforcé  de  jujfi- 
fer  dans  une  fuite  de  mémoires  im- 
primés  dans  les  premiers  volumes 
des  Ephémérides  du  citoyen.   Far^ 
ce  que  le  gouvernement  avoit  commis 
des  fautes  dans  l'adminifïration  de 
la  colonie  du  Canada ,  devoit-on  en 
C07iclure  qu'elle  étoit  inutile,^  qu'on 
devoit  fe  féliciter  de  fa  perte  ?  Foilà 
néanmoins  à  quoi  Je  réduifent  tous 
les  arguments  de  notre  économifle^ 
membre  d'une  efpece  de  fe&e  politl- 


308  Mêmjur  la  dern,  Gue  rre,  &c. 

que  qui  prend  toujours  de  l'en- 
thoufiafme  pour  la  raijon ,  Sf  qui^ 
ejclave  de  fon  fyjlème ,  veut  tout  y 
Joumettre ,  n'épargnant  pour  ceh 
ni  paradoxes ,  ni  logomachies. 

Fin  du  fécond  Volume.